Comment bien agir dans ce monde ? Comment trouver la direction qui donnera à nos existences leur sens plein et entier ? Faut-il essayer de trouver des formules qui permettent de savoir qu’être ? Que devons-nous faire et que devons-nous devenir ? À cette question inquiète, la philosophie a longtemps répondu par le mot de la vertu. Ce mot désormais désuet peut-il retrouver son actualité ? Qu’est-ce qu’une vertu ?
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Dans notre vie – dans notre existence personnelle comme dans notre existence collective – il y a des règles à suivre, des impératifs moraux auxquels nous avons été conduits par notre éducation et auxquels nous sommes reconduits chaque jour. Mais qui garantit, à la fin, la nature et l’efficience de ces impératifs moraux ? Si le monde est vide de Dieu, sans transcendance, y a-t-il encore un sens à respecter ce qui nous a été décrit depuis notre enfance – et depuis l’enfance de l’humanité hantée par ses croyances – comme le bien et le mal ? Si nous avons appris à nous défaire de ces croyances, faut-il reconnaître que le monde est vide de morale ? Si Dieu n’est pas, tout-est il permis ?
Le spectacle de l’injustice, de la souffrance, des maladies de toutes sortes, des malheurs qui nous accablent, hantent l’actualité. Si bien qu’il peut sembler très superflu de se demander s’il existe vraiment quelque chose comme le mal quand nous avons le sentiment de l’avoir si souvent croisé. Pourtant, le monde que nous voyons est-il à ce point désordonné, scandaleux, immoral ? N’y a-t-il pas quelque chose comme un ordre de la nature, un ordre de ce monde, quelque chose qui ferait que, par une espèce de confiance, nous pourrions croire à la bonté du réel, dont nous avons la chance d’hériter ? Faut-il se résigner à l’injustice qui nous entoure ? Faut-il au contraire croire que tout est bien ? Le mal existe-t-il ?
Y a-t-il une justice dans ce monde ? Nous pourrions bien en douter… La vertu ici-bas n’est pas toujours récompensée. Les plus grands héros meurent en martyre, les plus grands salauds dans leur lit. Et nous avons beau dire et répéter, comme le proverbe, que “bien mal acquis ne profite jamais”, toute l’actualité semble nous donner le spectacle désespérant du contraire. Il nous reste une petite chance : c’est de supposer que la honte, le remords, le scrupule, on ne sait quel tourment intérieur, empêchent le coupable de profiter de sa faute. Mais l’idée semble bien légère… Celui qui fait le mal est-il malheureux ?
Qu’est-ce qui nous fait agir ? Qu’est-ce qui agit en nous ? La société nous demande sans cesse de répondre de nos choix ; mais il n’est pas si naturel, à la réflexion, que nous soyons ainsi concernés, au-delà des années, par les actes que nous avons un jour posés… La responsabilité est-elle l’illusion qui nous empêche d’être vraiment autonomes – ou au contraire l’expression de notre liberté ?
Il semble que la réflexion soit nécessairement un exercice solitaire : penser vraiment, c’est penser par soi-même, c’est-à-dire penser sans les autres, et même contre les autres. Lorsque nous ne sommes encore que portés par l’opinion commune, prisonniers de ses préjugés et de ses interdits, nous ne sommes pas encore en train de réfléchir. Seul l’effort critique nous libère du poids des conventions sociales, ouvrant la voie à notre réflexion, et nous découvrant du même coup notre solitude… Mais en vérité, avec quoi pouvons-nous penser ? Dans nos intuitions les plus singulières, la part de l’altérité n’est-elle pas indémêlable ?





