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Faut-il abolir l’argent ?

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Saison 13
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Saison 13
Faut-il croire ce que l’on voit ?

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1 h 30 min
Saison 13
Les Podcasts > La politique devrait-elle être morale ?

La politique devrait-elle être morale ?

9 janvier 2017

Durée : 1 h 39 min
Agora Saison 4

La grande scène du monde politique semble être le lieu continuel du spectacle de tous les vices : fraude, mensonge, cupidité, vol, escroquerie, rivalité, luxure, égoïsme, mégalomanie, trahisons, il n’est que peu de défauts qui ne trouvent à s’illustrer dans la rubrique politique de nos actualités. Et quoi de plus ancien que cette actualité-là… Depuis que la politique est connue, le pouvoir semble toucher à ce qu’il y a parfois de plus noir dans l’homme, de plus bas, de plus médiocre. La politique devrait-elle être morale ? Mais qui a trouvé cette étrange question ? La politique peut-elle être autre chose qu’immorale ? Si l’on se contente d’observer, il ne faut même plus s’indigner – seulement se résigner à ce que le gouvernant ait sa propre logique, indépendante des exigences pures et idéales de l’éthique. Et pourtant, quel sens a la politique si elle ne sert pas un bien ? Et pourquoi faudrait-il s’obliger à obéir à des lois si elles n’ont aucun sens qui puisse rejoindre la quête de notre conscience ? Refusons de nous laisser faire, refusons d’être cyniques et de renoncer au sens même de la politique… Il faut affronter la question, au-delà de toutes les évidences apparentes : la politique peut-elle être morale ?

 

PODCAST : Réécoutez en ligne la Soirée du 9 janvier 2017

VIDÉO : Regardez la Soirée du 9 janvier 2017

 

Paolo Sorrentino, Il Divo
« Livia, ce sont tes yeux clairs qui m’ont foudroyé un après-midi au cimetière de Verano. Nous marchions là-bas, j’avais choisi ce lieu singulier pour te demander en mariage, tu te souviens ? Oui, je sais que tu te souviens. Tes yeux clairs, purs, transparents, ne savaient pas, ne savent pas et ne sauront pas, ils n’ont pas idée, ils n’ont aucune idée des méfaits que le pouvoir doit commettre pour assurer le bien et le développement d’un peuple. Et pendant trop d’années, j’ai été le pouvoir. La monstrueuse, l’inavouable contradiction : faire le mal pour garantir le bien. La contradiction monstrueuse qui a fait de moi un homme cynique et indéchiffrable, même par toi, tes yeux pleins et purs et transparents ne savent pas ce qu’est la responsabilité. La responsabilité directe ou indirecte pour tous les attentats survenus en Italie de 1969 à 1984, et qui ont causé précisément 236 morts et 817 blessés. A toutes les familles des victimes, je dis : oui, je confesse. Je confesse : tout cela est aussi ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute. Je le dis, même si ça ne sert à rien. Les attentats pour déstabiliser le pays, pour provoquer la terreur afin d’isoler les partis politiques extrêmes et renforcer les partis du centre et de la démocratie, ils avaient appelé cela « stratégie de la tension. » Avions-nous le choix ? Il aurait été plus correct d’appeler cela « stratégie de la survie. » Roberto, Michele, Giorgio, Carlo Alberto, Giovanni, Mino, le cher Aldo, par vocation ou par nécessité, ils étaient tous d’irréductibles amants de la vérité. Tous des bombes prêtes à exploser, qui ont été désamorcés par le silence final. Tous ils pensaient que dire toute la vérité était une cause juste, alors qu’en fait la vérité est la fin du monde, et nous ne pouvons pas consentir à la fin du monde au nom de la cause la plus juste. Nous avons une mission, nous ; une mission divine. Mais il faut beaucoup aimer Dieu pour comprendre combien le mal est nécessaire pour obtenir le bien. Cela, seul Dieu le sait ; et moi aussi, je le sais. »


Machiavel, Le Prince
« Beaucoup d’hommes se sont imaginés des républiques et des principautés qu’on a jamais vu ni jamais connues existant dans la réalité. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit de la manière dont on devrait vivre, que celui qui laisse ce qui se fait pour ce qui devrait se faire, apprend plutôt à se détruire qu’à se préserver. Et par conséquent, il faut qu’un homme qui veut faire profession d’être tout à fait bon, parmi tant d’autres qui ne le sont pas, périsse tôt ou tard.
Il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir apprenne à ne pas être toujours bon, et à user du bien ou du mal, selon la nécessité. »


Machiavel, Le Prince
« Combien il est louable à un prince de tenir sa parole, de vivre avec intégrité sans employer la ruse, chacun en convient. Cependant, l’expérience de notre temps montre que les princes qui ont fait de grandes choses sont ceux qui ont tenu peu compte de leur parole, et qui ont su, grâce à la ruse, circonvenir l’esprit des hommes ; et à la fin ils ont vaincu ceux qui se sont fondés sur la loyauté.

Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre : l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est le propre de l’homme, la seconde celui des bêtes ; mais comme souvent la première ne suffit pas, il convient de faire appel à la seconde. C’est pourquoi il est nécessaire à un prince de bien savoir user de la bête et de l’homme. (…)

Comme le prince est donc contraint de savoir bien user de la bête, il doit entre toutes choisir le renard et le lion ; le lion en effet ne se défend pas des pièges, le renard ne se défend pas des loups. Il faut donc être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups. Ceux qui se fondent uniquement sur le lion n’y entendent rien. C’est pourquoi un seigneur prudent ne doit pas tenir sa parole lorsque la promesse qu’il a faite tourne à son désavantage et qu’ont disparues les raisons qui lui avaient fait promettre. Si les hommes étaient tous bons, ce précepte ne serait pas bon, mais comme ils sont méchants et qu’ils ne tiendraient pas la parole qu’ils t’ont donnée, toi non plus tu n’as pas à tenir celle que tu leur as donnée. D’ailleurs, les raisons de justifier le manquement à la parole donnée n’ont jamais fait défaut aux princes : (…) et toujours c’est celui qui a su le mieux user du renard qui a triomphé. Car les hommes sont si naïfs, et ils obéissent tant aux nécessités présentes que celui qui trompe trouvera toujours quelqu’un qui se laissera tromper. (…)

Il faut comprendre ceci : un prince, surtout un prince nouveau, ne peut observer toutes les qualités pour lesquelles les hommes sont reconnus bons, parce qu’il est souvent contraint s’il veut préserver ses possessions d’agir contre la parole donnée, contre la charité, contre l’humanité. Ainsi, il faut qu’il ait l’esprit disposé à se tourner dans le sens que commandent les vents de la fortune et les variations des choses, et, comme je l’ai dit plus haut, ne pas s’écarter du bien s’il le peut, mais savoir entrer dans le mal, s’il y est contraint. »


Machiavel, Le Prince
« Et parce que cet épisode est digne de renommée et d’être par d’autres imité, je ne veux pas le laisser de côté. Après que le duc eut occupé la Romagne, il trouva qu’elle avait été dirigée par des seigneurs impuissants, lesquels avaient dépouillé plutôt que dressé leurs sujets et leur avaient donné matière à désunions, non pas à union, au point que cette province était pleine de vols, de querelles et de toutes autres sortes d’insolences ; et il pensa qu’il était nécessaire, pour la réduire à être pacifique et obéissante au bras séculier et royal, de lui donner un bon gouvernement. À quoi il proposa messire Remy d’Orque, homme cruel et expéditif, auquel il donna pleine puissance. Celui-ci en peu de temps remit le pays en tranquillité et union, à son très grand honneur. Mais ensuite Borgia, estimant qu’une si excessive autorité n’était plus de saison, et redoutant qu’elle ne devînt odieuse, établit un tribunal civil au milieu de la province, avec un sage président, et où chaque ville avait son avocat. Et, comme il savait bien que les rigueurs passées lui avaient valu quelque inimitié, pour en purger les esprits de ces peuples et les tenir tout à fait en son amitié, il voulut montrer que, s’il y avait eu quelque cruauté, elle n’était pas venue de sa part, mais de la mauvaise nature du ministre. Prenant là-dessus l’occasion au poil, il le fit un beau matin, à Cesena, mettre en deux morceaux, au milieu de la place, avec un billot de bois et un couteau sanglant près de lui. La férocité de ce spectacle fit le peuple demeurer en même temps content et stupide. »


Machiavel, Le Prince
« Par où il faut noter que les hommes se doivent ou caresser ou occire ; car ils se vengent des légères injures, mais des grandes ils ne le peuvent. Ainsi, le tort qui se fait à un homme doit être fait tel qu’on ne craigne pas sa vengeance. »


Max Weber, Le métier et la vocation de politique
« Celui qui, en général, veut faire de la politique et surtout celui qui veut eu faire sa vocation doit prendre conscience de ces paradoxes éthiques et de sa responsabilité à l’égard de ce qu’il peut lui-même devenir sous leur pression. »


Max Weber, Le métier et la vocation de politique
« Je voudrais bien voir dans dix ans ce que seront devenus ceux d’entre vous qui ont présentement le sentiment d’être de véritables « politiciens par conviction » et qui prennent part à la griserie de l’actuelle révolution, – je voudrais voir alors ce qu’ils seront intérieurement « devenus ». »


Max Weber, Le métier et la vocation de politique
« Quand aujourd’hui, en un temps d’excitations qui, selon votre opinion, ne sont pas stériles – sachez cependant que l’excitation n’est pas toujours ni même foncièrement une passion authentique – quand on voit surgir subitement de partout des hommes politiques animés par l’esprit de l’éthique de conviction et qui proclament : « Ce n’est pas moi, mais le monde qui est stupide et vulgaire ; la responsabilité des conséquences n’incombe pas à moi, mais aux autres au service desquels je travaille ; cependant, attendez un peu, je saurai bien extirper cette stupidité et cette vulgarité », – alors je vous le dis très franchement, je commence d’abord par me renseigner sur l’équilibre intérieur de ces partisans de l’éthique de conviction. J’ai l’impression que, neuf fois sur dix, je me trouverai en présence d’outres pleines de vent qui n’ont pas réellement conscience des responsabilités qu’ils assument, mais qui se grisent au contraire de sensations romantiques. Cela ne m’intéresse guère humainement et ne m’émeut en aucune façon. Par contre je me sens bouleversé très profondément par l’attitude d’un homme mûr – qu’il soit jeune ou vieux – qui se sent réellement et de toute son âme responsable des conséquences de ses actes et qui, attaché à l’éthique de responsabilité, en vient pourtant à un certain moment à déclarer : « je ne puis faire autrement. Je m’arrête là ! » Une telle attitude est authentiquement humaine, et elle est émouvante. Chacun de nous, si son âme n’est pas encore entièrement morte, peut se trouver un jour dans une situation pareille. On le voit maintenant : l’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est-à-dire un homme qui peut prétendre à la vocation politique. »


Vaclav Havel, L’amour et la vérité doivent triompher de la haine et du mensonge
« Il ne faut surtout pas penser qu’il est mauvais de s’intéresser à la politique parce que la politique, par principe, rendrait l’individu immoral. La conclusion est tout autre : la politique fait partie des activités humaines qui demandent davantage de sens moral, de capacité d’autocritique, de responsabilité, de tact et de goût.

Tous ceux qui affirment que la politique est une chose sale, mentent. La politique est un travail pour des gens particulièrement vigilants, parce qu’on peut plus facilement risquer de s’y salir moralement – si facilement qu’un esprit moins attentif ne s’en rend pas compte.

La politique devrait donc être le domaine des esprits éveillés, particulièrement attentifs à l’ambiguïté du pouvoir.

Je ne sais pas si je suis du monde des esprits éveillés. Ce que je sais en revanche, c’est que je dois tout faire pour tenter d’y appartenir, puisque j’ai accepté cette mission. »

#Havel #Machiavel #Sorrentino