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Il semble que la morale soit, ordinairement, une affaire d’homme à homme. Je ne réponds en effet de mes actes que lorsqu’ils engagent l’humain – une autre personne, ou moi-même. L’homme est un sujet moral – l’homme ou, s’il existe, un autre être pensant, qui nous ressemblerait, ou auquel nous ressemblerions. Mais qu’en est-il du non-humain ? Peut-on fauter contre ce qui vit, mais qui ne pense pas, ne parle pas, qui ne montre pas de conscience ? Qu’en est-il de l’animal ? Ordinairement, nous ne nous en préoccupons pas beaucoup : nous capturons l’animal, nous l’enfermons, nous l’attachons, nous l’exploitons, nous le tuons, et à la fin nous le mangeons – en toute tranquillité… Mais il faut peut-être nous laisser inquiéter. Pouvons-nous exclure de notre devoir moral un être vivant, au seul motif qu’il n’est pas humain comme nous ? Avons-nous des devoirs envers tous les vivants ?

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Lorsque vient le moment d’obéir, il semble évident que nous ne sommes plus tout à fait libres. Quelle que soit l’autorité qui m’impose son ordre, elle me commande en effet d’abdiquer ma volonté propre pour plier mon comportement au commandement qu’elle me présente. Au nom de quoi, alors, est-il raisonnable de renoncer à sa liberté ? L’obligation est-elle pure contrainte, et l’obéissance pure soumission ? Réfléchir sur l’acte d’obéir, c’est redécouvrir que la reconnaissance de la loi est peut-être d’abord un effet de ma liberté, et même un fondement sur laquelle l’établir.

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