Comment bien agir dans ce monde ? Comment trouver la direction qui donnera à nos existences leur sens plein et entier ? Faut-il essayer de trouver des formules qui permettent de savoir qu’être ? Que devons-nous faire et que devons-nous devenir ? À cette question inquiète, la philosophie a longtemps répondu par le mot de la vertu. Ce mot désormais désuet peut-il retrouver son actualité ? Qu’est-ce qu’une vertu ?
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Dans nos vies, tout est compté, mesuré, calculé. Nous vivons au milieu de l’empire du chiffre. Et le chiffre sert à compter ce qui dans nos vies doit pouvoir être pesé, mis en équation, ce qui constitue les discernements et les choix de nos existences qui s’expriment à travers les nombres, à travers les prix. Le calcul de l’effort et la mesure du bénéfice. Mais y a-t-il quelque chose qui échappe à l’universelle statistique ? Y a-t-il quelque chose qui dans nos existences puisse être la matière d’une forme, la liberté retrouvée, l’expérience du singulier, la rencontre avec l’infini, avec le vide ou l’absolu. Que peut-on faire avec ce qui ne rentre pas dans les équations que la science nous présente ? Qu’est-ce qui ne se compte pas ?
Diapsalmata
“Marie-toi, tu le regretteras ; ne te marie pas, tu le regretteras également ; marie-toi ou ne te marie pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te maries ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Ris des folies du monde, tu le regretteras ; pleure sur elles, tu le regretteras également ; ris des folies du monde ou pleure sur elles, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu ries des folies du monde ou que tu pleures sur elles, tu le regretteras dans les deux cas. Crois une jeune fille, tu le regretteras ; ne la crois pas, tu le regretteras également ; crois une jeune fille ou ne la crois pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu croies une jeune fille ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Pends-toi, tu le regretteras ; ne le fais pas, tu le regretteras également ; pends-toi ou non, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te pendes ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Tel est, Messieurs, le résumé de tout l’art de vivre. […]
Le feu prit un jour dans les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint en avertir le public. On crut à un mot plaisant et l’on applaudit ; il répéta, les applaudissements redoublèrent. C’est ainsi, je pense, que le monde périra dans l’allégresse générale des gens spirituels persuadés qu’il s’agit d’une plaisanterie. »
Pensées
« La dignité de roi n’est-elle pas assez grande d’elle-même pour celui qui la possède pour le rendre heureux par la seule vue de ce qu’il est; faudra-t-il le divertir de cette pensée comme les gens du commun? Je vois bien que c’est rendre un homme heureux de le divertir de la vue de ses misères domestiques pour remplir toute sa pensée du soin de bien danser. Mais en sera-t-il de même d’un roi et sera-t-il plus heureux en s’attachant à ces vains amusements qu’à la vue de sa grandeur ? Et quel objet plus satisfaisant pourrait-on donner à son esprit? Ne serait-ce donc pas faire tort à sa joie d’occuper son âme à penser à ajuster ses pas à la cadence d’un air ou à placer adroitement une barre, au lieu de le laisser jouir en repos de la contemplation de la gloire majestueuse qui l’environne? Qu’on en fasse les preuves, qu’on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l’esprit, sans compagnies et sans divertissements, penser à lui tout à loisir, et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misères. Aussi on évite cela soigneusement et il ne manque jamais d’y avoir auprès des personnes des rois un grand nombre de gens qui veillent à faire succéder le divertissement à leurs affaires et qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux en sorte qu’il n’y ait point de vide. C’est-à-dire qu’ils sont environnés de personnes qui ont un soin merveilleux de prendre garde que le roi ne soit seul et en état de penser à lui-même, sachant bien qu’il sera misérable, tout roi qu’il est, s’il y pense. »




