Quelle joie de vous retrouver ce soir pour méditer sur cette question : d’où vient la beauté ? Il nous a semblé que rien n’était plus concluant que de la faire venir sur scène ! Le mieux est peut-être de partir de cette expérience : d’où vient l’expérience que nous venons de vivre ensemble ? D’où vient la beauté telle qu’elle vient de se manifester à nous maintenant ? Nous aurons l’occasion de croiser tout ce qu’il y a de beauté dans le monde : les beautés de la nature, de la culture, les beautés de l’art sous toutes leurs formes, et peut-être, singulièrement, parlerons-nous de la musique ce soir, ne serait-ce que pour faire honneur à nos invités, mais aussi parce que la musique a beaucoup à nous dire de la manière dont cette question peut peut-être trouver une réponse ; d’où vient la beauté ?
Musiciens
Cécile Tête
Cécile Tête rentre en 2008 au CNSM de Paris.
Au cours de son cursus, elle est admise au sein de l’académie de l’orchestre de Paris. Elle intègre l’orchestre de l’Opéra National de Paris en 2012. En 2016, elle est nommée Premier Chef d’attaque des seconds violons dans ce même orchestre.
Depuis 2019, elle se produit au sein de l’orchestre du prestigieux festival de Bayreuth sous la direction de Christian Thielemann, Philippe Jordan, Andris Nelsons.
Cyrille Lacrouts
Après avoir obtenu plusieurs premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris , Cyrille Lacrouts se perfectionne à Moscou. Il intègre à l’âge de 20 ans l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Il est nommé Premier Violoncelle Solo deux ans plus tard.
Cyrille Crouts est amené à rencontrer et travailler sous la direction de chefs comme Myung Whun Chung, Sir Georg Solti, Esa Peka Salonen, Valery Gergiev, Pierre Boulez, George Prêtre… Parallèlement, il enseigne au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
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Malherbe, Consolation à Monsieur Du Perrier sur la mort de sa fille
« Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin »
Platon, Le Banquet (Diotime)
« Celui qui veut s’y prendre comme il convient, doit, dès son jeune âge, commencer par rechercher les beaux corps. D’abord, s’il est bien dirigé, il doit n’en aimer qu’un seul, et là concevoir et enfanter de beaux discours. Ensuite il doit reconnaître que la beauté qui réside dans un corps est sœur de la beauté qui réside dans les autres. Et s’il est juste de rechercher ce qui est beau en général, notre homme serait bien peu sensé de ne point envisager la beauté de tous les corps comme une seule et même chose. Une fois pénétré de cette pensée, il doit faire profession d’aimer tous les beaux corps, et dépouiller toute passion exclusive, qu’il doit dédaigner et regarder comme une petitesse. Après cela, il doit considérer la beauté de l’âme comme bien plus relevée que celle du corps, de sorte qu’une âme belle, d’ailleurs accompagnée de peu d’agréments extérieurs, suffise pour attirer son amour et ses soins, et pour qu’il se plaise à y enfanter les discours qui sont le plus propres à rendre la jeunesse meilleure. Par là il sera amené à considérer le beau dans les actions des hommes et dans les lois, et à voir que la beauté morale est partout de la même nature; alors il apprendra à regarder la beauté physique comme peu de chose. De la sphère de l’action il devra passer à celle de l’intelligence et contempler la beauté des sciences ; ainsi arrivé à une vue plus étendue de la beauté, libre de l’esclavage et des étroites pensées du servile amant de la beauté de tel homme ou de telle action particulière, lancé sur l’océan de la beauté, et tout entier à ce spectacle, il (…) verra tout-à-coup apparaître à ses regards une beauté merveilleuse, celle, ô Socrate, qui est la fin de tous ses travaux précédents : beauté éternelle, non engendrée et non périssable, exempte de décadence comme d’accroissement, qui n’est point belle dans telle partie et laide dans telle autre, belle seulement en tel temps, dans tel lieu, dans tel rapport, belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là ; beauté qui n’a point de forme sensible, un visage, des mains, rien de corporel ; qui n’est pas non plus telle pensée ni telle science particulière ; qui ne réside dans aucun être différent d’avec lui-même, comme un animal ou la terre ou le ciel ou toute autre chose ; qui est absolument identique et invariable par elle-même ; de laquelle toutes les autres beautés participent (…). Le vrai chemin de l’amour, qu’on l’ait trouvé soi-même ou qu’on y soit guidé par un autre, c’est de commencer par les beautés d’ici-bas, et les yeux attachés sur la beauté suprême, de s’y élever sans cesse en passant pour ainsi dire par tous les degrés de l’échelle, d’un seul beau corps à deux, de deux à tous les autres, des beaux corps aux beaux sentiments, des beaux sentiments aux belles connaissances, jusqu’à ce que, de connaissances en connaissances, on arrive à la connaissance par excellence, qui n’a d’autre objet que le beau lui-même, et qu’on finisse par le connaître tel qu’il est en soi. O mon cher Socrate (…), ce qui peut donner du prix à cette vie, c’est le spectacle de la beauté éternelle. Auprès d’un tel spectacle, que seraient l’or et la parure… »
Leibniz, Lettre à Goldbach
« La musique est un exercice d’arithmétique secrète et celui qui s’y livre ignore qu’il manie les nombres. »
Hume, Essai sur la règle du goût
« Il est évident qu’aucune des règles de la composition n’est fixée par des raisonnements a priori (…) et les relations d’idées éternelles et immuables. (…) Bien des beautés de la poésie, et même de l’éloquence, sont fondées sur la fausseté et la fiction, sur des hyperboles, des métaphores, sur un abus ou une déformation de mots détournés de leur sens naturel. Mettre un frein aux saillies de l’imagination et réduire chaque expression à une vérité ou une exactitude géométrique serait (…) produire une œuvre telle que celles qui, par l’expérience universelle, ont été jugées les plus insipides et les plus désagréables. »
Hume, Essai sur la règle du goût
« Parmi mille opinions différentes que des hommes différents peuvent nourrir sur le même sujet, il n’y en a qu’une, et une seule, qui soit juste et vraie, et la seule difficulté est de la déterminer et de l’établir. Au contraire, mille sentiments différents éveillés par le même objet sont tous justes, parce qu’aucun sentiment ne représente ce qui est réellement dans l’objet. (…) La beauté n’est pas une qualité qui se trouve dans les choses elles-mêmes, elle n’existe que dans l’esprit qui les contemple et chaque esprit perçoit une beauté différente. Il se peut même qu’une personne perçoive de la laideur là où une autre est sensible à la beauté. Chaque individu doit accepter son propre sentiment sans prétendre régler ceux d’autrui. La recherche de la beauté réelle ou la laideur réelle est une recherche aussi vaine que celle qui prétendrait déterminer la douceur réelle ou l’amertume réelle. Selon la disposition des organes, le même obtenir jet peut être en même temps doux et amer, et le proverbe a déclaré à juste titre qu’il était vain de disputer des goûts. »
Baudelaire, Hymne à la beauté
« Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?»
Nietzsche, Crépuscule des idoles
« La beauté ne doit rien au hasard. Même la beauté d’une race ou d’une famille, la grâce et la perfection de toutes ses attitudes, il a aussi fallu les acquérir avec effort : c’est, comme le génie, le résultat final du travail accumulé des générations. Il faut avoir fait de grands sacrifices au bon goût, il faut avoir fait bien des choses et renoncé à bien des choses en son nom — sur ces deux points, le XVIIe siècle français est digne d’admiration —. Il faut avoir fait du bon goût un principe de sélection (…), il faut avoir préféré la beauté à l’avantage personnel, à l’habitude, à l’opinion, à la paresse. Règle suprême : on ne doit pas « se laisser aller », même à ses propres yeux. Les bonnes choses sont hors de prix, et c’est une loi toujours valable que celui qui les possède est autre que celui qui les acquiert. Tout ce qui est beau est hérité. Tout ce qui n’est pas hérité est imparfait, n’est qu’un commencement… (…) Pour le sort du peuple et de l’humanité, il est d’une importance décisive que la culture commence au bon endroit (et pas par l’âme, comme le voulait la funeste superstition des prêtres et demi-prêtres) : le bon endroit, c’est le corps, l’apparence physique, le régime, la physiologie — et le reste suit de lui-même… C’est pourquoi les Grecs constituent toujours le premier événement capital dans l’histoire de l’humanité. Ils savaient — et ils faisaient —, ce qu’il fallait. Le christianisme, qui méprisait le corps, a été jusqu’à présent le plus grand malheur de l’humanité. »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
« La voix de la beauté parle bas : elle ne s’insinue que dans les âmes les plus éveillées. »
Nietzsche, Fragments posthumes d’Aurore
« Je lis les penseurs et chante après eux leurs mélodies : je sais que derrière tous ces mots froids se meut une âme de désir, et je l’entends chanter, car ma propre âme chante quand elle est émue. »
Nietzsche, Avertissement à La naissance de la tragédie
« Je ne m’adresserai qu’à ceux qui ont une parenté immédiate avec la musique, ceux dont la musique est pour ainsi dire le giron maternel et qui n’entretiennent presque avec les choses que des relations musicales inconscientes. »
Nietzsche, Lettre à Peter Gast
« La vie sans musique est tout simplement une erreur, un calvaire, un exil. »
Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
« On ne disputerait pas du goût ? Oh, fous que vous êtes, toute vie est lutte pour l’appréciation et le goût, et il faut qu’il en soit ainsi.
Et moi-même, mes amis fous ! – que suis-je d’autre, sinon ce à propos de quoi on se dispute : un goût ! »
Kant, Critique de la faculté de juger
« 1. Thèse. Le jugement de goût ne se fonde pas sur des concepts ; car, sinon, il serait possible d’en disputer (de décider par des preuves).
2. Antithèse. Le jugement de goût se fonde sur des concepts ; car, sinon, il ne serait même pas possible, malgré la diversité qu’il présente, d’en jamais discuter (de prétendre à l’assentiment nécessaire d’autrui à ce jugement).»
Rilke
« Il n’est aucun lieu,
Ici, qui ne te voie. Tu dois changer ta vie. »
Chesterton, Petites histoires extraordinaires
« I am a child of the level and have no need of that celebrated Alpine guide. I will lift up my eyes to the hills, from whence cometh my help; but I will not lift up my carcass to the hills, unless it is absolutely necessary. Everything is in an attitude of mind; and at this moment I am in a comfortable attitude. I will sit still and let the marvels and the adventures settle on me like flies. There are plenty of them, I assure you. The world will never starve for want of wonders; but only for want of wonder. »
Morceaux interprétés par Cécile Tête et Cyrille Lacrouts
« – Handel, Passacaglia
– Bach, Suite pour orchestre n° 3 en Ré majeur ; 2ème mouvement : Aria
– Gliere, Huit Morceaux pour Violon et Violoncelle, op. 39 : Scherzo »