L’amour semble par essence gratuit, désintéressé : mais ce qui en fait la beauté risque du coup de le rendre illusoire. Car quel homme ne cherche pas son propre intérêt, son propre bonheur ? A l’époque où l’amour semble devenir un marché comme les autres, il est difficile d’imaginer que l’individu soit capable un jour de s’élever au-dessus de lui-même, pour ne plus se préoccuper que de l’autre. Si nous cherchons à savoir ce qui nous entraîne à aimer, ne risquons-nous pas de retomber sur notre propre égoïsme, dissimulé derrière une générosité fragile ? Peut-être ; il n’en reste pas moins que nous révolte toujours la perspective d’un amour qui se résumerait au seul désir individuel. Sans doute alors faut-il nous mettre en quête d’un chemin qui, à partir de ce désir, nous conduise à rendre possible un amour authentique.
Réécoutez en ligne la Soirée du 11 juin 2014.
Octave Parango, dans le film 99 francs de Jan Kounen
« Tout s’achète. L’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi. Surtout moi. L’homme est un produit comme les autres, avec une date limite de vente. »
Article de Rue89 sur le site de rencontres AdopteUnMec
« Sur AdopteUnMec, les hommes sont des produits, parfois « régionaux » ou en « solde », dont on peut évaluer l’aspect général, la prise en main, la facilité d’utilisation. Une « fiche produit » permet de connaître leurs fonctions (cuisine, massage, photographie, bricolage, humour, jardinage…), ainsi que leur équipement : animal de compagnie, véhicule, taille du lit. Et pour continuer le côté « shopping », les hommes « adoptés » sont mis dans des caddies, comme lorsque l’on fait des achats. »
René Descartes, Les Passions de l’âme, Partie II, paragraphes 79-81 (extraits)
« L’amour est une émotion de l’âme, qui l’incite à se joindre de volonté aux objets qui paraissent lui être convenables. Au reste, par le mot de volonté, je n’entends pas ici parler du désir, qui est une passion à part et se rapporte à l’avenir ; mais du consentement par lequel on se considère dès à présent comme joint avec ce qu’on aime, en sorte qu’on imagine un tout duquel on pense être seulement une partie, et que la chose aimée en est une autre. Or, on distingue communément deux sortes d’amour, l’une desquelles est nommée amour de bienveillance, c’est-à-dire qui incite à vouloir du bien à ce qu’on aime ; l’autre est nommée amour de concupiscence, c’est-à-dire qui fait désirer la chose qu’on aime. Mais il me semble que cette distinction regarde seulement les effets de l’amour, et non point son essence ; car sitôt qu’on s’est joint de volonté à quelque objet, de quelque nature qu’il soit, on a pour lui de la bienveillance, c’est-à-dire on joint aussi à lui de volonté les choses qu’on croit lui être convenables : ce qui est un des principaux effets de l’amour. Et si on juge que ce soit un bien de le posséder ou d’être associé avec lui d’autre façon que de volonté, on le désire : ce qui est aussi l’un des plus ordinaires effets de l’amour. »