Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait… Car si la jeunesse rêve, la vieillesse sait : derrière cette généralité proverbiale, il y a peut-être la marque des nécessaires désillusions que la vie apporte avec elle. Le monde n’est jamais si parfait qu’il puisse répondre en tous points aux attentes que nous en avions quand nous entrions sur son seuil. Et nous voilà désormais, au milieu des complexités du réel et de nos impuissances humiliantes, tout encombrés de nos rêves d’enfants. Que pouvons-nous bien en faire ? Faudrait-il être réaliste, et se débarrasser de nos illusions naïves pour se suffire du monde tel qu’il est ? Peut-être vaudrait-il mieux s’enfermer dans ses rêves pour se consoler un peu de ce monde par trop décevant… Est-il forcément puéril d’avoir encore de grands projets pour inventer notre vie, ou pour changer le monde ? On ne sait s’il est plus honteux de rêver encore, ou d’arrêter de rêver. Si nous méprisons aujourd’hui le bel idéal de l’adolescent que nous étions hier, peut-être est-ce lui qui nous méprisera. Entre le réel et l’idéal, est-il nécessaire de faire un choix ? Faut-il renoncer à ses rêves ?
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C’est la raison qui nous permet de comprendre le monde et d’y agir – elle qui nous promet les clés d’une vie mesurée, équilibrée, d’une connaissance raisonnée et d’une existence raisonnable. Comment pourrait-on y renoncer ? Refuser d’écouter sa raison, ce serait assumer de vivre une vie de déraison – choisir la folie, la démesure, le délire et la disharmonie ? Mais d’où vient que tout cela nous attire ? Au fond, soyons honnêtes, personne ici ne rêve vraiment d’une vie simplement bien rangée… Pourquoi sommes-nous si réticents à être vraiment raisonnables ? N’y a-t-il pas une forme de sagesse dans le fait de refuser la tyrannie de la raison ? Après tout, nos vies sont faites aussi d’irrationnel, de croyances, de sentiments et de passions… Est-ce le signe de notre défaut – ou d’un défaut de la raison à nous conduire vers le bonheur et la vérité ?
“Memento mori”, souviens-toi que tu es mortel : voilà l’avertissement pluriséculaire lancé par les artistes occidentaux à ceux qui, devant le spectacle de la beauté, auraient pu s’attacher un peu trop aux joies de l’existence. Et de fait, tout ce que nous mettons tant d’effort à rechercher ici-bas semble inéluctablement condamné à disparaître. Il suffit de penser la mort pour que ce qui occupe notre vie perde la valeur que nous lui donnions. Et pourtant, sommes-nous si certains que la mort soit à ce point le contraire de la vie ? Lire la suite


