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Carte cadeau Podcasts – Mode d’emploi Valable pour une saison/playlist Vous êtes l’heureux bénéficiaire de cette carte cadeau bleue ? Vous allez accéder aux Podcasts de la Saison ou de la Playlist de votre choix. Vous pourrez écouter ou regarder les Soirées de la Philo sur votre ordinateur ou depuis votre smartphone grâce à l’application Philia ! Suivez-tout simplement les étapes […] Programme de la Saison 13 Au fil des questions abordées, le programme de chaque année est conçu pour vous proposer d’explorer tous les grands domaines de la philosophie. Les conférences passées pourront être réécoutées en podcast ou regardées en vidéo. À Paris Cycle Les Grandes Questions – 14 soirées au Théâtre Antoine 180 € 110 € tarif réduit S’abonner à […] Philia Bayeux Philia Bayeux Rejoignez Philia Bayeux ! Facebook Youtube Instagram Les Soirées de la Philo démarreront dès la rentrée 2025 à Bayeux ! Les rencontres s’articulent autour de la projection des Soirées de la Philo enregistrées à Paris avec François-Xavier Bellamy, puis débouchent généralement sur un verre partagé autour de la question du soir. Elles sont […] Philia Rennes Philia Rennes Rejoignez Philia Rennes Facebook Youtube Instagram Les Soirées de la Philo se déroulent à Rennes selon un calendrier défini en début d’année. Les rencontres s’organisent autour de la projection des Soirées de la Philo enregistrées à Paris avec François-Xavier Bellamy, puis débouchent généralement sur un verre partagé autour de la question du soir. […] Soirée découverte Bruxelles Inscription en soirée découverte à Bruxelles L’inscription en Soirée Découverte vous permet de venir découvrir une Soirée de la Philo, gratuitement et sans engagement. Attention : cette formule Soirée découverte ne permet pas d’accéder aux podcasts. Les inscriptions aux Soirées découvertes sont ouvertes dans la limite des places disponibles. Une seule Soirée découverte pour la Saison vous sera accordée. […] Bruxelles Philia Bruxelles Rejoignez Philia Bruxelles ! Facebook Youtube Instagram Les Soirées de la Philo se déroulent à Bruxelles selon un calendrier défini en début d’année. Les rencontres s’articulent autour de la projection des Soirées de la Philo enregistrées à Paris avec François-Xavier Bellamy, puis débouchent généralement sur un verre partagé autour de la question du […] Soirée découverte Saint-Nazaire Inscription en soirée découverte à Saint-Nazaire L’inscription en Soirée Découverte vous permet de venir découvrir une Soirée de la Philo, gratuitement et sans engagement. Attention : cette formule Soirée découverte ne permet pas d’accéder aux podcasts. Les inscriptions aux Soirées découvertes sont ouvertes dans la limite des places disponibles. Une seule Soirée découverte pour la Saison vous sera accordée. […] Soirée découverte Toulon Inscription en soirée découverte à Toulon L’inscription en Soirée Découverte vous permet de venir découvrir une Soirée de la Philo, gratuitement et sans engagement. Attention : cette formule Soirée découverte ne permet pas d’accéder aux podcasts. Les inscriptions aux Soirées découvertes sont ouvertes dans la limite des places disponibles. Une seule Soirée découverte pour la Saison vous sera accordée. […] Soirée découverte Luxembourg Inscription en soirée découverte au Luxembourg L’inscription en Soirée Découverte vous permet de venir découvrir une Soirée de la Philo, gratuitement et sans engagement. Attention : cette formule Soirée découverte ne permet pas d’accéder aux podcasts. Les inscriptions aux Soirées découvertes sont ouvertes dans la limite des places disponibles. Une seule Soirée découverte pour la Saison vous sera accordée. […] Soirée découverte Bayonne-Anglet-Biarritz Inscription en soirée découverte à Bayonne-Anglet-Biarritz L’inscription en Soirée Découverte vous permet de venir découvrir une Soirée de la Philo, gratuitement et sans engagement. Attention : cette formule Soirée découverte ne permet pas d’accéder aux podcasts. Les inscriptions aux Soirées découvertes sont ouvertes dans la limite des places disponibles. Une seule Soirée découverte pour la Saison vous sera accordée. […]

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Qu’être ?

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1 h 35 min
Saison 13
Faut-il abolir l’argent ?

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1 h 40 min
Saison 13
Qu’est-ce qu’un État ?

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1 h 36 min
Saison 13
A-t-on le droit d’être indifférent ?

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1 h 33 min
Saison 13
Comment dormez-vous ?

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Saison 13
Peut-on se libérer du désir ? 2/2

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1 h 34 min
Saison 13
Peut-on se libérer du désir ? 1/2

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1 h 24 min
Saison 13
L’histoire est-elle écrite d’avance ?

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1 h 32 min
Saison 13
D’où vient le pouvoir des mots ?

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1 h 29 min
Saison 13
Depuis quand la mer est-elle bleue ?

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1 h 32 min
Saison 13
Les Podcasts > Saison 8 > Comment recommencer ?

Comment recommencer ?

28 septembre 2020

Durée : 1 h 27 min
Saison 8

Quel bonheur de recommencer… Et quelle joie de vous retrouver pour cette première soirée de notre huitième Saison. Ce n’est pas la première de nos Soirées ; nous en avons fait tellement ! Mais elle vient après une si longue interruption que nous éprouvons tous ensemble le bonheur de retrouver quelque chose qui ressemble à la vraie vie… Et c’est sur cette expérience que nous allons réfléchir ensemble, l’expérience de recommencer ; parce que nos vies sont peut-être faites plus de recommencements que de commencements, ces recommencements oubliés auxquels on prête trop peu d’attention, obsédés que nous sommes par les origines, les fondements, les débuts… Les moments qui commencent tout nous font oublier que la vie est surtout ce qui toujours recommence. Comment recommencer ?

PODCAST : Réécoutez en ligne la Soirée du 28 septembre 2020

VIDÉO : Regardez la Soirée du 28 septembre 2020

 

 

 

Racine, Bérénice
« Moi-même j’ai voulu vous entendre en ce lieu.
Je n’écoute plus rien, et pour jamais adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?»


Arendt, Condition de l’Homme moderne
« Les objets tangibles les moins durables sont ceux dont a besoin le processus vital.
Leur consommation survit à peine à l’acte qui les a produits ; selon les expressions
de Locke, toutes les « bonnes choses » qui sont « réellement utiles à la vie de
l’homme », à la « nécessité de subsister », sont « généralement de courte durée »
au point que si on ne les consomme pas elles se corrompent et périssent
d’elles-mêmes. Après un bref séjour dans le monde elles retournent au processus
naturel qui les a fournies, soit qu’elles entrent par absorption dans le processus vital
de l’animal humain, soit qu’elles se corrompent, sous la forme que leur a donnée
l’homme, et qui leur procure une place éphémère dans le monde des choses faites
de main d’homme, elles disparaissent plus vite que toute autre parcelle du monde.
Considérées dans leur appartenance-au-monde, elles sont moins de-ce-monde que
tout autre objet, et en même temps elles sont plus naturelles que tout. Bien que
faites de main d’homme, elles vont et viennent, sont produites et consommées selon
le perpétuel mouvement cyclique de la nature. C’est aussi un mouvement cyclique
que celui de l’organisme vivant, sans exclure le corps humain, tant qu’il peut résister
au processus qui le pénètre et qui l’anime. La vie est un processus qui partout
épuise la durabilité, qui l’use, la fait disparaître, jusqu’à ce que la matière morte,
résultante de petits cycles vitaux individuels, retourne à l’immense cycle universel de
la nature, dans lequel il n’y a ni commencement ni fin, où toutes choses se répètent
dans un balancement immuable, immortel.

La nature et le mouvement cyclique qu’elle impose à tout ce qui vit ne connaissent ni
mort ni naissance au sens où nous entendons ces mots. La naissance et la mort des
êtres humains ne sont pas de simples événements naturels ; elles sont liées à un
monde dans lequel apparaissent et d’où s’en vont des individus, des entités uniques,
irremplaçables, qui ne se répèteront pas. La naissance et la mort présupposent un
monde où il n’y a pas de mouvement constant, dont la durabilité au contraire, la
relative permanence, font qu’il est possible d’y paraître et d’en disparaître, un monde
qui existait avant l’arrivée de l’individu et qui survivra à son départ. Sans un monde
auquel les hommes viennent en naissant et qu’ils quittent en mourant, il n’y aurait
rien que l’éternel retour, l’immortelle perpétuité de l’espèce humaine comme des
autres espèces animales. (…)

Également liée aux cycles perpétuels des mouvements naturels, mais moins
sévèrement imposée à l’homme par la « condition de la vie humaine », il y a une
seconde tâche du travail : la lutte incessante contre les processus de croissance et
de déclin par lesquels la nature envahit constamment l’artifice humain, menaçant la
durabilité du monde et son aptitude à servir aux hommes. La protection et la
sauvegarde du monde contre les processus naturels sont de ces tâches qui exigent
l’exécution monotone de corvées quotidiennement répétées. Cette lutte laborieuse,
distincte de l’accomplissement essentiellement pacifique du travail obéissant aux
besoins immédiats du corps, bien qu’elle soit moins « productive » que le
métabolisme direct de l’homme avec la nature, est beaucoup plus étroitement liée au
monde qu’elle défend contre la nature. Dans les vieilles légendes, dans les contes
mythologiques, elle a souvent revêtu la grandeur de combats héroïques contre
d’écrasants périls, comme dans le récit d’Hercule qui compte au nombre des douze
« travaux » le nettoyage des écuries d’Augias. Une idée analogue d’exploits
héroïques, exigeant force et courage, accomplis dans un esprit de lutte s’exprime
dans l’emploi que l’on faisait au moyen âge des mots travail, labour, Arbeit.
Cependant, la lutte quotidienne dans laquelle le corps humain est engagé pour
nettoyer le monde et pour l’empêcher de s’écrouler ressemble bien peu à de
l’héroïsme ; l’endurance qu’il faut pour réparer chaque matin le gâchis de la veille
n’est pas du courage, et ce qui rend l’effort pénible, ce n’est pas le danger, mais
l’interminable répétition. Les « travaux » d’Hercule ont une chose en commun avec
tous les grands exploits : ils sont uniques ; malheureusement, il n’y a que les
mythiques écuries d’Augias pour rester propres une fois l’effort accompli et la tâche
achevée. »


Beckett
« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. »


Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra
« Maintenant je meurs et je disparais, et dans un instant je ne serai plus rien. Les
âmes sont aussi mortelles que les corps.
Mais un jour reviendra le réseau des causes où je suis enserré, — il me recréera !
Je fais moi-même partie des causes de l’éternel retour des choses.
Je reviendrai avec ce soleil, avec cette terre, avec cet aigle, avec ce serpent — non
pas pour une vie nouvelle, ni pour une vie meilleure ou semblable :
— je reviendrai éternellement pour cette même vie, identiquement pareille, en grand
et aussi en petit, afin d’enseigner de nouveau l’éternel retour de toutes choses, —
— afin de proclamer à nouveau la parole du grand Midi de la terre et des hommes,
afin d’enseigner de nouveau aux hommes la venue du Surhumain. »

 


Nietzsche, Le Gai Savoir / Dernières paroles
« Tibère mourut en silence, lui qui fut le plus tourmenté de ceux qui se tourmentèrent
eux-mêmes, – celui-ci fut vrai et ne fut point un comédien! Qu’est-ce qui a bien pu lui
passer par la tête à sa dernière heure! Peut-être ceci : « La vie – c’est là une longue
mort. Quel fou j’ai été de raccourcir tant d’existences! Etais-je fait, moi, pour être un
bienfaiteur? J’aurais dû leur donner la vie éternelle : ainsi j’aurais pu les voir mourir
éternellement. »


Camus, Le Mythe de Sisyphe
« Sisyphe est le héros absurde. Il l’est autant par ses passions que par son tourment.
Son mépris des dieux, sa haine de la mort et sa passion pour la vie, lui ont valu ce
supplice indicible où tout l’être s’emploie à ne rien achever. C’est le prix qu’il faut
payer pour les passions de cette terre. On ne nous dit rien sur Sisyphe aux enfers.
Les mythes sont faits pour que l’imagination les anime. Pour celui-ci on voit
seulement tout l’effort d’un corps tendu pour soulever l’énorme pierre, la rouler et
l’aider à gravir une pente cent fois recommencée ; on voit le visage crispé, la joue
collée contre la pierre, le secours d’une épaule qui reçoit la masse couverte de
glaise, d’un pied qui la cale, la reprise à bout de bras, la sûreté tout humaine de deux
mains pleines de terre. Tout au bout de ce long effort mesuré par l’espace sans ciel
et le temps sans profondeur, le but est atteint. Sisyphe regarde alors la pierre
dévaler en quelques instants vers ce monde inférieur d’où il faudra la remonter vers
les sommets. Il redescend dans la plaine.

C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse. Un visage qui peine
si près des pierres est déjà pierre lui-même ! Je vois cet homme redescendre d’un
pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin. Cette heure qui
est comme une respiration et qui revient aussi sûrement que son malheur, cette
heure est celle de la conscience. À chacun de ces instants, où il quitte les sommets
et s’enfonce peu à peu vers les tanières des dieux, il est supérieur à son destin. Il est
plus fort que son rocher.
Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa
peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le soutenait ? L’ouvrier d’aujourd’hui
travaille, tous les jours de sa vie, aux mêmes tâches et ce destin n’est pas moins
absurde. Mais il n’est tragique qu’aux rares moments où il devient conscient.
Sisyphe, prolétaire des dieux, impuissant et révolté, connaît toute l’étendue de sa
misérable condition : c’est à elle qu’il pense pendant sa descente. La clairvoyance
qui devait faire son tourment consomme du même coup sa victoire. Il n’est pas de
destin qui ne se surmonte par le mépris. (…)
À cet instant subtil où l’homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son
rocher, contemple cette suite d’actions sans lien qui devient son destin, créé par lui,
uni sous le regard de sa mémoire, et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de
l’origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait
que la nuit n’a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore. Je laisse
Sisyphe au bas de, la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe
enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge
que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni futile.
Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine
de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à
remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. »


Kierkegaard, La Reprise
« Je quittai le théâtre en pensant : « Il n’existe absolument aucune reprise. »

« Le lendemain, j’étais au Königstadter Theater. Rien d’autre n’y fut repris que
l’impossibilité d’une reprise. »

« Tout cela reprit pendant quelques jours. La reprise m’emplit alors d’une telle
amertume et d’un tel dégoût que je résolus de regagner mes foyers. Ma découverte,
si elle n’était pas sensationnelle, n’en était pas moins singulière : j’avais découvert
que la reprise n’existait absolument pas, je m’en étais assuré en la reprenant de
toutes les manières. »

« Il n’arrive jamais à un homme d’être absolument satisfait de toutes les manières imaginables, fût-ce une demi-heure, dans sa vie tout entière. »

« Ce fut alors que je m’occupai, de temps à autre, de l’idée de reprise. Et j’en fus
enthousiasmé. En quoi je fus une fois de plus la victime de mon zèle pour les
principes, car je suis tout à fait convaincu que si je n’étais pas parti en voyage avec
l’intention de mettre cette idée à l’épreuve, je me serais royalement amusé tout à fait
comme la dernière fois. Que ne puis-je me tenir au-dedans du général au lieu de
vouloir des principes ! Que ne puis-je aller vêtu comme les autres hommes au lieu
de vouloir les bottes rigides du voyageur ! Orateurs sacrés et profanes, poètes et
prosateurs, patrons de bateaux et entrepreneurs de pompes funèbres, héros et
poltrons, tous tant qu’ils sont, ne disent-ils pas à l’unisson que la vie est un fleuve ?
Où peut-on prendre une idée aussi saugrenue que celle de reprise et qu’y a-t-il
d’encore plus saugrenu que de vouloir l’ériger en principe ? (…)

« Vive le cor de postillon ! C’est mon instrument, pour bien des raisons et surtout
parce ce qu’on n’est jamais sûr de pouvoir tirer de cet instrument le même son. Le
cor de postillon offre, en effet, d’infinies possibilités. Celui qui le porte à la bouche
pour y déposer sa sagesse ne se rendra jamais coupable d’une reprise et celui qui,
en guise de réponse, met à la disposition de son ami un cor de postillon, ne dit rien,
mais explique tout. Loué soit le cor de postillon ! C’est mon symbole. Les vieux
ascètes mettaient sur leur table une tête de mort, dont la contemplation soutenait
leur conception de la vie. De même le cor de postillon sur ma table doit toujours me
rappeler ce qu’est le sens de la vie. Vive le cor de postillon ! Mais ce n’est pas la
peine de voyager. Nul besoin, en effet, de se déplacer, pour être convaincu qu’il n’y
a aucune reprise. Non ! qu’on reste donc en repos dans sa chambre, puisque tout
est vanité et que tout passe, et l’on voyagera encore plus vite qu’en chemin de fer,
tout en restant bien tranquille. Tout doit me le rappeler : mon serviteur portera la
livrée des postes ; moi-même je n’irai pas à un grand dîner sans prendre la poste.
Adieu ! Adieu ! Toi, riche espérance de la jeunesse, pourquoi te hâtes-tu, pourquoi
cette précipitation ? Ce que tu poursuis n’existe pas, et toi pas davantage ! Adieu !
toi, virile énergie ! Pourquoi ton pas frappe-t-il si fort la terre ? Ce que tu piétines,
c’est une illusion ! Adieu ! toi, projet victorieux. Tu atteins sans doute le but, mais tu
ne pourrais guider l’exécution de l’œuvre qu’en te retournant sur elle, ce que tu ne
peux pas ! Adieu ! toi, forêt magnifique. Quand j’ai voulu te revoir, tu étais flétrie !
Précipite-toi, toi fleuve qui passes ! toi, le seul et unique qui saches vraiment ce que
tu veux : car tu ne veux que couler, te perdre dans la mer jamais remplie ! Continue
sans désemparer, toi, drame de la vie, que nul ne peut appeler comédie, nul
tragédie, parce que nul n’en voit la fin ! Continue sans désemparer, toi, drame de
l’existence, où la vie n’est pas donnée de nouveau, pas plus que l’argent ! Pourquoi
personne, jamais n’est revenu de chez les morts ? Parce que la vie ne sait pas
captiver comme le sait la mort, parce que la vie ne possède pas la persuasion
comme la mort. Oui, la mort persuade à merveille, pourvu qu’on lui laisse la parole
sans répliquer. C’est alors qu’elle convainc au moment même, et jamais personne
n’a eu un mot à lui objecter ou n’a regretté l’éloquence de la vie… »

« En ce temps-là, les Eléates niaient le mouvement. Diogène se produisit, comme
chacun sait, dans le rôle de “contradicteur”. Il interpréta réellement ce rôle ; sans
mot dire, il fit simplement quelques pas, en avant et en arrière, considérant avoir
ainsi suffisamment réfuté ses adversaires. Comme je m’étais assez longtemps
occupé, à l’occasion du moins, du problème suivant : « Une reprise est-elle possible
? Quelle signification a-t-elle ? Une chose gagne-t-elle ou perd-elle à être reprise ?
», il me vint soudain à l’esprit ceci : « Tu devrais aller à Berlin, où tu as déjà été une
fois ; tu vérifieras alors si une reprise est possible et ce qu’elle peut signifier. » Chez
moi, j’étais quasi tombé en arrêt sur ce problème. On en dira ce qu’on voudra, il
finira par jouer un rôle très important dans la philosophie moderne, car la reprise est
le terme décisif pour exprimer ce qu’était la « réminiscence » (ou ressouvenir) chez
les Grecs. Ceux-ci enseignaient que toute connaissance est un ressouvenir. De
même, la nouvelle philosophie enseignera que la vie tout entière est une reprise. Le
seul et unique philosophe moderne qui en ait eu le pressentiment est Leibniz.
Reprise et ressouvenir sont un même mouvement, mais en direction opposée ; car,
ce dont on a ressouvenir, a été : c’est une reprise en arrière ; alors que la reprise
proprement dite est un ressouvenir en avant. C’est pourquoi la reprise, si elle est
possible, rend l’homme heureux, tandis que le ressouvenir le rend malheureux, en
admettant, bien entendu, qu’il se donne le temps de vivre et ne cherche pas, dès
l’heure de sa naissance, un prétexte (par exemple : qu’il a oublié quelque chose)
pour s’esquiver derechef hors de la vie. »

« L’amour selon le ressouvenir est le seul heureux, a dit un auteur, en quoi il a
parfaitement raison, à condition, toutefois, de se ressouvenir que cet amour a
d’abord rendu l’homme malheureux. En vérité, l’amour selon la reprise est le seul
heureux. Comme l’amour selon le ressouvenir, il n’a ni l’inquiétude de l’espérance ni
l’angoisse de l’aventure et de la découverte ; il n’a pas non plus la douce mélancolie
du ressouvenir, mais il a la bienheureuse assurance de l’instant. L’espérance est un
vêtement flambant neuf, raide et trop ajusté ; pourtant, on ne l’a jamais eu sur le dos
; c’est pourquoi on ne sait comment il vêtira ou comment il ira. Le ressouvenir est un
vêtement au rebut : si beau soit-il encore, il ne va plus, parce qu’on a grandi et qu’il
est devenu trop petit. La reprise est un vêtement inusable, assoupli et fait au corps ;
il ne gêne, ni ne flotte. L’espérance est une charmante jeune fille qui vous glisse
entre les mains. Le ressouvenir est une belle vieille femme qui ne rend pourtant
jamais service à l’instant où il faut. La reprise est une épouse aimée, dont on ne se
lasse jamais ; car c’est du nouveau seulement qu’on se lasse. Du vieux, on ne se
lasse jamais et, quand on l’a devant soi, on est heureux. Seul est vraiment heureux
celui qui ne s’abuse pas lui-même dans l’illusion que la reprise apporterait du
nouveau ; car, c’est alors qu’on s’en lasserait. Il appartient à la jeunesse d’espérer, à
la jeunesse de se ressouvenir ; mais il faut du courage pour vouloir la reprise. Celui
qui veut seulement espérer est lâche. Celui qui veut seulement se ressouvenir est
voluptueux. Mais celui qui veut la reprise est viril ; et il est d’autant plus
profondément homme qu’il a su plus énergiquement la prendre en charge. Par
contre, celui qui ne saisit pas que la vie est une reprise, que la reprise est la beauté
de la vie, s’est jugé lui-même ; il ne mérite pas mieux que ce qui va lui arriver : il
périra. Car l’espérance est un fruit alléchant qui ne rassasie pas ; le ressouvenir est
un piteux viatique, qui ne rassasie pas ; mais la reprise est le pain quotidien, une
bénédiction qui rassasie. Quand on fait le tour de l’existence, on doit s’apercevoir, si
on a le courage de le comprendre, que la vie est une reprise dont on a plaisir à se
réjouir. Celui qui n’a pas fait le tour de la vie, avant de commencer à vivre, n’arrivera
jamais à vivre. Celui qui en fit le tour, mais en fut saoulé, c’est qu’il était mal bâti.
Mais celui qui choisit la reprise, celui-là vit. Il ne galope pas, comme un gamin, après
les papillons, ni ne se dresse sur la pointe des pieds pour jeter un coup d’œil sur les
merveilles du monde ; car il les connaît. Il ne reste pas non plus comme une vieille
femme, à filer au rouet du ressouvenir. Mais il va paisiblement son chemin, heureux
grâce à la reprise. Que dis-je ! Sans reprise, que serait la vie ? Qui pourrait souhaiter
être un tableau noir, sur lequel le temps écrirait, à chaque instant, un écrit nouveau
ou bien un écrit rappelant le passé ? Qui pourrait souhaiter se laisser émouvoir par
toutes ces choses nouvelles, passagères, toujours renouvelées, qui amollissent
l’âme en l’amusant ? Supposons que Dieu lui-même n’ait pas voulu la reprise : le
monde n’aurait jamais existé. Ou bien Dieu aurait suivi les plans faciles de
l’espérance, ou bien il aurait tout rappelé à sa mémoire, pour le garder dans le
ressouvenir. Mais il ne fit pas. Le monde subsiste donc et il continue de subsister
parce qu’il est une reprise. La reprise est la réalité, le sérieux de l’existence. Celui
qui veut la reprise a mûri dans le sérieux. Tel est mon vote personnel, à moi qui
considère, en outre, que le sérieux de la vie ne consiste nullement à s’asseoir sur
son sofa — conscient d’être quelque chose, par exemple Conseiller de justice ; ou
bien à aller par les rues avec un air compassé — conscient d’être quelque chose,
par exemple Sa Révérence : cela est tout aussi peu le sérieux de la vie qu’être
écuyer du Roi. Tout cela n’est, à mes yeux, que plaisanterie et, comme telle, parfois
assez mauvaise.
L’amour selon le ressouvenir est le seul heureux, dit un auteur qui, d’après ce que
j’en connais, est parfois quelque peu trompeur. Non qu’il dise une chose et en pense
une autre ; mais parce qu’il pousse à l’extrême sa pensée, en sorte que, faute d’être
saisie avec la même énergie, elle apparaît, un moment après, tout autre. On est
tenté d’approuver, sans peine, cette maxime, ainsi présentée. Mais on oublie alors
qu’elle est l’expression de la plus profonde mélancolie et qu’on ne saurait mieux
exprimer, en la traduisant dans une seule repartie facile, une humeur si
profondément noire. »

« Cependant il me faut constamment le reprendre : c’est à l’occasion de la reprise
que je dis tout cela. La reprise est la nouvelle catégorie qui doit être découverte. Si
on connaît quelque peu la philosophie moderne et qu’on n’ignore pas tout à fait la
grecque, on verra sans peine que cette catégorie explique précisément le rapport
entre les Eléates et Héraclite et que la reprise est proprement ce qu’on a appelé, par
erreur, médiation. Incroyable ce qu’on a fait de la médiation, dans la philosophie
hégélienne : du vent ! Quels papotages couverts de gloires et d’honneurs sous cette
enseigne ! On ferait mieux de chercher à examiner à fond la médiation et à rendre
un peu justice aux Grecs. L’exposé de la doctrine grecque de l’être et du néant, de «
l’instant », du « non-être », etc., dame le pion à Hegel. Médiation est un mot
étranger. En revanche, reprise est un mot bien danois et je félicite la langue danoise
de ce terme philosophique. (…) La dialectique de la reprise est aisée : ce qui est
re-pris, a été, sinon, il ne pourrait pas être re-pris ; mais, précisément, c’est le fait
d’avoir été qui fait de la re-prise une chose nouvelle. Quand les Grecs disaient que
toute connaissance est un ressouvenir, ils disaient que l’existence tout entière qui
existe a existé. Quand on dit que la vie est une reprise, c’est dire que l’existence qui
a existé voit maintenant le jour. Si on n’a pas la catégorie du ressouvenir ou de la
reprise, la vie tout entière se résout en un vacarme vide et creux. Le ressouvenir,
c’est la manière païenne d’envisager la vie, la reprise, c’est la moderne. La reprise
est l’intérêt de la métaphysique et, en même temps, l’intérêt sur lequel la
métaphysique achoppe. (…)
Quant au sens de la reprise rapportée à une chose, on peut en dire long sans se
rendre coupable d’une reprise. Quand le Professeur Ussing prononça naguère, à la
Société du 28 mai, un discours dont le propos déplut, que fit le professeur ? Il se
montra, comme toujours, brutalement résolu. Il frappa sur la table en disant : « Je
reprends ! » Il pensait par conséquent, que ce qu’il disait gagnait à être repris. »

 

#Arendt #Beckett #Camus