Considérer l’animal, c’est toujours s’inquiéter de nous-mêmes. Qui sommes-nous par rapport à lui ? La question est moins évidente qu’il n’y paraît. Pendant longtemps, la nature autant que la culture ont semblé séparer, de façon indépassable, l’humain du reste du vivant. De fait, rien n’est plus commun que de parler du “propre de l’homme”, qu’il s’agisse de la raison, de la conscience, du sentiment, du rapport au temps ou de la relation aux autres. Mais voilà que ces certitudes ancestrales se trouvent soudainement bouleversées. Les progrès de la biologie, de la science du vivant, de la connaissance des espèces, ne nous montrent-ils pas que nous sommes, au fond, les proches parents de l’animal ? Des travaux philosophiques contemporains viennent dénoncer la frontière qui isolait l’humanité comme une invention sans fondement, servant à justifier le scandale de notre domination sur l’animal. L’homme doit-il se reconnaître comme un animal parmi d’autres ? Comment comprendre, à la lumière des recherches les plus récentes, l’exigence morale qui nous relie à l’animal ?
Réécoutez en ligne la Soirée du 15 janvier 2014.
Jacques Derrida, L’animal que donc je suis
« L’animal nous regarde, et nous sommes nus devant lui. Et penser commence peut-être là. »