“Memento mori”, souviens-toi que tu es mortel : voilà l’avertissement pluriséculaire lancé par les artistes occidentaux à ceux qui, devant le spectacle de la beauté, auraient pu s’attacher un peu trop aux joies de l’existence. Et de fait, tout ce que nous mettons tant d’effort à rechercher ici-bas semble inéluctablement condamné à disparaître. Il suffit de penser la mort pour que ce qui occupe notre vie perde la valeur que nous lui donnions. Et pourtant, sommes-nous si certains que la mort soit à ce point le contraire de la vie ? Refuser l’oubli pour vivre lucidement, n’est-ce pas reprendre conscience de la valeur infinie de l’existence – et de l’existence des autres, comme ce présent fragile qui nous est aujourd’hui donné ?
Réécoutez en ligne la Soirée du 30 avril 2014.
Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit
« Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m’ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde. Hier à huit heures Mme Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s’élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble… Je vais leur écrire qu’elle est morte Mme Bérenge à ceux qui m’ont connu, qui l’ont connue. Où sont-ils ? Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s’écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse… »
Søren Kierkegaard, Trois discours sur des circonstances supposées
« Qui n’a entendu parler de la valeur infinie prise par un jour, et parfois même une heure, quand la mort a rendu le temps précieux ! La mort peut cela, mais l’homme instruit du sérieux peut aussi, grâce à la pensée de la mort, rendre le temps précieux, de sorte que chaque jour et chaque année prennent une valeur infinie. »