La vérité n’est pas qu’une affaire de raison, c’est aussi une affaire de cœur. Et de fait, avec tout ce qu’il y a en nous d’affect, nous tenons souvent à nos convictions, à nos croyances, comme à ce qui nous définit, à ce qui nous engage dans le monde. Mais n’est-ce pas un réflexe puéril ? La croyance semble incertaine, jamais totalement rationnelle, toujours impossible à prouver. Rechercher la vérité, c’est aspirer au savoir : et le savoir finit toujours par dépasser la croyance. Dans le monde de la connaissance, dans les progrès de la science, ne devons-nous pas nous faire une raison ? Pour devenir enfin des adultes, est-il temps de n’accepter enfin que des vérités démontrées ?
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Il y a plusieurs manières de décrire le réel : l’opinion, la sensibilité, l’art, la religion, la philosophie… Autant de registres possibles pour tenter d’atteindre une vérité. A l’écart de tous ces discours, la science semble se distinguer de toutes les autres descriptions du monde par sa précision, son exactitude, par la certitude qu’elle produit. Aussi ne se place-t-elle pas au même niveau : dans le relativisme qui marque le temps présent, elle est la seule à pouvoir revendiquer une adhésion universelle. Mais à quoi faut-il attribuer cette certitude de la science ? Quel discours peut prétendre à la dignité de « science », et être reconnu comme « scientifique » ? Dans le foisonnement et la diversité des discours, à quoi reconnaît-on une science ?
Croire, c’est donner son assentiment sans pouvoir l’appuyer sur une certitude objective. Croire, c’est nécessairement ne pas savoir – ou ne pas savoir encore. La croyance n’est-elle donc pas nécessairement une imprudence ? Et cette impuissance à se fonder sur des preuves ne condamne-t-elle pas celui qui croit à basculer dans le champ obscur de l’irrationnel ? Il n’est pas nécessaire de renoncer à croire au nom du savoir, au nom de la science. Mais il faut alors retrouver le sens d’une croyance qui, sans tout fonder sur la raison, n’est pourtant pas sans raisons.


