Le monde est rempli de merveilles ignorées et quand nous ouvrons le regard nous avons parfois du mal à en croire nos yeux. Dans ce monde où nous cherchons – c’est le sens de notre engagement – la vérité, nous allons nous demander ce soir s’il faut commencer par croire ce que nous voyons.
Le monde est rempli d’affirmations parfois hâtives, incertaines, approximatives et dans la foule des énoncés qui constitue le monde des opinions que nous fréquentons tous les jours certaines sont vraies, mais lesquelles ?
Il est toujours difficile de reconnaître une vérité au milieu du flot des affirmations fausses, mensongères, insensées. Comment reconnaître le vrai au milieu de la confusion ?
Tout au long de cette année nous avons cherché la sagesse et vous aurez été assidus dans cet exercice qui devait nous conduire à devenir philosophe. Mais, faut-il vraiment être sage ? Ou bien faut-il cultiver la sagesse dans toutes les dimensions de la vie ? N’y a-t-il pas des moments où il vaut le coup de s’arrêter, de suspendre un peu cet effort, de se laisser la liberté d’un peu de déraison ?
Est-il fou d’être toujours sage ? Ce sera la question de cette dernière soirée …
Descartes, Principes de la philosophie
« J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse être dans un Etat que d’avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. Or, c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. (Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent.) Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles à persuader si elles étaient bien déduites. »
« Dieu est-il ? Il semble que Dieu ne soit pas. Parce que si l’un de deux contraires était infini, l’autre serait totalement détruit. Mais tel est bien ce que l’on pense dans le nom de Dieu, à savoir qu’il est un certain bien infini. Si Dieu était il n’y aurait aucun mal. Or, il y a du mal dans le monde. Donc, Dieu n’est pas. Contre cela, il est dit dans l’Exode, par la personne de Dieu : Je suis celui qui est. Je réponds qu’il faut dire que l’on peut prouver par cinq voies que Dieu est. L’une d’entre elles part de la notion de cause. Nous rencontrons, en effet, dans les réalités sensibles un ordre de causes, mais on ne trouve pas, et il n’est pas possible, que quelque chose soit la cause de soi-même, car il serait alors antérieur à lui-même, ce qui est impossible. Or, il n’est pas possible de remonter à l’infini dans les causes. Car, dans toutes les causes ordonnées, ce qui est premier est cause de l’intermédiaire, et l’intermédiaire est cause du dernier, qu’il y ait plusieurs ou un seul intermédiaire. Or, si la cause est ôtée, l’effet l’est aussi. Donc, s’il n’y avait pas un premier dans les causes efficientes, il n’y aurait pas non plus de dernier ni d’intermédiaire. Mais si l’on remonte à l’infini dans les causes efficientes, il n’y aura pas de première cause efficiente, et il n’y aura pas non plus de dernier effet, ni de causes efficientes intermédiaires, ce qui est évidemment faux. Il est donc nécessaire de poser une première cause efficiente, que tous appellent Dieu. »
“Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j’occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion où je me trouve à l’espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n’est accessible qu’à l’entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. La première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l’animalité, et même de tout le monde sensible.»
Est-ce que quelque chose se passe dans ce monde où tout semble passer sans que rien n’avance vraiment ? De fait, nous sommes des êtres de temps et nous sommes marqués par ce temps qui passe mais qui passe bien souvent en donnant l’impression désespérante et déprimante de faire du surplace. Tout se passe comme si, malgré nos bonnes résolutions et notre désir d’être en marche, nous revenions toujours à cet ancien monde que nous espérions quitter. Un progrès est-il possible ? Peut-on vraiment espérer que les choses s’améliorent un jour et peut-être même qu’elles aillent vers une sorte de fin de l’histoire, vers un but de notre vie collective, de notre vie politique, vers cette utopie à laquelle nous aspirons, vers cette paix universelle et définitive, vers le bonheur enfin partagé, vers la justice enfin réalisée ? Faut-il encore croire au progrès ou faut-il se résigner ? Y a-t-il un progrès dans l’histoire ?