On raconte que Diogène le Cynique marchait nu dans les rues d’Athènes, portant en plein jour une lanterne allumée et répétant : “Je cherche un homme !”. Me voici ce soir devant vous, sans lanterne, moins cynique et plus habillé, mais je pourrais poser la même question : je cherche un homme, un être humain, normal, qui soit juste un être humain et rien de plus, rien d’autre, sans rien de trop et rien de travers. Un être humain normal. Qui d’entre nous est juste normal ? Certes, il y a des gens qui sont réellement originaux, particuliers. Dirons-nous qu’ils ne sont pas normaux ? Sans doute pas, car pour être honnête il arrive parfois à chacun d’entre nous de se trouver un peu bizarre. Nous connaissons nos défauts, ce qui en nous est en défaut, mais en défaut par rapport à quoi ? Par rapport à quelle norme devrions-nous nous trouver décalés ? Par rapport à qui ? Je ne suis pas complètement normal mais les autres sont plus improbables encore. Alors qui pourrait être notre modèle à tous ? Qui est normal ?
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Le siècle qui commence s’ouvre sous le signe de la révolution numérique : il n’est rien dans le réel, rien dans nos vies qui échappe à la numérisation. Tout se mesure dans nos existences, notre temps, nos déplacements, nos performances professionnelles ou sportives, notre réseau social, notre capital santé, notre indice de bonheur… Même l’amour semble réductible aux algorithmes des applications numériques qui sont devenues les réponses technologiques à nos problèmes de cœur. Le règne de la mesure absorbe tout pour tout rendre commensurable, échangeable, interchangeable ; si tout est chiffrable, il n’est rien qui ne puisse être absorbé par le marché. Mais ne reste-t-il pas dans nos vies quelque chose d’indéchiffrable, de mystérieux ? Quelque chose de singulier ? N’est-il pas temps de défendre un monde où subsistent des choses et des êtres qui soient uniques, absolument, infiniment – et qui échappent ainsi à toute commune mesure ?

