Pierre Abélard, Sic et non
« L’homme bon sort des choses bonnes du bon trésor de son coeur. » Tout cela étant dit, j’entends bien, comme je l’ai décidé rassembler les divers écrits des saints Pères au fur et à mesure qu’ils me viendront à la mémoire. Certains textes qui apparaissent de prime abord dissonants susciteront des questions. Ils obligeront les lecteurs novices à un exercice de recherche de la vérité et les conduiront à plus d’acuité dans leur enquête. En vérité, la clé primordiale de la sagesse c’est de se poser des questions assidûment et fréquemment. S’emparer de cette clé doit être le souhait ardent des étudiants. Aristote, le plus perspicace des philosophes, les exhorte à le faire et, à propos du « prédicament de relation », il dit ceci : « Il est sans doute difficile de trouver une solution à ces problèmes si on ne les a pas, à plusieurs reprises, examinés. Douter de chaque point particulier n’est pas inutile. » En effet, en doutant nous venons à chercher et en cherchant nous percevons la vérité. C’est aussi ce que dit la Vérité elle-même : « Cherchez, dit-elle, et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira…» »
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Porphyre, Isagogè
« Tout d’abord, en ce qui concerne les genres et les espèces, la question est de savoir si ce sont des réalités subsistantes en elles-mêmes ou seulement de simples conceptions de l’esprit, et, en admettant que ce soient des réalités substantielles, s’ils sont corporels ou incorporels, si, enfin, ils sont séparés ou ne subsistent que dans les choses sensibles et d’après elles. J’éviterai d’en parler. C’est là un problème très profond et qui exige une recherche toute différente et plus étendue. »
Pierre Abélard, Logica Ingredientibus
« Dans chacun des hommes numériquement différents, il y a la même essence de l’homme, qui ici devient Platon par ces accidents-ci, et là Socrate par ces accidents-là.” Théorie de l’essence matérielle. Doublée d’une dimension théologique : les individus en tant que tels ne sont que des accidents, un effet de la corruption du monde, et que leur véritable être est en Dieu. »
Pierre Abélard, Historia Calamitatum Mearum
« Le successeur de Champeaux lui même vint m’offrir sa chaire et se ranger, avec la foule, au nombre de mes auditeurs, dans l’enceinte où avait jadis brillé d’un si vif éclat son maître et le mien. Au bout de peu de temps, je régnais donc sans partage dans le domaine de la dialectique. Quel sentiment d’envie desséchait Guillaume, quel levain d’amertume fermentait dans son coeur, il ne serait point facile de le dire, Il ne put pas longtemps contenir les bouillonnements de son ressentiment ; il chercha à m’écarter par la ruse. Plus les coups étaient ouverts, plus je gagnais en considération, suivant le mot du poète : “La grandeur est en butte à l’envie ; c’est contre les cimes élevées que se déchaînent les vents.” »
Pierre Abélard, Historia Calamitatum Mearum
« J’allai donc entendre ce vénérable vieillard. C’était à la routine, il est vrai, plutôt qu’à l’intelligence et à la mémoire qu’il devait sa réputation. Allait on frapper à sa porte et le consulter sur une question douteuse, on en revenait avec plus de doutes. Admirable aux yeux d’un auditoire, dans une entrevue de consultation il était nul. Il avait une merveilleuse facilité de parole, mais le fond manquait de sens. Lorsqu’il allumait un feu, il remplissait la maison de fumée, mais ne l’éclairait pas. La chose reconnue, je ne demeurai pas longtemps oisif sous son ombre. »
Pierre Abélard, Historia Calamitatum Mearum
« Quelles furent les disputes que mes élèves soutinrent avec Guillaume et ses disciples après son retour à Paris, quels succès la fortune nous donna dans ces rencontres, quelle part il m’en revint, vous le savez depuis longtemps par les faits mêmes. Ce que je puis dire avec un sentiment plus modeste qu’Ajax, mais avec audace, c’est que, “si vous demandez quelle a été l’issue de ce combat, je n’ai point été vaincu par mon ennemi.” »