Articles
St Thomas, Somme théologique
« Dieu est-il ? Il semble que Dieu ne soit pas. Parce que si l’un de deux contraires était infini, l’autre serait totalement détruit. Mais tel est bien ce que l’on pense dans le nom de Dieu, à savoir qu’il est un certain bien infini. Si Dieu était il n’y aurait aucun mal. Or, il y a du mal dans le monde. Donc, Dieu n’est pas. Contre cela, il est dit dans l’Exode, par la personne de Dieu : Je suis celui qui est. Je réponds qu’il faut dire que l’on peut prouver par cinq voies que Dieu est. L’une d’entre elles part de la notion de cause. Nous rencontrons, en effet, dans les réalités sensibles un ordre de causes, mais on ne trouve pas, et il n’est pas possible, que quelque chose soit la cause de soi-même, car il serait alors antérieur à lui-même, ce qui est impossible. Or, il n’est pas possible de remonter à l’infini dans les causes. Car, dans toutes les causes ordonnées, ce qui est premier est cause de l’intermédiaire, et l’intermédiaire est cause du dernier, qu’il y ait plusieurs ou un seul intermédiaire. Or, si la cause est ôtée, l’effet l’est aussi. Donc, s’il n’y avait pas un premier dans les causes efficientes, il n’y aurait pas non plus de dernier ni d’intermédiaire. Mais si l’on remonte à l’infini dans les causes efficientes, il n’y aura pas de première cause efficiente, et il n’y aura pas non plus de dernier effet, ni de causes efficientes intermédiaires, ce qui est évidemment faux. Il est donc nécessaire de poser une première cause efficiente, que tous appellent Dieu. »
L’évolution créatrice (Chapitre 2)
« De bas en haut du monde organisé c’est toujours un seul grand effort ; mais, le plus souvent, cet effort tourne court, tantôt paralysé par des forces contraires, tantôt distrait de ce qu’il doit faire par ce qu’il fait, absorbé par la forme qu’il est occupé à prendre, hypnotisé sur elle comme sur un miroir. Jusque dans ses œuvres les plus parfaites, alors qu’il paraît avoir triomphé des résistances extérieures et aussi de la sienne propre, il est à la merci de la matérialité qu’il a dû se donner. C’est ce que chacun de nous peut expérimenter en lui-même. Notre liberté, dans les mouvements mêmes par où elle s’affirme, crée les habitudes naissantes qui l’étoufferont si elle ne se renouvelle par un effort constant : l’automatisme la guette. La pensée la plus vivante se glacera dans la formule qui l’exprime. Le mot se retourne contre l’idée. La lettre tue l’esprit. Et notre plus ardent enthousiasme, quand il s’extériorise en action, se fige parfois si naturellement en froid calcul d’intérêt ou de vanité, l’un adopte si aisément la forme de l’autre, que nous pourrions les confondre ensemble, douter de notre propre sincérité, nier la bonté et l’amour, si nous ne savions que le mort garde encore quelque temps les traits du vivant. »
Que faisons-nous au juste ici ? Que faites-vous ici ? Ou plus exactement, que faisons-nous dans ce monde qui nous entoure et dont la complexité est prisonnière du sens que nous pouvons lui donner ? Quelle est la nature de ce monde dans lequel nous sommes placés ? Nous n’avons pas choisi de naitre, nous n’avons pas choisi d’être et pourtant nous voilà ici. Quel est le sens de l’univers qui nous entoure, de cet univers potentiellement infini, dont le silence peut nous angoisser parce qu’il ne nous dit rien de lui ? Faut-il lui donner un sens ? Faut-il découvrir son sens ? Ou faut-il reconnaitre enfin que l’univers n’a pas de sens , que rien ne peut s’éclairer de ce silence du monde ? Faut-il d’une certaine manière se résigner à l’absurde ou tenter de percer le mystère ? L’univers a-t-il un sens ?
Parties des animaux
“Toutes les études ont leur attrait. Lorsque nous contemplons les êtres éternels, les pauvres connaissances que nous en atteignons nous apportent cependant, en raison de l’excellence de cette contemplation, plus de joie que toutes les choses qui nous entourent, tout juste comme un coup d’œil fugitif et partiel sur des personnes aimées nous donne plus de joie que la connaissance exacte de beaucoup d’autres choses, si considérables qu’elles soient. Mais, d’un autre côté, pour l’exactitude et l’étendue de la connaissance, la science des choses terrestres a l’avantage. Parce que ces choses sont tout près de nous, elles sont familières, et cette dernière étude devient presque la rivale de la philosophie des choses divines.”
Il y a plusieurs manières de décrire le réel : l’opinion, la sensibilité, l’art, la religion, la philosophie… Autant de registres possibles pour tenter d’atteindre une vérité. A l’écart de tous ces discours, la science semble se distinguer de toutes les autres descriptions du monde par sa précision, son exactitude, par la certitude qu’elle produit. Aussi ne se place-t-elle pas au même niveau : dans le relativisme qui marque le temps présent, elle est la seule à pouvoir revendiquer une adhésion universelle. Mais à quoi faut-il attribuer cette certitude de la science ? Quel discours peut prétendre à la dignité de « science », et être reconnu comme « scientifique » ? Dans le foisonnement et la diversité des discours, à quoi reconnaît-on une science ?
Croire, c’est donner son assentiment sans pouvoir l’appuyer sur une certitude objective. Croire, c’est nécessairement ne pas savoir – ou ne pas savoir encore. La croyance n’est-elle donc pas nécessairement une imprudence ? Et cette impuissance à se fonder sur des preuves ne condamne-t-elle pas celui qui croit à basculer dans le champ obscur de l’irrationnel ? Il n’est pas nécessaire de renoncer à croire au nom du savoir, au nom de la science. Mais il faut alors retrouver le sens d’une croyance qui, sans tout fonder sur la raison, n’est pourtant pas sans raisons.






