Dans nos vies, tout est compté, mesuré, calculé. Nous vivons au milieu de l’empire du chiffre. Et le chiffre sert à compter ce qui dans nos vies doit pouvoir être pesé, mis en équation, ce qui constitue les discernements et les choix de nos existences qui s’expriment à travers les nombres, à travers les prix. Le calcul de l’effort et la mesure du bénéfice. Mais y a-t-il quelque chose qui échappe à l’universelle statistique ? Y a-t-il quelque chose qui dans nos existences puisse être la matière d’une forme, la liberté retrouvée, l’expérience du singulier, la rencontre avec l’infini, avec le vide ou l’absolu. Que peut-on faire avec ce qui ne rentre pas dans les équations que la science nous présente ? Qu’est-ce qui ne se compte pas ?
Articles
Le siècle qui commence s’ouvre sous le signe de la révolution numérique : il n’est rien dans le réel, rien dans nos vies qui échappe à la numérisation. Tout se mesure dans nos existences, notre temps, nos déplacements, nos performances professionnelles ou sportives, notre réseau social, notre capital santé, notre indice de bonheur… Même l’amour semble réductible aux algorithmes des applications numériques qui sont devenues les réponses technologiques à nos problèmes de cœur. Le règne de la mesure absorbe tout pour tout rendre commensurable, échangeable, interchangeable ; si tout est chiffrable, il n’est rien qui ne puisse être absorbé par le marché. Mais ne reste-t-il pas dans nos vies quelque chose d’indéchiffrable, de mystérieux ? Quelque chose de singulier ? N’est-il pas temps de défendre un monde où subsistent des choses et des êtres qui soient uniques, absolument, infiniment – et qui échappent ainsi à toute commune mesure ?

