Articles
Qu’est-ce que la liberté ? Nous y aspirons tous, mais en quoi consiste-t-elle vraiment ? La première définition, celle qui s’impose, serait l’absence de contraintes. Comment peut-on se dire libre quand on est contraint, quand tout s’oppose à notre volonté ?
Diapsalmata
“Marie-toi, tu le regretteras ; ne te marie pas, tu le regretteras également ; marie-toi ou ne te marie pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te maries ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Ris des folies du monde, tu le regretteras ; pleure sur elles, tu le regretteras également ; ris des folies du monde ou pleure sur elles, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu ries des folies du monde ou que tu pleures sur elles, tu le regretteras dans les deux cas. Crois une jeune fille, tu le regretteras ; ne la crois pas, tu le regretteras également ; crois une jeune fille ou ne la crois pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu croies une jeune fille ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Pends-toi, tu le regretteras ; ne le fais pas, tu le regretteras également ; pends-toi ou non, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te pendes ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Tel est, Messieurs, le résumé de tout l’art de vivre. […]
Le feu prit un jour dans les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint en avertir le public. On crut à un mot plaisant et l’on applaudit ; il répéta, les applaudissements redoublèrent. C’est ainsi, je pense, que le monde périra dans l’allégresse générale des gens spirituels persuadés qu’il s’agit d’une plaisanterie. »
Qui oserait avouer qu’il a peur ? Nous n’aimons pas avoir peur. Et nous n’aimons pas avouer que nous avons peur. Peut-être n’aimons-nous pas nous avouer à nous-mêmes que nous avons peur… Pourtant, nous avons tous peur. De quelque chose ou de quelqu’un. Peut-être tous peur de nous-mêmes au fond. Mais sans doute est-il nécessaire d’avoir peur ? Car celui qui n’aurait peur de rien serait de ce fait immédiatement en danger. Avoir peur, n’est-ce pas en effet se laisser guider par l’instinct qui nous conduit vers ce qui est le plus sûr et qui nous écarte du plus grand de tous les dangers. Peut-être au fond, de façon surprenante, notre vie est-elle suspendue au sentiment que nous nous avouons le moins et que nous détestons le plus.
Alors, faut-il tenter de devenir suffisamment fort pour n’avoir plus peur de rien ? Faut-il chercher à devenir ces héros sans peur ou bien au contraire nous réconcilier avec notre propre faiblesse ? Faut-il avoir peur d’avoir peur ?
Nous sommes des êtres de désirs, et nos désirs, nous l’avons vu, veulent donner à notre vie leurs orientations singulières. Pour cela, il faut encore être libre. Et être libre, c’est choisir : pas de liberté sans choix. Mais suffit-il de faire des choix pour être certains d’être libres ? Quelle part de notre initiative entre dans nos décisions ? Quelle liberté réelle traduisent nos délibérations ? Nous ne sommes pas des atomes séparés livrés à leur propre trajectoire dans un espace en apesanteur… Sur nous pèsent tant de choses – nos pulsions et nos peurs, le regard des autres et les contraintes de la vie sociale… Quand nous avons le sentiment de prendre une décision, l’impression qu’elle provient de nous n’est elle en fait qu’une illusion ? Sommes-nous les auteurs de nos vies ? Sommes nous libres de nos choix ?




