Nous avons passé ensemble une très belle année ! Pouvons-nous en dire autant de chacune de nos existences ? Au long des dernières soirées, des derniers mois, nous aurons peut-être réappris, petit à petit, à nous émerveiller, mais l’émerveillement est-il toujours justifié ? Pour qu’il y ait émerveillement, il faut qu’il y ait de la beauté, il faut qu’il y ait des merveilles. Il peut sembler que dans nos vies, il y a tout sauf du merveilleux, que nous avons chaque jour à faire face aux tracas les plus quotidiens, aux expériences les plus triviales, aux épreuves les plus pénibles. Peut-on dire que la vie est belle ?
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Vous n’avez donc pas fait grève, vous êtes venus travailler et j’espère que vous ne ressortirez pas d’ici trop fatigués. C’est de fait la fatigue qui va faire l’objet de notre réflexion d’aujourd’hui dans ce mois de décembre déjà trop long, dans ce froid déjà trop pesant, à cette époque singulière où le temps de travail se fait pesant et où les vacances se font encore trop lointaines… A-t-on le droit d’être fatigué ? Dans l’époque à laquelle nous vivons, cette question se pose en effet : beaucoup d’entre vous ne se sentent peut-être pas ce droit de se reconnaître fragile face au travail qu’ils ont à faire, face aux multiples soucis de la vie. A-t-on le droit d’avouer qu’on est limité, parfois fragile, incapable de tout assumer ? A-t-on le droit d’avouer sa fatigue ?
Dans nos histoires d’enfant, le monde était tellement simple. A la fin, les gentils gagnaient et les méchants échouaient toujours ! Dans notre vie d’adulte, le monde est plus compliqué. Et il arrive si souvent que les gentils finissent par perdre et que les méchants l’emportent… Comment faire en sorte de construire un monde qui soit moins injuste, moins arbitraire ? Peut-on même espérer un monde qui se délivre définitivement de l’expérience de l’injustice ? Nous le savons bien, l’homme est faillible et il le restera toujours. Il ne s’agit pas ici de nous demander si le mal peut être évité, mais seulement si cette forme particulière du mal, qui consiste à faire en sorte qu’à la fin, le mal l’emporte, pourrait nous être épargné. L’injustice peut-elle être vaincue ? La politique doit-elle se fixer ce but ? L’injustice est-elle inévitable ?
Après avoir parlé du rire, ce soir, nous allons pleurer. Nous avons évoqué cette question, lors de notre dernière soirée : Pouvons-nous vraiment rire de tout ? Ce soir, nous allons parler de ce qui ne fait pas rire, et de ce qui, dans nos vies, semble parfois échouer. La souffrance, en effet, habite toute existence humaine. Et du mystère de le souffrance, il faut bien que nous puissions faire quelque chose. Doit-elle être regardée comme un accident, une absurdité, une aberration absurde ? Ou bien faut-il au contraire considérer qu’elle peut trouver sa place dans une histoire qui lui donne, d’une certaine manière, une valeur et un sens ? Dans nos vies marquées par le désir de réussir et d’être heureux, quelle place trouver pour la souffrance ? Que signifie vraiment que l’homme soit un être non seulement pensant mais aussi si souvent un être souffrant ? La souffrance a t-elle un sens ?
Il semble bien que l’Etat se définisse comme l’institution à qui, par principe, tout est permis, puisqu’il lui revient de dire le droit. S’engager dans un conflit, prélever le bien privé, user de la menace et de la coercition : tout ce qui est interdit aux particuliers, l’Etat revendique la possibilité de s’y livrer en toute légitimité. Cela signifie-t-il que les citoyens que nous sommes aient le devoir de lui obéir en tout ? Quel pourrait être le critère d’une désobéissance légitime au pouvoir politique ? Existe-t-il une autre loi que la loi de l’Etat ? Lire la suite




