Nous vivons dans la politique, avec elle. Nous vivons dans la cité, et peut-être parfois malgré elle. Mais il faut bien faire avec le fait que nous soyons une communauté civique et qu’il y ait quelque chose entre nous à délibérer, quelque chose d’une discussion qui suppose que nous définissions ensemble les termes du bien commun. Cette conversation est nécessairement l’occasion de constituer une forme politique collective et cette forme politique nous l’appelons, modernes, l’État. Qu’est-ce qu’un État ?
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Vous êtes tous singuliers, vous êtes tous différents, tous uniques. Mais êtes-vous tous égaux ? C’est la question dérangeante, inquiétante, peut-être un peu provocante qui nous préoccupera. Il y a des questions philosophiques plus politiques que d’autres et des questions politiques plus fondamentales que d’autres. La question de l’égalité, dans un monde démocratique, est une question déterminante.
Sommes-nous tous égaux ? Ce sera la question de cette nouvelle soirée.
Nous sommes ici entre êtres humains. Et pourtant, il y a en chacun de nous quelque chose, parfois, d’un peu bête… Nous avons évidemment notre caractère animal, nous appartenons à l’univers du vivant, et à cet univers vivant, nous sommes liés par la question de notre responsabilité. Qu’en est-il de nos devoirs à l’égard du monde qui nous entoure et singulièrement à l’égard de ceux qui sont nos “frères en animalité” ? Cette question est aujourd’hui posée dans l’actualité par bien des aspects différents. Cette expression de “frères en animalité” nous vient de la philosophie la plus contemporaine et elle recouvre une interrogation vertigineuse sur la place même de l’homme dans le monde, sur son rôle, ses droits et ses devoirs. Les animaux ont-ils des droits ?
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Portons-nous sur nos épaules tout le mal du monde ? Pourquoi y sommes-nous vraiment dans ce monde dont nous nous plaignions si souvent ? Avons-nous partie liée avec tout ce qui ne va pas bien, tout ce qui ne tourne pas rond ? Ou sommes-nous les victimes de tous ces méchants ailleurs qui prospèrent sur notre dos ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions changer ? Faut-il nous changer nous-mêmes ? De quoi sommes-nous vraiment responsables ?
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Voulons-nous vraiment vivre ensemble ? Et la vraie question est “en avons-nous réellement le choix ?” Avez-vous vraiment choisi de vivre en société, de vivre avec les autres, et qui plus est avec ces autres là que vous n’avez pas voulus peut-être, ces autres qui vous pèsent, qui vous peinent, qui vous ennuient, qui vous fatiguent ? Bref, la vie en société ressemble souvent à une épuisante malédiction. Et pourtant il nous faut bien faire avec. Nous sommes tous ensemble ce soir pour réfléchir à la difficulté qui consiste à être ensemble. Vivre ensemble est devenu le slogan, le mantra, le leitmotiv du monde dans lequel nous vivons et, comme souvent, derrière tous les mantras, et les slogans bien trop répétés se joue un symptôme, le symptôme de la difficulté que nous avons à regarder la société autrement que comme cette espèce de malédiction pénible. Qu’est ce qui peut bien faire notre lien ? Qu’est ce qui peut reconstituer le lien qui nous rattache aux autres de telle sorte que le vivre ensemble ne soit pas seulement absence d’insécurité mais quelque chose d’autre, quelque chose de plus créateur, quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus substantiel qui nous relie les uns aux autres ? Voulons-nous vraiment vivre ensemble et si oui au nom de quoi ? Qu’est ce qui peut sauver le vivre ensemble dans le monde ou nous vivons?
Au gré des contingences politiques, des alternances électorales, des situations historiques, l’Etat change de cap, de règles et de motifs. Et pourtant demeure, comme une propriété essentielle, la réalité du pouvoir : l’Etat dispose de la puissance publique, il est la puissance publique. Voilà qui devrait nous inquiéter : cette puissance qui passe de mains en mains, qui peut la contrôler ? Est-elle limitée, arrêtée, bridée ? Y a-t-il des règles qui s’imposent à elle, et qu’elle ne puisse jamais dépasser ? Il semble que ce soit nécessaire ; mais il semble aussi, malheureusement, que ce soit pourtant impossible. Car si l’Etat est le pouvoir, qui est au-dessus du pouvoir ? Ce qui est en jeu ici, c’est la nature même du pouvoir, l’origine de la puissance publique. L’Etat semble n’obéir à personne ; alors, l’Etat peut-il tout ?





