Reconnaissons-le, le monde est rempli de problèmes qui ne nous concernent pas. Faut-il s’en préoccuper ? Nous savons très bien que si nous devions être inquiets de tout ce qui se passe autour de nous, du plus loin au plus près, il sera bien difficile de trouver, l’espace d’un instant pour enfin vivre sans soucis. A-t-on le droit de considérer que beaucoup de malheurs sur cette terre ne nous concernent pas ? A-t-on le droit d’être indifférent ?
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Tout au long de cette année nous avons cherché la sagesse et vous aurez été assidus dans cet exercice qui devait nous conduire à devenir philosophe. Mais, faut-il vraiment être sage ? Ou bien faut-il cultiver la sagesse dans toutes les dimensions de la vie ? N’y a-t-il pas des moments où il vaut le coup de s’arrêter, de suspendre un peu cet effort, de se laisser la liberté d’un peu de déraison ?
Est-il fou d’être toujours sage ? Ce sera la question de cette dernière soirée …
Il nous arrive d’hésiter, pas forcément sur les buts, mais sur les moyens à employer pour pouvoir y parvenir. Il n’est pas toujours certain que ces moyens soient en eux-mêmes absolument légitimes… Et entre le scrupule et le cynisme existe toujours une part d’incertitude sur la question de savoir ce qu’il est permis, ou non, d’employer comme outil pour atteindre un objectif.
Nous avons tous des objectifs. À quoi seriez-vous prêts pour y parvenir ? À quoi êtes-vous prêts pour atteindre les finalités que vous vous êtes fixées dans l’existence ?
Il s’agit de la question des conséquences et de leur proportion avec les outils que nous emploierons pour pouvoir les obtenir. La fin justifie-t-elle les moyens ?
Vous vivez certainement des aventures exceptionnelles dans le quotidien de vos vies, mais il est aussi parfois nécessaire de sortir de l’ordinaire pour se réfugier, s’enfuir dans la poésie… C’est une chose bien étrange de voir la philosophie s’inquiéter de la poésie. Peut être aurons-nous ce soir l’occasion de vivre la controverse originaire qui a donné naissance à cette discipline de la pensée… Il n’en reste pas moins que nous avons besoin de cet ornement pour embellir nos vies. Peut-on vivre sans poésie ?
Il y a encore un peu de bruit… et le son de cette musique…. Mais dans un instant, nous n’entendrons plus rien ou presque plus rien. Et ce sera le silence, le grand silence nécessaire pour que la réflexion commence. Le silence est la condition pour qu’une parole soit entendue, la condition pour qu’un bruit se fasse entendre. Mais le silence pourrait-il être lui aussi être quelque chose qu’il faut écouter ? Le silence fait partie de nos vies, parfois nous voudrions l’en chasser, parfois au contraire, nous le recherchons, mais dans tous les cas, a-t-il quelque chose à nous enseigner ? Que dit le silence ?
Nos vies sont remplies d’énoncés, d’assertions, d’affirmations, d’hypothèses, d’axiomes ; nous avons beaucoup d’idées. Mais parmi toutes ces idées, lesquelles sont vraies ? Desquelles pourrions-nous dire qu’elles nous permettent de connaître le monde qui nous entoure ? Desquelles sommes-nous certains qu’elles sont vraiment fondées sur la réalité ? Au seuil de cette année de philosophie, il importe de se demander ce que veut dire savoir puisque c’est de savoir la vérité qu’il s’agit lorsque nous nous retrouvons. Comment peut-on savoir lesquelles de nos idées sont vraies ? Comment peut-on connaître les descriptions du monde qui sont erronées et celles auxquelles se fier ? Comment sait-on qu’on sait ?
Qui pourrait nous faire goûter la saveur du bonheur ? Nous cherchons des maîtres pour connaître la vérité ; nous cherchons ceux qui nous permettront de comprendre et de savoir. Mais qui pourra nous enseigner comment vivre, et comment bien vivre ? Qui saurait nous apprendre comment nous pourrions être heureux ? La question du bonheur fait partie de nos recherches sans que nous sachions très bien à quel professeur nous fier, ni même si quelqu’un saurait nous transmettre l’art de bien vivre. Qui nous fera voir le bonheur ?
Quelle joie de vous retrouver ce soir pour méditer sur cette question : d’où vient la beauté ? Il nous a semblé que rien n’était plus concluant que de la faire venir sur scène ! Le mieux est peut-être de partir de cette expérience : d’où vient l’expérience que nous venons de vivre ensemble ? D’où vient la beauté telle qu’elle vient de se manifester à nous maintenant ? Nous aurons l’occasion de croiser tout ce qu’il y a de beauté dans le monde : les beautés de la nature, de la culture, les beautés de l’art sous toutes leurs formes, et peut-être, singulièrement, parlerons-nous de la musique ce soir, ne serait-ce que pour faire honneur à nos invités, mais aussi parce que la musique a beaucoup à nous dire de la manière dont cette question peut peut-être trouver une réponse ; d’où vient la beauté ?
Musiciens
Cécile Tête
Cécile Tête rentre en 2008 au CNSM de Paris.
Au cours de son cursus, elle est admise au sein de l’académie de l’orchestre de Paris. Elle intègre l’orchestre de l’Opéra National de Paris en 2012. En 2016, elle est nommée Premier Chef d’attaque des seconds violons dans ce même orchestre.
Depuis 2019, elle se produit au sein de l’orchestre du prestigieux festival de Bayreuth sous la direction de Christian Thielemann, Philippe Jordan, Andris Nelsons.
Cyrille Lacrouts
Après avoir obtenu plusieurs premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris , Cyrille Lacrouts se perfectionne à Moscou. Il intègre à l’âge de 20 ans l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Il est nommé Premier Violoncelle Solo deux ans plus tard.
Cyrille Crouts est amené à rencontrer et travailler sous la direction de chefs comme Myung Whun Chung, Sir Georg Solti, Esa Peka Salonen, Valery Gergiev, Pierre Boulez, George Prêtre… Parallèlement, il enseigne au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Que faites-vous ici ? Vous êtes nécessairement venus chercher quelque chose, mais quoi ? Dans nos actes les plus ordinaires, dans nos vies les plus quotidiennes comme dans les choix les plus importants de notre existence, nous sommes en quête de ce qui nous manque. Mais savons-nous toujours exactement ce que nous sommes en train de chercher ? Et même, savons-nous ce que nous espérons trouver ? Sans doute vaut-il mieux se poser cette question avant de commencer parce que nous n’avons aucune chance de trouver ce que nous cherchons si nous ne savons même pas ce que nous cherchons ! C’est la raison pour laquelle nous commencerons cette première soirée avec cette question toute simple : que cherchez-vous ?
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