Dans le débat contemporain, parler de la vérité est déjà en soi suspect – comme si la vérité était un absolu… Ne serait-elle pas plutôt une question de point de vue, de perspective, de sensibilité ou de convictions ? Mais si chacun a sa vérité, il semble que le mot soit vide de sens – que les mots tout entiers aient perdu tout sens ; car de quelle vérité parlons-nous, quand chacun a la sienne pour soi ? Faut-il renoncer à la vérité, dans le règne des opinions ? Ou faut-il renoncer à parler, si la vérité dépasse tout ce que nous pouvons en dire ? Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la possibilité de la philosophie, comme recherche de la vérité ; c’est la possibilité de toute connaissance.
Car connaître, c’est bien, semble-t-il, proposer du monde une description vraie, absolument et universellement, et donc une idée qui, parce qu’elle est juste, puisse être partagée par celui qui l’énonce. Ce qui est en jeu, finalement, c’est le sens même du dialogue, du débat, de la parole, de ce lien faits de mots qui nous rattache aux autres dans une commune société. La vérité dépend-elle de nous ?
Réécoutez en ligne la Soirée du 28 septembre 2015
Parménide, Poème
« L’être est, le non-être n’est pas.
De l’être, tu ne diras pas qu’il n’est pas ; du non-être, tu ne diras pas qu’il est. »
Platon, Cratyle
« Par conséquent, si tout n’est pas de même à la fois et toujours pour tout le monde, et si chaque être n’est pas non plus différent pour chaque individu, il est clair que les choses ont en elles-mêmes une réalité constante, qu’elles ne sont ni relatives à nous, ni dépendantes de nous, et qu’elles ne varient pas au gré de notre manière de voir, mais qu’elles subsistent en elles-mêmes, selon leur essence et leur constitution naturelle. »
Protagoras, Fragments
« L’homme est la mesure de toutes choses : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas, du fait qu’elles ne sont pas. »
Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Préface
« Non, nous ne trouvons plus de plaisir à cette chose de mauvais goût, la volonté de vérité, de la « vérité à tout prix », cette folie de jeune homme dans l’amour de la vérité. Nous avons trop d’expérience pour cela, nous sommes trop sérieux, trop gais, trop éprouvés par le feu, trop profonds… Nous ne croyons plus que la vérité demeure vérité si on lui enlève son voile ; nous avons assez vécu pour écrire cela. »
William James, La Signification de la Vérité
« Le vrai est une idée qui réussit. »
Aristote, Ethique à Eudème
« Tout homme a quelque chose de particulier à apporter à la vérité. »