Nous sommes des êtres de désirs, et nos désirs, nous l’avons vu, veulent donner à notre vie leurs orientations singulières. Pour cela, il faut encore être libre. Et être libre, c’est choisir : pas de liberté sans choix. Mais suffit-il de faire des choix pour être certains d’être libres ? Quelle part de notre initiative entre dans nos décisions ? Quelle liberté réelle traduisent nos délibérations ? Nous ne sommes pas des atomes séparés livrés à leur propre trajectoire dans un espace en apesanteur… Sur nous pèsent tant de choses – nos pulsions et nos peurs, le regard des autres et les contraintes de la vie sociale… Quand nous avons le sentiment de prendre une décision, l’impression qu’elle provient de nous n’est elle en fait qu’une illusion ? Sommes-nous les auteurs de nos vies ? Sommes nous libres de nos choix ?
Articles
Le siècle qui commence s’ouvre sous le signe de la révolution numérique : il n’est rien dans le réel, rien dans nos vies qui échappe à la numérisation. Tout se mesure dans nos existences, notre temps, nos déplacements, nos performances professionnelles ou sportives, notre réseau social, notre capital santé, notre indice de bonheur… Même l’amour semble réductible aux algorithmes des applications numériques qui sont devenues les réponses technologiques à nos problèmes de cœur. Le règne de la mesure absorbe tout pour tout rendre commensurable, échangeable, interchangeable ; si tout est chiffrable, il n’est rien qui ne puisse être absorbé par le marché. Mais ne reste-t-il pas dans nos vies quelque chose d’indéchiffrable, de mystérieux ? Quelque chose de singulier ? N’est-il pas temps de défendre un monde où subsistent des choses et des êtres qui soient uniques, absolument, infiniment – et qui échappent ainsi à toute commune mesure ?
Il y a plusieurs manières de décrire le réel : l’opinion, la sensibilité, l’art, la religion, la philosophie… Autant de registres possibles pour tenter d’atteindre une vérité. A l’écart de tous ces discours, la science semble se distinguer de toutes les autres descriptions du monde par sa précision, son exactitude, par la certitude qu’elle produit. Aussi ne se place-t-elle pas au même niveau : dans le relativisme qui marque le temps présent, elle est la seule à pouvoir revendiquer une adhésion universelle. Mais à quoi faut-il attribuer cette certitude de la science ? Quel discours peut prétendre à la dignité de « science », et être reconnu comme « scientifique » ? Dans le foisonnement et la diversité des discours, à quoi reconnaît-on une science ?


