Le désir est la grande affaire de nos vies. Sans doute le grand tourment aussi, car tant d’objets de nos espoirs résistent à notre attente. Nous désirons, nous passons notre vie animés de grands désirs, de désirs lointains, de désirs prochains, de désirs concrets, de désirs plus idéaux. Ces désirs font ce qui fait l’élan de nos existences. Et pourtant bien souvent leur répond une sorte de vide, d’absence. Faut-il décider d’arrêter de souffrir ? Se défaire de la souffrance et, pour cela, arrêter de désirer ? Faut-il ne plus être esclave de nos passions, de nos envies, de nos souhaits ? Peut-on se libérer du désir ?
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Après avoir parlé du rire, ce soir, nous allons pleurer. Nous avons évoqué cette question, lors de notre dernière soirée : Pouvons-nous vraiment rire de tout ? Ce soir, nous allons parler de ce qui ne fait pas rire, et de ce qui, dans nos vies, semble parfois échouer. La souffrance, en effet, habite toute existence humaine. Et du mystère de le souffrance, il faut bien que nous puissions faire quelque chose. Doit-elle être regardée comme un accident, une absurdité, une aberration absurde ? Ou bien faut-il au contraire considérer qu’elle peut trouver sa place dans une histoire qui lui donne, d’une certaine manière, une valeur et un sens ? Dans nos vies marquées par le désir de réussir et d’être heureux, quelle place trouver pour la souffrance ? Que signifie vraiment que l’homme soit un être non seulement pensant mais aussi si souvent un être souffrant ? La souffrance a t-elle un sens ?
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait… Car si la jeunesse rêve, la vieillesse sait : derrière cette généralité proverbiale, il y a peut-être la marque des nécessaires désillusions que la vie apporte avec elle. Le monde n’est jamais si parfait qu’il puisse répondre en tous points aux attentes que nous en avions quand nous entrions sur son seuil. Et nous voilà désormais, au milieu des complexités du réel et de nos impuissances humiliantes, tout encombrés de nos rêves d’enfants. Que pouvons-nous bien en faire ? Faudrait-il être réaliste, et se débarrasser de nos illusions naïves pour se suffire du monde tel qu’il est ? Peut-être vaudrait-il mieux s’enfermer dans ses rêves pour se consoler un peu de ce monde par trop décevant… Est-il forcément puéril d’avoir encore de grands projets pour inventer notre vie, ou pour changer le monde ? On ne sait s’il est plus honteux de rêver encore, ou d’arrêter de rêver. Si nous méprisons aujourd’hui le bel idéal de l’adolescent que nous étions hier, peut-être est-ce lui qui nous méprisera. Entre le réel et l’idéal, est-il nécessaire de faire un choix ? Faut-il renoncer à ses rêves ?
Comment vivre, comment rêver, comment désirer, comment choisir, dans un monde où il faut mourir ? Nous sommes là ce soir, bien vivants, animés de la force de vie qui nous traverse et nous emmène vers nos projets d’avenir… Mais tout cela n’est-il pas vain ? Malgré toutes nos prouesses, nos réussites, nos succès, malgré tous nos espoirs aussi et ce qui reste et restera inachevé dans nos vies, un jour il faudra partir : voilà la grande limite qui se dresse, et qui semble inébranlable. Révoltante, mais inébranlable. Est-il possible d’espérer la dépasser, s’en abstraire, ou tout simplement la fuir ? Faut-il entretenir l’espoir de vaincre un jour cette ultime frontière ? Peut-on s’affranchir de la mort ?
Vivants, nous sommes jetés dans un monde complexe, incertain – dans un monde souvent injuste aussi, et même révoltant. Regardons autour de nous, dans les médias comme dans nos vies, dans le proche et dans le lointain : il est très clair que rien ne va – et tout va de pire en pire. Mais qu’y pouvons-nous vraiment ? Aucun d’entre nous n’a choisi le moment de l’histoire qu’il vit… Est-ce un rendez-vous lancé à notre liberté, à notre capacité d’agir et d’inventer l’avenir ? Mais que pouvons-nous faire vraiment ? Nos forces sont bien limitées devant l’ampleur des défis qui se présentent à nous… C’est un monde qui nous fait face. Pouvons-nous agir sur ce monde ?
De nos discussions communes, nous avons totalement chassé la question de Dieu : comme si tenter de parler sérieusement de religion était déjà, en soi, un danger pour la paix sociale. Comme si croire que Dieu existe, ou qu’il n’existe pas, devait rester une affaire intime, une question de sensibilité personnelle ou de culture familiale. Comme s’il n’y avait rien à “penser” de Dieu. Et si nous refusions ce tabou ? Peut-on parler rationnellement de l’existence de Dieu ? Que peut dire l’intelligence humaine du choix de la foi ? Il faut risquer de nouveau ces questions, ne serait-ce que pour rouvrir la possibilité d’un dialogue entre “celui qui croyait au ciel, et celui qui n’y croyait pas.” Lire la suite
Que le monde est mauvais, c’est là une plainte aussi ancienne que l’histoire, bien plus ancienne que le plus vieux de tous les poèmes… Nous avons en commun, affirme Kant, l’expérience de l’insatisfaction – le sentiment de ne pas trouver, dans le monde qui nous entoure, quelque chose qui puisse nous combler vraiment. Et pourtant, nous continuons avec persévérance à chercher le bonheur : à bien y regarder, la moindre de nos actions tend vers cette fin ultime, ce souverain bien qui marquerait la réussite enfin accomplie de nos vies. Cette recherche a-t-elle un sens ? Arriverons-nous un jour au but ? Pouvons-nous espérer être heureux ? Lire la suite






