Nous avons tous des intentions, des projets, des passions… Nous avons tous des désirs ! Nous sommes animés par ces désirs qui sont le fond de notre vie, mais qui se portent sur des objets qui souvent se dérobent à nous. Faut-il chercher à modérer, à maîtriser ces désirs, et à ne désirer que ce que nous sommes certains de pouvoir obtenir ? Faut-il même – parce que rien n’est vraiment certain – ne plus rien désirer ? Ou bien faut-il au contraire se laisser porter par l’élan d’une envie qui dépasse de très loin la possibilité offerte à notre horizon ? Faut-il désirer au-delà du possible, au-delà du réel ?
Voulons-nous vraiment vivre ensemble ? Et la vraie question est “en avons-nous réellement le choix ?” Avez-vous vraiment choisi de vivre en société, de vivre avec les autres, et qui plus est avec ces autres là que vous n’avez pas voulus peut-être, ces autres qui vous pèsent, qui vous peinent, qui vous ennuient, qui vous fatiguent ? Bref, la vie en société ressemble souvent à une épuisante malédiction. Et pourtant il nous faut bien faire avec. Nous sommes tous ensemble ce soir pour réfléchir à la difficulté qui consiste à être ensemble. Vivre ensemble est devenu le slogan, le mantra, le leitmotiv du monde dans lequel nous vivons et, comme souvent, derrière tous les mantras, et les slogans bien trop répétés se joue un symptôme, le symptôme de la difficulté que nous avons à regarder la société autrement que comme cette espèce de malédiction pénible. Qu’est ce qui peut bien faire notre lien ? Qu’est ce qui peut reconstituer le lien qui nous rattache aux autres de telle sorte que le vivre ensemble ne soit pas seulement absence d’insécurité mais quelque chose d’autre, quelque chose de plus créateur, quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus substantiel qui nous relie les uns aux autres ? Voulons-nous vraiment vivre ensemble et si oui au nom de quoi ? Qu’est ce qui peut sauver le vivre ensemble dans le monde ou nous vivons?
Dans nos histoires d’enfant, le monde était tellement simple. A la fin, les gentils gagnaient et les méchants échouaient toujours ! Dans notre vie d’adulte, le monde est plus compliqué. Et il arrive si souvent que les gentils finissent par perdre et que les méchants l’emportent… Comment faire en sorte de construire un monde qui soit moins injuste, moins arbitraire ? Peut-on même espérer un monde qui se délivre définitivement de l’expérience de l’injustice ? Nous le savons bien, l’homme est faillible et il le restera toujours. Il ne s’agit pas ici de nous demander si le mal peut être évité, mais seulement si cette forme particulière du mal, qui consiste à faire en sorte qu’à la fin, le mal l’emporte, pourrait nous être épargné. L’injustice peut-elle être vaincue ? La politique doit-elle se fixer ce but ? L’injustice est-elle inévitable ?