Est-ce une révolte ? Cela semble bien être une révolution. Les gilets jaunes ont mis Paris en ébullition et la France entière s’inquiète : que va-t-il se passer maintenant ? Vous êtes venus ce soir si nombreux, avec ou sans gilet jaune, pour réfléchir à une question : pouvons-nous vraiment espérer qu’un jour la loi soit juste ? Pouvons-nous espérer un état qui administre la justice ? Faut-il croire à cet idéal ou faut-il renoncer à une utopie ? Faut-il espérer construire ensemble un monde où la loi donne à chacun vraiment ce qui lui revient ? Cette question fondamentale se trouve être d’actualité. Mais elle est d’une actualité de toujours, car elle rejoint le problème essentiel de la politique : faut-il attendre du droit qu’il soit juste ?
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Hans Kelsen
« La démocratie est d’abord une forme de gouvernement qui répond à des procédures codifiées. La volonté de l’Etat se crée dans l’affrontement institutionnalisé des opinions et des intérêts divergents, sans qu’aucune valeur ne puisse prétendre à une légitimité éminente. (…) Les diatribes anti-procédurales, considérant qu’un excès de formalisme vide la vie politique de sa substance, sont tendanciellement antidémocratiques, parce qu’elles ignorent les ressorts même du jeu démocratique.
(…)
Il n’y a (…) pas de meilleur moyen pour freiner l’accomplissement de la démocratie que de frayer un chemin à l’autocratie, que de dissuader la population de participer à la vie institutionnelle du gouvernement, que de déprécier la démocratie entendue comme une procédure (…). »
Sophocle, Antigone
« ANTIGONÈ.
Je l’avoue, je ne nie pas l’avoir fait.
Pour toi, va où tu voudras ; tu es absous de ce crime. Mais toi, réponds-moi
en peu de mots et brièvement : Connaissais-tu l’édit qui défendait ceci ?
ANTIGONÈ.
Je le connaissais. Comment l’aurais-je ignoré ? Il est connu de tous.
KRÉÔN.
Et ainsi, tu as osé violer ces lois ?
ANTIGONÈ.
C’est que Zeus ne les a point faites, ni la Justice qui siége auprès des Dieux
souterrains. Et je n’ai pas cru que tes édits pussent l’emporter sur les lois non
écrites et immuables des Dieux, puisque tu n’es qu’un mortel. Ce n’est point
d’aujourd’hui, ni d’hier, qu’elles sont immuables ; mais elles sont
éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont
nées. Je n’ai pas dû, par crainte des ordres d’un seul homme, mériter d’être châtiée par les Dieux. Je savais que je dois mourir un jour, comment ne pas
le savoir ? même sans ta volonté, et si je meurs avant le temps, ce me sera
un bien, je pense. Quiconque vit comme moi au milieu d’innombrables
misères, celui-là n’a-t-il pas profit à mourir ? Certes, la destinée qui m’attend
ne m’afflige en rien. Si j’avais laissé non enseveli le cadavre de l’enfant de
ma mère, cela m’eût affligée ; mais ce que j’ai fait ne m’afflige pas. Et si je te
semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé. »
John Rawls, Théorie de la justice
“Les principes de la justice sont choisis derrière un voile d’ignorance. Ceci garantit que personne n’est avantagé ou désavantagé dans le choix des principes par le hasard naturel ou par la contingence des circonstances sociales. Comme tous ont une situation comparable et qu’aucun ne peut formuler des principes favorisant sa condition particulière, les principes de la justice sont le résultat d’un accord ou d’une négociation équitables (fair). »