Descartes, Principes de la philosophie
« J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse être dans un Etat que d’avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. Or, c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. (Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent.) Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles à persuader si elles étaient bien déduites. »
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Je me suis trompé… voilà qui ouvre la réflexion de ce soir, cette réflexion si singulière sur l’enseignement de l’erreur : que nous enseigne l’erreur ? Car si vous êtes tous ici ce soir, c’est que vous êtes amis de la vérité et non pas de l’erreur. Comment pourrions-nous attendre d’apprendre quelque chose de l’erreur ? L’erreur c’est le fait de se perdre, d’errer, de se laisser perdre par la complexité des choses. Que pourrait-on gagner dans le fait de s’être perdu ? Voilà la question que nous allons explorer ce soir : que nous enseigne l’erreur ?
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Comment être sûr de soi dans un monde où rien n’est évident et où rien ne semble certain. Nous avons parlé ensemble de la recherche de la vérité et nous avons parlé ensemble de cette recherche d’un sens qui peut nous orienter dans l’univers où nous vivons. Mais qu’est ce qui pourrait nous faire penser que nous sommes parvenus à une vérité définitivement acquise ? Et comment pourrions-nous espérer qu’un sens soit clairement connu d’une façon vraiment familière ? Comment pourrions-nous obtenir une certitude qui semble parfois se dérober quand nous nous rendons compte que nos opinions les plus assumées étaient en fait bien trop fragiles ? Peut-on être sûr de quoique ce soit ? Comment atteindre une certitude ? Comment être sûrs de ne pas se tromper ?
Il y a plusieurs manières de décrire le réel : l’opinion, la sensibilité, l’art, la religion, la philosophie… Autant de registres possibles pour tenter d’atteindre une vérité. A l’écart de tous ces discours, la science semble se distinguer de toutes les autres descriptions du monde par sa précision, son exactitude, par la certitude qu’elle produit. Aussi ne se place-t-elle pas au même niveau : dans le relativisme qui marque le temps présent, elle est la seule à pouvoir revendiquer une adhésion universelle. Mais à quoi faut-il attribuer cette certitude de la science ? Quel discours peut prétendre à la dignité de « science », et être reconnu comme « scientifique » ? Dans le foisonnement et la diversité des discours, à quoi reconnaît-on une science ?
Le verbe “être” est à la fois celui que nous utilisons le plus fréquemment, pour évoquer l’existence des réalités que nous voulons décrire ; et en même temps, celui auquel nous réfléchissons le moins. Que disons-nous quand nous disons d’une chose qu’elle existe ? Peut-être décrivons-nous par là une simple perception, actuelle ou possible, du monde qui nous entoure, et de notre propre personne. Mais peut-on réduire l’existence à la connaissance que nous en avons ? Que signifie exister ? Lire la suite




