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Qu’être ?

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1 h 35 min
Saison 13
Faut-il abolir l’argent ?

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1 h 40 min
Saison 13
Qu’est-ce qu’un État ?

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1 h 36 min
Saison 13
A-t-on le droit d’être indifférent ?

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1 h 33 min
Saison 13
Comment dormez-vous ?

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1 h 32 min
Saison 13
Peut-on se libérer du désir ? 2/2

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1 h 34 min
Saison 13
Peut-on se libérer du désir ? 1/2

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1 h 24 min
Saison 13
L’histoire est-elle écrite d’avance ?

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1 h 32 min
Saison 13
D’où vient le pouvoir des mots ?

D’où vient le pouvoir des mots ?

1 h 29 min
Saison 13
Depuis quand la mer est-elle bleue ?

Depuis quand la mer est-elle bleue ?

1 h 32 min
Saison 13
Les Podcasts > Locke, ou la source de l'expérience

Locke, ou la source de l’expérience

24 février 2020

Durée : 1 h 38 min
Eurêka Saison 7 - Les Philosophes

Essai sur l’entendement humain
« Cher lecteur,
Je dépose entre tes mains ce qui fut le divertissement de certaines de mes heures pénibles d’inactivité. Si par bonheur il joue le même rôle pour toi, et si tu as en le lisant ne serait-ce que la moitié du plaisir que j’ai eu en le rédigeant, tu trouveras que ton argent n’est pas plus mal employé que ma peine. Ne va pas prendre ceci pour un éloge de mon oeuvre, et ne tire pas de ce que j’ai pris du plaisir à la rédiger la conclusion que j’ai pour elle, une fois achevée, de la tendresse. Celui qui chasse des alouettes et des moineaux ne s’amuse pas moins, aurait-il une proie bien moins importante, que celui qui s’adonne à des jeux plus nobles. C’est ignorer le sujet de ce traité, l’entendement, qu’ignorer ceci : comme c’est la faculté la plus élevée de l’âme, elle est utilisée avec un plaisir plus grand et plus constant que n’importe quelle autre. Sa recherche de la vérité est une sorte de chasse, où la poursuite constitue la plus grande partie du plaisir. Chaque pas fait par l’esprit dans son progrès vers la connaissance constitue une découverte, non seulement nouvelle, mais aussi la meilleure possible, pour le moment du moins.
Comme l’oeil en effet, l’entendement juge de ses objets selon sa propre capacité, aussi ne peut-il être que satisfait de ce qu’il découvre, peu préoccupé de ce qui lui a échappé parce que ce lui est inconnu. Aussi, quand on a dépassé le stade de l’aumône, quand on ne se satisfait plus paresseusement des reliefs d’opinions reçues, quand on remet sur le métier ses propres pensées pour trouver et suivre la vérité, on ne peut manquer de jouir de la satisfaction du chasseur : chaque instant de la recherche aura sa joie, qui le récompensera de sa peine. Et on aura raison de penser qu’on n’a pas perdu de temps, même si on ne peut guère se vanter de grands butins.
Tel est, cher lecteur, le plaisir de ceux qui laissent divaguer leurs pensées et les suivent la plume à la main. Il ne faut pas les envier puisqu’elles te procurent l’occasion d’un divertissement identique, pour peu qu’en lisant tu acceptes de mettre en oeuvre tes propres réflexions ; c’est à elle que je me réfère, si du moins elles sont vraiment tiennes. Mais si elles sont aveuglément empruntées à d’autres, ce qu’elles sont n’a pas grande importance (…) ; qu’importe de savoir ce que dit ou pense l’homme qui ne dit ou ne pense que ce qu’un autre lui a imposé ? Si tu juges par toi-même, je sais que tu jugeras sincèrement et, quelle que soit ta critique, je ne serai ni blessé ni offensé. Car même si assurément, je suis totalement convaincu de la vérité de tout ce qu’il y a dans ce traité, je me considère néanmoins aussi sujet à l’erreur que toi. Et je sais que le sort de mon livre dépend de toi, non de l’opinion que j’en ai mais de la tienne.
» 

PODCAST : Réécoutez en ligne la Soirée du 17 février 2020

VIDÉO : Regardez la Soirée du 17 février 2020

 

Essai sur l’entendement humain – Livre I
« Puisque mon but est donc de mener des recherches sur l’origine, sur la certitude et sur l’étendue de la connaissance humaine, et en même temps sur les fondements et sur les degrés de la croyance, de l’opinion, et de l’assentiment, je ne me mêlerai pas ici d’une étude de l’esprit du point de vue de la physique ; je ne me donnerai pas la peine d’examiner ce que peut-être son essence, ni par quels mouvements de notre Esprit, par quelles modifications de notre corps, il se fait que nous ayons des sensations par les organes ou des idées dans l’entendement ; ou encore si la formation de tout ou partie de ces idées dépend effectivement de la matière. (…)
Il suffira pour mon projet actuel de considérer les facultés de discernement de l’homme, telles qu’on les utilise sur les objets qui relèvent de leur traitement. Et j’estimerai ne pas avoir été complètement inutile dans les réflexions que j’aurai à ce propos, si je suis capable d’exposer, selon cette méthode historique et simple, de quelle manière l’entendement parvient à ces notions que nous avons des choses ; si je suis aussi capable de poser des limites à la certitude de notre connaissance, ou les fondements des convictions que l’on trouve chez les gens ; convictions si variées, si différentes, si radicalement contradictoires, et pourtant affirmées ici ou là avec tant d’assurance et de confiance, que celui qui prendra en compte les opinions humaines, qui observera leur opposition, qui considèrera en même temps avec quelle dévotion et quelle tendresse on s’y attache, avec quel zèle et quelle vigueur on les soutient, celui-là aura peut-être raison de s’interroger : ou bien il n’existe absolument rien de tel que la vérité, ou bien l’humanité n’a pas les moyens suffisants pour en obtenir une connaissance certaine. »


Essai sur l’entendement humain – Livre I
« Puisque mon but est donc de mener des recherches sur l’origine, sur la certitude et sur l’étendue de la connaissance humaine, et en même temps sur les fondements et sur les degrés de la croyance, de l’opinion, et de l’assentiment, je ne me mêlerai pas ici d’une étude de l’esprit du point de vue de la physique ; je ne me donnerai pas la peine d’examiner ce que peut-être son essence, ni par quels mouvements de notre Esprit, par quelles modifications de notre corps, il se fait que nous ayons des sensations par les organes ou des idées dans l’entendement ; ou encore si la formation de tout ou partie de ces idées dépend effectivement de la matière. (…)
Il suffira pour mon projet actuel de considérer les facultés de discernement de l’homme, telles qu’on les utilise sur les objets qui relèvent de leur traitement. Et j’estimerai ne pas avoir été complètement inutile dans les réflexions que j’aurai à ce propos, si je suis capable d’exposer, selon cette méthode historique et simple, de quelle manière l’entendement parvient à ces notions que nous avons des choses ; si je suis aussi capable de poser des limites à la certitude de notre connaissance, ou les fondements des convictions que l’on trouve chez les gens ; convictions si variées, si différentes, si radicalement contradictoires, et pourtant affirmées ici ou là avec tant d’assurance et de confiance, que celui qui prendra en compte les opinions humaines, qui observera leur opposition, qui considèrera en même temps avec quelle dévotion et quelle tendresse on s’y attache, avec quel zèle et quelle vigueur on les soutient, celui-là aura peut-être raison de s’interroger : ou bien il n’existe absolument rien de tel que la vérité, ou bien l’humanité n’a pas les moyens suffisants pour en obtenir une connaissance certaine. »


Essai sur l’entendement humain – Avant-propos
« Notre esprit est comme une chandelle que nous avons devant les yeux, et qui répand assez de lumière pour nous éclairer dans toutes nos affaires. Nous devons être satisfaits des découvertes que nous pouvons faire à la faveur de cette lumière. Nous ferons toujours un bon usage de notre entendement, si nous considérons tous les objets par rapport à la proportion qu’ils ont avec nos facultés, pleinement convaincus que ce n’est que sur ce pied-là que la connaissance peut nous en être proposée ; et si, au lieu de demander absolument, et par un excès de délicatesse, une démonstration et une certitude entière, nous nous contentons d’une simple probabilité, lors que nous ne pouvons obtenir qu’une probabilité, et que ce degré de connaissance suffit pour régler tous nos intérêts dans ce monde. Que si nous voulons douter de chaque chose en particulier, parce que nous ne pouvons pas les connaître toutes avec certitude, nous ferons aussi déraisonnables qu’un homme qui ne voudrait pas se servir de ſes jambes pour ſe tirer d’un lieu dangereux, mais s’opiniâtrerait à y demeurer et y périr misérablement, sous prétexte qu’il n’aurait pas des ailes pour échapper avec plus de vitesse. »


Essai sur l’entendement humain
« Ceux qui veillent (comme ils disent) à donner de bons principes aux enfants (bien peu sont démunis d’un lot de principes pour enfants auxquels ils accordent foi), distillent dans l’entendement jusque-là sans prévention ni préjugés ces doctrines qu’ils voudraient voir mémorisées et appliquées (n’importe quel caractère se marque sur du papier blanc) : elles sont enseignées aussitôt que l’enfant commence à percevoir et, quand il grandit, on les renforce par la répétition publique ou par l’accord tacite du voisinage  ; ou au moins par l’accord de ceux dont l’enfant estime la sagesse, la connaissance et la piété et qui n’acceptent que l’on mentionne ces principes autrement que comme la base et le fondement sur lesquels bâtir leur religion et leurs mœurs  : ainsi, ces doctrines acquièrent-elles la réputation de vérités innées, indubitables et évidentes par elles-mêmes.
On peut ajouter que, lorsque des gens éduqués ainsi grandissent et reviennent sur ce qu’ils pensent, ils n’y peuvent rien trouver de plus ancien que ces opinions qu’on leur a enseignées avant que la mémoire ait commencé à tenir le registre de leurs actes ou des dates d’apparition des nouveautés ; ils n’ont dès lors aucun scrupule à conclure que ces propositions dont la connaissance n’a aucune origine perceptible en eux ont été certainement imprimées sur leur esprit par Dieu ou la Nature et non enseignées par qui que ce soit. Ils conservent ces propositions et s’y soumettent avec vénération, comme beaucoup se soumettent à leurs parents non pas parce que c’est naturel (dans les pays où ils ne sont pas formés ainsi, les enfants n’agissent pas ainsi) mais parce qu’ils pensent que c’est naturel  ; ils ont en effet toujours été éduqués ainsi et n’ont pas le moindre souvenir des débuts de ce respect. »


Essai sur l’entendement humain – Livre 4
« Notre connaissance étant, comme je l’ai montré, tellement limitée, nous gagnerons peut-être quelque lumière sur l’état présent de notre esprit si nous regardons un peu le côté obscur, et si nous jetons un oeil sur notre ignorance : elle est infiniment plus grande que notre connaissance et il sera utile, pour calmer les discussions et améliorer la connaissance utile, de trouver jusqu’où s’étendent les idées claires et distinctes afin de contenir nos pensées dans la contemplation des choses qui sont accessibles à l’entendement et ne pas nous lancer dans cet abîme de ténèbres (où nous n’avons pas d’yeux pour voir, ni de facultés pour percevoir quoi que ce soit), sous prétexte que nous estimons que rien n’est au-delà de notre saisie.
(…) Le monde intelligible et le monde sensible sont sur ce point parfaitement semblables ; la partie visible de chacun est sans proportion avec l’invisible ; tout ce que l’on atteint des yeux ou de la pensée en chacun n’est qu’un point, presque rien, en comparaison du reste. (…)
C’est pourquoi Dieu a exposé certaines choses au grand jour ; Il nous a donné des connaissances certaines mais limitées à peu de choses en comparaison de ce dont sont capables sans doute les créatures intellectuelles, comme un avant-goût pour éveiller en nous le désir d’un meilleur état et l’effort pour l’atteindre ; mais, de même, Il nous a seulement fourni, pour la majeure partie des choses qui nous concernent, le « clair-obscur » de la probabilité, adapté je présume à l’état de modestie et de probation dans lequel il Lui a plu de nous mettre ici-bas ; en ce lieu, pour contenir notre suffisance et notre présomption, l’expérience quotidienne peut nous sensibiliser à notre courte vue et notre faillibilité, et cette sensibilité servir de constante admonestation à passer les jours de notre pèlerinage [sur terre] à chercher, et à suivre avec soin et application, la voie qui nous mènera à un état plus parfait. Car, même si la Révélation avait été silencieuse sur ce point, il serait hautement raisonnable de penser que, selon que les hommes auront employé les talents que Dieu leur a remis ici-bas, ils recevront leur récompense à la fin du jour quand le soleil se couchera et la nuit mettra fin à leurs labeurs. »


Essai sur l’entendement humain – Livre 1
« C’est ce terme qui est à mon avis le plus adapté pour représenter tout objet de l’entendement quand un homme pense ; je l’ai donc utilisé pour exprimer ce que l’on peut entendre par phantasme, notion, espèce ou tout ce à quoi peut s’employer l’esprit en pensant. »


Essai sur l’entendement humain – Livre 2
« Puisqu’on utilise les mots pour tenir lieu de marques extérieures de nos idées intérieures et que ces idées sont tirées des choses particulières, si toute idée particulière reçue avait un nom distinct, les noms devraient être sans fin. Pour éviter cela, l’esprit fait que les idées particulières, reçues d’objets particuliers, deviennent générales, et il le fait en les considérant telles qu’elles sont dans l’esprit : des manifestations séparées de toute autre existence et des circonstances d’existence réelle, comme le temps, le lieu ou toute autre idée concomitante. C’est ce qu’on appelle abstraction : par elle les idées prises aux êtres particuliers deviennent des représentants généraux de tous les êtres de même sorte, et leur nom devient un nom général, que l’on peut utiliser pour tout ce qui existe en conformité avec ces idées abstraites. Ces manifestations nues et précises dans l’esprit, sans considérer comment, d’où, avec quelles autres, elles sont arrivées là, l’entendement les pose comme des modèles permettant de ranger des existences réelles en sorte d’après leur accord avec ces modèles, et par là de les nommer. (…)
Les idées imprimées les premières après la naissance sont les qualités sensibles qui les premières se présentent à eux; parmi elles la lumière n’est pas la moindre, ni la moins efficace. L’avidité de l’esprit à acquérir ces idées quand elles ne sont pas accompagnées de douleur peut être devinée grâce à ce que l’on observe chez les nouveaux-nés : où qu’ils soient placés, ils tournent toujours les yeux du côté d’où vient la lumière. (…)
Afin de mieux comprendre la nature, le fonctionnement et l’étendue de notre connaissance, il faut avec soin noter un point à propos des idées que nous avons : certaines sont simples et certaines sont complexes. 
Bien que les qualités qui affectent nos sens soient, dans les choses mêmes, si unies et si mêlées qu’il n’y a entre elles ni séparation ni distance, il est cependant manifeste que les idées que les qualités produisent par les sens dans l’esprit y entrent simples et sans mélange. (…) 
Ces idées simples, matériaux de toute notre connaissance, ne sont suggérées et procurées à l’esprit que par les deux voies indiquées ci-dessus, la sensation et la réflexion. Une fois que l’entendement a emmagasiné ces idées simples, il a le pouvoir de les répéter, de les comparer et de les unir jusqu’en une variété presque infinie, il peut de la sorte former à son gré de nouvelles idées complexes : mais il n’est pas dans le pouvoir de l’invention la plus débridée ni de l’entendement le plus éveillée, quelle que soit sa rapidité ou sa fertilité de pensée, d’inventer, ou de forger dans l’esprit une seule nouvelle idée simple, qui ne vienne des voies indiquées ci-dessus; et aucune force de l’entendement n’est capable de détruire les idées présentes. L’empire que l’homme a sur le petit monde qu’est son propre entendement, est sensiblement le même que celui qu’il exerce dans le grand monde des choses visibles où son pouvoir, même guidé par l’art ou l’habileté, se limite à composer et diviser les matériaux qui sont à sa disposition, mais il ne parvient jamais à fabriquer la moindre particule d’une matière nouvelle ou à détruire un atome qui existe déjà. La même impuissance, chacun la trouvera en lui-même, s’il tente de façonner dans son entendement une idée simple qu’il n’aurait pas reçue des objets extérieurs par les sens, ou par la réflexion à partir des opérations de son esprit sur ces objets. Je serai bien aise que quelqu’un s’essaie à imaginer un goût qui n’aurait jamais affecté son palais ou une odeur qu’il n’aurait jamais sentie ; et quand il aura réussi, je conclurai aussi qu’un aveugle a des idées de couleurs et qu’un sourd a de vraies notions distinctes des sons. (…)
Chaque homme étant convaincu en lui-même qu’il pense, et ce qui est dans son esprit lors qu’il pense, étant des idées qui l’occupent actuellement, il est hors de doute que les hommes ont plusieurs Idées dans l’esprit, comme celles qui sont exprimées par ces mots, blancheur, dureté, douceur, pensée, mouvement, homme, éléphant, armée, meurtre, et plusieurs autres. Cela posé, la première chose qui se présente à examiner, c’est, comment l’homme vient à avoir toutes ces idées ? Je sais que c’est un sentiment généralement établi, que tous les hommes ont des idées innées, certains caractères originaux qui ont été gravez dans leur âme, dès le premier moment de leur existence. J’ai déjà examiné au long ce sentiment ; et je m’imagine que ce que j’ai dit dans le livre précédent pour le réfuter, sera reçu avec beaucoup plus de facilité, lorsque j’aurai fait voir, d’où l’entendement peut tirer toutes les idées qu’il a, par quels moyens et par quels degrés elles peuvent venir dans l’esprit, sur quoi j’en appellerai à ce que chacun peut observer et éprouver en soi-même.
Supposons donc qu’au commencement l’âme est ce qu’on appelle une table rase, vide de tous caractères, sans aucune idée, quelle qu’elle soit : Comment vient-elle à recevoir des idées ? Par quel moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l’imagination de l’homme, toujours agissante et sans bornes, lui présente avec une variété presque infinie ? D’où puise-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds en un mot, de l’expérience : c’est-là le fondement de toutes nos connaissances ; et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont-là les deux sources d’où découlent toutes les idées que nous avons, ou que nous pouvons avoir naturellement. (…)
L’expérience, dis-je, nous dote à tout moment des idées claires de l’une et de l’autre. (…) D’où il me paraît probable que les idées simples reçues de la sensation et de la réflexion sont les limites de nos pensées. Au delà, malgré ses efforts, l’esprit ne peut avancer d’un iota ; et il ne ferait aucune découverte même s’il sondait la nature et les causes cachées de ces idées. (…)
Et il ne faut absolument pas s’en étonner, puisque nous n’avons que quelques idées superficielles de choses, découvertes seulement à l’extérieur par les sens et à l’intérieur par l’esprit réfléchissant, sur ce qu’il expérimente en lui-même : nous n’avons donc aucune connaissance de ce qui est au-delà. (…)
Car à chaque fois que nous voulons aller au-delà des idées simples reçues de la sensation et de la réflexion, et plonger plus profondément dans la nature des choses, nous tombons aussitôt dans les ténèbres et l’obscurité, dans les embarras et les difficultés, et nous ne pouvons rien découvrir d’autre que notre propre aveuglement et notre propre ignorance. (…)
Voici donc la première capacité de l’intellect humain : l’esprit est fait pour recevoir les impressions qu’il subit, soit des objets extérieurs par le biais des sens, soit par ses propres opérations quand il réfléchit sur elles. C’est le premier pas de l’homme vers la découverte de toute chose et le fondement sur lequel il bâtira toutes les notions qu’il aura jamais en ce monde d’une manière naturelle. Toutes ces pensées sublimes qui s’élèvent au-dessus des nuages et montent jusques aux cieux, prennent ici leur naissance et leur appui. Dans toute cette vaste étendue que parcourt l’esprit, dans ces profondes spéculations auxquelles il semble se hisser, il ne dépasse pas d’un iota les idées que les sens et la réflexion lui ont offertes à contempler. »


Lettre sur la tolérance
« Le consentement du peuple même ne saurait donner ce pouvoir au magistrat ; puisqu’il est comme impossible qu’un homme abandonne le soin de son salut jusques à devenir aveugle lui-même et à laisser au choix d’un autre, soit prince ou sujet, de lui prescrire la foi ou le culte qu’il doit embrasser. Car il n’y a personne qui puisse, quand il le voudrait, régler sa foi sur les préceptes d’un autre. Toute l’essence et la force de la vraie religion consiste dans la persuasion absolue et intérieure de l’esprit ; et la foi n’est plus foi, si l’on ne croit point. »

#Locke