Il y a plusieurs manières de décrire le réel : l’opinion, la sensibilité, l’art, la religion, la philosophie… Autant de registres possibles pour tenter d’atteindre une vérité. A l’écart de tous ces discours, la science semble se distinguer de toutes les autres descriptions du monde par sa précision, son exactitude, par la certitude qu’elle produit. Aussi ne se place-t-elle pas au même niveau : dans le relativisme qui marque le temps présent, elle est la seule à pouvoir revendiquer une adhésion universelle. Mais à quoi faut-il attribuer cette certitude de la science ? Quel discours peut prétendre à la dignité de « science », et être reconnu comme « scientifique » ? Dans le foisonnement et la diversité des discours, à quoi reconnaît-on une science ?
Réécoutez en ligne la Soirée du 5 octobre 2015
Descartes, Règles pour la direction de l’esprit – Règle quatrième
« Les hommes sont poussés par une curiosité si aveugle, que souvent ils dirigent leur esprit dans des voies inconnues, sans aucun espoir fondé, mais seulement pour essayer si ce qu’ils cherchent n’y serait pas ; à peu près comme celui qui, dans l’ardeur insensée de découvrir un trésor, parcourrait perpétuellement tous les lieux pour voir si quelque voyageur n’y en a pas laissé un. »
Auguste Comte, Cours de philosophie positive
« Il est devenu impossible aujourd’hui, à tous les observateurs ayant conscience de leur siècle, de méconnaître la destination finale de l’intelligence humaine pour la science, ainsi que son éloignement désormais irrévocable pour ces vaines doctrines et pour ces méthodes provisoires qui ne pouvaient convenir qu’à son premier essor. (…) Bientôt, ayant acquis le caractère d’universalité qui lui manque encore, la philosophie positive deviendra capable de se substituer entièrement, avec toute sa supériorité naturelle, à la théologie et à la métaphysique, qui bientôt n’auront plus pour nos successeurs qu’une existence historique. »
Suchodolski, cité par Georges Canguilhem
« Si toute l’histoire de la science jusqu’à nos jours était plutôt l’histoire de « l’antiscience », cela prouverait sans doute qu’il ne pouvait en être autrement (…). L’histoire de la science en tant qu’histoire de la vérité est irréalisable. »
Karl Popper, Conjectures et réfutations
« J’avais remarqué que ceux de mes amis qui s’étaient faits les adeptes de ces théories étaient sensibles à leur pouvoir explicatif apparent. Celles-ci semblaient aptes à rendre compte de la quasi-totalité des phénomènes qui se produisaient dans leurs domaines d’attribution respectifs. Dès lors qu’on y était initié, partout l’on apercevait des confirmations : l’univers abondait en vérifications de la théorie. C’est précisément cette propriété – la théorie opérait dans tous les cas et se trouvait toujours confirmée – qui constituait l’argument le plus convaincant en leur faveur. Et je commençais à soupçonner que cette force apparente représentait en réalité leur point faible. »