Savez-vous vraiment qui vous êtes et qui vous devez être ? Et si le sujet le plus important de la philosophie n’était pas celui que nous allons traiter ce soir ? Le sujet le plus court de l’histoire des Soirées de la philo et pourtant le plus substantiel : qu’être ?
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C’est le début de notre année, c’est la reprise, nous recommençons. Mais ce début est-il déjà terminé ? Peut-être les vacances semblent-elles déjà loin ? Les débuts finissent-ils toujours par s’achever ? Quand les débuts finissent-ils ? Quand finit ce qui commence ? Quand finira cette introduction ? Quand se termine l’enfance ? Quand commence-t-on de commencer ? Quand commence-t-on d’être enfin ?
Nous nous demandons souvent si nous ne sommes pas près du début de la fin, nous allons nous demander maintenant s’il y a une fin à tout début.
Tout au long de cette année nous avons cherché la sagesse et vous aurez été assidus dans cet exercice qui devait nous conduire à devenir philosophe. Mais, faut-il vraiment être sage ? Ou bien faut-il cultiver la sagesse dans toutes les dimensions de la vie ? N’y a-t-il pas des moments où il vaut le coup de s’arrêter, de suspendre un peu cet effort, de se laisser la liberté d’un peu de déraison ?
Est-il fou d’être toujours sage ? Ce sera la question de cette dernière soirée …
” La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde”.
Nul mieux que Rimbaud n’a rassemblé en quelques mots le sentiment d’une époque. Cette époque, la nôtre, qui ne cesse de pleurer le désenchantement, la perte ou la fin du monde.
Nous ne sommes pas au monde. Mais où sommes-nous alors ? Connaissez-vous un moyen pour se soustraire du monde, que vous n’empruntiez déjà aux choses de ce monde ? Connaissez-vous un endroit où vous cacher du monde, qui n’appartiennent déjà à ce monde ?
Nous sommes dans le monde, mais sommes-nous au monde ? Seriez-vous ici ce soir si vous n’aviez pas parfois le besoin de vous reconnecter aux choses, de vous relier au monde, de vous couper de votre monde le temps d’une soirée, mais pour mieux revenir à lui et le laisser venir à vous ?
Partons à la quête du monde. Non pas à la conquête du Nouveau Monde, mais à la quête de ce monde, à nouveau.
Sommes-nous au monde ?
Conférence animée par Martin Steffens
Vous vivez certainement des aventures exceptionnelles dans le quotidien de vos vies, mais il est aussi parfois nécessaire de sortir de l’ordinaire pour se réfugier, s’enfuir dans la poésie… C’est une chose bien étrange de voir la philosophie s’inquiéter de la poésie. Peut être aurons-nous ce soir l’occasion de vivre la controverse originaire qui a donné naissance à cette discipline de la pensée… Il n’en reste pas moins que nous avons besoin de cet ornement pour embellir nos vies. Peut-on vivre sans poésie ?
Vous êtes tous des gens sérieux. Mais, à vous tous, il est déjà arrivé un jour de jouer. La question que nous pouvons tenter de nous poser est celle que la raison pose à la légèreté, celle du sens de cette activité à laquelle nous nous occupons lorsqu’il nous arrive de laisser le libre jeu entrer dans nos vies. Quel est le sens de ce moment donné à ce qui n’a pas, semble-t-il, d’utilité véritable ? Quel est le sens de la gratuité d’un instant livré à l’activité du jeu ? Pourquoi jouer ?
Dans notre vie – dans notre existence personnelle comme dans notre existence collective – il y a des règles à suivre, des impératifs moraux auxquels nous avons été conduits par notre éducation et auxquels nous sommes reconduits chaque jour. Mais qui garantit, à la fin, la nature et l’efficience de ces impératifs moraux ? Si le monde est vide de Dieu, sans transcendance, y a-t-il encore un sens à respecter ce qui nous a été décrit depuis notre enfance – et depuis l’enfance de l’humanité hantée par ses croyances – comme le bien et le mal ? Si nous avons appris à nous défaire de ces croyances, faut-il reconnaître que le monde est vide de morale ? Si Dieu n’est pas, tout-est il permis ?
Vous voulez apprendre des choses. J’espère que je serai à la hauteur pour pouvoir les enseigner ! Nous essayons d’apprendre, de connaître la vérité, et cela a été l’objet de nos rencontres précédentes. Mais de ce que nous essayons d’apprendre, le savoir le plus essentiel est celui qui consiste à nous permettre de mieux nous orienter dans cette vie, à nous permettre d’apprendre comment il faut en user, comment nous pouvons nous rapporter au monde qui nous entoure et au vivant qui s’y trouve. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses, beaucoup de vérités peut-être, beaucoup de techniques aussi, beaucoup d’arts et d’expériences mais pouvons-nous apprendre ce qu’il y a de plus important. ? Peut-on apprendre à vivre ?
Qui pourrait nous faire goûter la saveur du bonheur ? Nous cherchons des maîtres pour connaître la vérité ; nous cherchons ceux qui nous permettront de comprendre et de savoir. Mais qui pourra nous enseigner comment vivre, et comment bien vivre ? Qui saurait nous apprendre comment nous pourrions être heureux ? La question du bonheur fait partie de nos recherches sans que nous sachions très bien à quel professeur nous fier, ni même si quelqu’un saurait nous transmettre l’art de bien vivre. Qui nous fera voir le bonheur ?
Pour la Saint Valentin, vous inviterez quelqu’un à dîner… et vous êtes sans doute venus chercher des éléments de langage ; ce soir, nous allons parler d’amour ! Parler d’amour parce que l’amour fait partie de ces mystères auxquels se confronte la philosophie. Avec le pauvre travail de l’esprit, nous essayons de deviner le secret caché derrière les comportements humains et, sans doute, aucun d’entre eux n’est aussi impénétrable et difficile à comprendre que le sentiment amoureux. L’expérience de l’amour, le fait même d’aimer au sens large de ce terme, au sens le plus fort du mot, n’ a t-il pas quelque chose d’absolument incompatible avec l’effort de la raison ? Dans tout amour, n’y a t-il pas un risque qui s’apparente à une folie ? Est-il raisonnable d’aimer ?
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