Vous êtes tolérés ici ! Et je suis très heureux de vous retrouver pour parler de cette expérience qui survient lorsque nous sommes en désaccord… Il faut faire quelque chose de nos divergences ; c’est dans ces moments là que se présente à nous la tolérance comme une solution. Trop facile ? Peut-être. Un peu lâche ? Sans doute… Mais elle permet à tout le moins de garantir la paix civile et la concorde sociale. Si nous pouvions nous tolérer, réapprendre à tolérer les opinions divergentes, ne serions-nous pas plus heureux de vivre ensemble et de vivre en paix ? Et pourtant… si la société n’était qu’une affaire de tolérance, nous arriverait-il encore de chercher la vérité à travers les controverses parfois fécondes malgré leurs difficultés qui nous permettent de progresser ? Faut-il tolérer n’importe quoi ? Faut-il fixer des limites à cette vertu et refuser de tolérer l’insupportable, l’inacceptable ? Y a-t-il de l’intolérable ? Y a-t-il des limites à la tolérance ?
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Nous nous sommes demandé ce que nous cherchions. Encore faut-il avoir une chance de pouvoir le trouver ! Et si nous cherchons la vérité, encore faut-il se demander si nous pouvons la connaître, si nous avons une chance de la rejoindre un jour, de la reconnaître, de savoir où elle se trouve, et comment nous pourrons la comprendre. C’est la raison pour laquelle avant même de rentrer plus avant dans l’aventure de la philosophie, encore faut-il examiner ce dont nous sommes vraiment capables. Sommes-nous capables de comprendre ce monde qui nous entoure, ce monde mystérieux et déconcertant. Y a-t-il quelque chose dont nous puissions être sûrs un jour, quelque chose que nous puissions avoir la certitude de savoir ? Que puis-je savoir ?
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Que faites-vous ici ? Vous êtes nécessairement venus chercher quelque chose, mais quoi ? Dans nos actes les plus ordinaires, dans nos vies les plus quotidiennes comme dans les choix les plus importants de notre existence, nous sommes en quête de ce qui nous manque. Mais savons-nous toujours exactement ce que nous sommes en train de chercher ? Et même, savons-nous ce que nous espérons trouver ? Sans doute vaut-il mieux se poser cette question avant de commencer parce que nous n’avons aucune chance de trouver ce que nous cherchons si nous ne savons même pas ce que nous cherchons ! C’est la raison pour laquelle nous commencerons cette première soirée avec cette question toute simple : que cherchez-vous ?
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Nous avons passé ensemble une très belle année ! Pouvons-nous en dire autant de chacune de nos existences ? Au long des dernières soirées, des derniers mois, nous aurons peut-être réappris, petit à petit, à nous émerveiller, mais l’émerveillement est-il toujours justifié ? Pour qu’il y ait émerveillement, il faut qu’il y ait de la beauté, il faut qu’il y ait des merveilles. Il peut sembler que dans nos vies, il y a tout sauf du merveilleux, que nous avons chaque jour à faire face aux tracas les plus quotidiens, aux expériences les plus triviales, aux épreuves les plus pénibles. Peut-on dire que la vie est belle ?
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Portons-nous sur nos épaules tout le mal du monde ? Pourquoi y sommes-nous vraiment dans ce monde dont nous nous plaignions si souvent ? Avons-nous partie liée avec tout ce qui ne va pas bien, tout ce qui ne tourne pas rond ? Ou sommes-nous les victimes de tous ces méchants ailleurs qui prospèrent sur notre dos ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions changer ? Faut-il nous changer nous-mêmes ? De quoi sommes-nous vraiment responsables ?
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Vous n’avez donc pas fait grève, vous êtes venus travailler et j’espère que vous ne ressortirez pas d’ici trop fatigués. C’est de fait la fatigue qui va faire l’objet de notre réflexion d’aujourd’hui dans ce mois de décembre déjà trop long, dans ce froid déjà trop pesant, à cette époque singulière où le temps de travail se fait pesant et où les vacances se font encore trop lointaines… A-t-on le droit d’être fatigué ? Dans l’époque à laquelle nous vivons, cette question se pose en effet : beaucoup d’entre vous ne se sentent peut-être pas ce droit de se reconnaître fragile face au travail qu’ils ont à faire, face aux multiples soucis de la vie. A-t-on le droit d’avouer qu’on est limité, parfois fragile, incapable de tout assumer ? A-t-on le droit d’avouer sa fatigue ?
Faut-il ne jamais s’habituer ? Nous avons tous nos habitudes bien sûr : métro, boulot, dodo … Notre vie est faite d’habitudes, de bonnes et de mauvaises habitudes, nous en reparlerons. Fondamentalement, ne pouvons-nous pas nous poser cette question : toute habitude n’est-elle pas mauvaise ? Parce que l’habitude nous engourdit, nous endort, nous habitue à trouver que le monde est banal, monotone et trop régulier peut-être. Parce que l’habitude étouffe ce qu’il y en nous de liberté, de nouveauté, de capacité d’attention pour la singularité des choses. Toute habitude est-elle mauvaise ? Faut-il se laisser encore toucher par la capacité d’émerveillement ou bien d’indignation parfois ? Être capable de s’indigner, de se révolter, de ne pas être blasé de ce monde, de ne pas se résigner à l’injustice ? Faut-il ne jamais s’habituer ni au pire ni au meilleur ?
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Dans une discussion avec un ami, une question peut se poser : « Mon ami qu’est ce qui t’amène ? Que puis-je pour toi ? En quoi puis-je t’être utile ? » Dans la relation amicale, il semble que l’un donne quand l’autre reçoit. Mais celui qui reçoit, qui prend, trouve-t-il réellement satisfaction ? Celui qui fait d’un ami un moyen peut-il vraiment recevoir ce que cette relation d’amitié peut donner ? La question « à quoi sert » est celle de l’utilité et se pose ordinairement par rapport à un outil qui a un usage propre, qui sert à quelque chose de précis. Mais si l’ami est pour moi un moyen de satisfaction propre, s’il est pour moi comme un outil, est ce qu’alors je ne le perds pas comme ami ? A quoi sert un ami
Conférence animée par Martin Steffens
Critique de la raison pratique
“Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j’occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion où je me trouve à l’espace immense, avec des mondes au-delà des mondes et des systèmes de systèmes, et, en outre, aux temps illimités de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence à mon invisible moi, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui possède une infinitude véritable, mais qui n’est accessible qu’à l’entendement, et avec lequel je me reconnais lié par une connexion universelle et nécessaire. La première vision anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale, qui doit restituer la matière dont elle fut formée à la planète, après avoir été douée de force vitale pendant un court laps de temps. La deuxième vision, au contraire, rehausse ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l’animalité, et même de tout le monde sensible. »
Discours sur les sciences et les arts
« Voici une des grandes et belles questions qui aient jamais été agitées. Il ne s’agit point dans ce discours de ces subtilités métaphysiques qui ont gagné toutes les parties de la littérature, et dont les programmes d’académie ne sont pas toujours exempts ; mais il s’agit d’une de ces vérités qui tiennent au bonheur du genre humain.
Je prévois qu’on me pardonnera difficilement le parti que j’ai osé prendre. Heurtant de front tout ce qui fait aujourd’hui l’admiration des hommes, je ne puis m’attendre qu’à un blâme universel ; et ce n’est pas pour avoir été honoré de l’approbation de quelques sages, que je dois compter sur celle du public : aussi mon parti est-il pris ; je ne me soucie de plaire ni aux beaux esprits ni aux gens à la mode. Il y aura dans tous les temps des hommes faits pour être subjugués par les opinions de leur siècle, de leur pays, et de leur société. Tel fait aujourd’hui l’esprit fort et le philosophe, qui, par la même raison, n’eût été qu’un fanatique du temps de la ligue. Il ne faut point écrire pour de tels lecteurs, quand on veut vivre au-delà de son siècle.
Un mot encore, et je finis. Comptant peu sur l’honneur que j’ai reçu, j’avais, depuis l’envoi, refondu et augmenté ce discours, au point d’en faire, en quelque manière, un autre ouvrage. Aujourd’hui, je me suis cru obligé de le rétablir dans l’état où il a été couronné. J’y ai seulement jeté quelques notes, et laissé deux additions faciles à reconnaître, et que l’Académie n’aurait peut-être pas approuvées. J’ai pensé que l’équité, le respect, et la reconnaissance, exigeaient de moi cet avertissement. »









