La politique nous a résisté. Nous avions fini la dernière soirée en entrant dans la modernité, et bientôt nous aborderons les rives de la démocratie. Tentons ensemble de finir d’apporter une réponse à la question : « qui doit gouverner ? ».
La politique nous a résisté. Nous avions fini la dernière soirée en entrant dans la modernité, et bientôt nous aborderons les rives de la démocratie. Tentons ensemble de finir d’apporter une réponse à la question : « qui doit gouverner ? ».
Vous voulez apprendre des choses. J’espère que je serai à la hauteur pour pouvoir les enseigner ! Nous essayons d’apprendre, de connaître la vérité, et cela a été l’objet de nos rencontres précédentes. Mais de ce que nous essayons d’apprendre, le savoir le plus essentiel est celui qui consiste à nous permettre de mieux nous orienter dans cette vie, à nous permettre d’apprendre comment il faut en user, comment nous pouvons nous rapporter au monde qui nous entoure et au vivant qui s’y trouve. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses, beaucoup de vérités peut-être, beaucoup de techniques aussi, beaucoup d’arts et d’expériences mais pouvons-nous apprendre ce qu’il y a de plus important. ? Peut-on apprendre à vivre ?
Vous êtes ici peut-être avec l’espoir de trouver quelque chose de changé. Depuis que nous nous sommes quittés à la fin de l’année dernière, vous aussi avez changé, vous êtes nouveaux. Et pourtant, vous êtes aussi les mêmes ! Nous espérons tous changer, nous espérons la rupture qui nous permettrait de voir le monde enfin s’améliorer et qui nous permettrait de progresser nous aussi. Y a-t-il quoi que ce soit qui change dans ce monde ? Est-il possible de trouver quelque chose qui ne soit pas le même que ce que nous n’avons cesser de croiser ? Y a-t-il quelque chose de nouveau ?
Qui pourrait nous faire goûter la saveur du bonheur ? Nous cherchons des maîtres pour connaître la vérité ; nous cherchons ceux qui nous permettront de comprendre et de savoir. Mais qui pourra nous enseigner comment vivre, et comment bien vivre ? Qui saurait nous apprendre comment nous pourrions être heureux ? La question du bonheur fait partie de nos recherches sans que nous sachions très bien à quel professeur nous fier, ni même si quelqu’un saurait nous transmettre l’art de bien vivre. Qui nous fera voir le bonheur ?
En venant dans cette pièce, vous venez de suivre un nombre incalculable de règles. Tout au long de cette soirée, de cette année, de notre vie, nous ne cessons de nous plier à un nombre infini de règles, explicites ou implicites, visibles ou invisibles, qui “policent” notre comportement, qui transforment notre action et qui ne cessent de soumettre notre liberté. N’est-il pas l’heure de se révolter ? Ne faut-il pas réfléchir aux conditions de ce consentement que nous donnons à chaque instant à un ordre qui nous précède ? Ne faut-il pas reprendre un peu de cette indépendance que la société semble vouloir nous saisir ? Pourquoi faut-il obéir ?
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Enfin nous pouvons reprendre ! Pour combien de temps ? Nul ne le sait ; nous sommes désormais habitués à l’imprévu. Et pourtant, un air de liberté semble revivre et flotte à nouveau des les rues de la capitale. C’est une grande joie de reprendre ce qui s’était interrompu, de réanimer ce qui semblait s’être arrêté et de redonner du souffle à notre pensée un peu ankylosée. Nous allons pouvoir renaître ensemble à la philosophie… Mais est-il possible de renaître ?
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Discours sur les sciences et les arts
« Voici une des grandes et belles questions qui aient jamais été agitées. Il ne s’agit point dans ce discours de ces subtilités métaphysiques qui ont gagné toutes les parties de la littérature, et dont les programmes d’académie ne sont pas toujours exempts ; mais il s’agit d’une de ces vérités qui tiennent au bonheur du genre humain.
Je prévois qu’on me pardonnera difficilement le parti que j’ai osé prendre. Heurtant de front tout ce qui fait aujourd’hui l’admiration des hommes, je ne puis m’attendre qu’à un blâme universel ; et ce n’est pas pour avoir été honoré de l’approbation de quelques sages, que je dois compter sur celle du public : aussi mon parti est-il pris ; je ne me soucie de plaire ni aux beaux esprits ni aux gens à la mode. Il y aura dans tous les temps des hommes faits pour être subjugués par les opinions de leur siècle, de leur pays, et de leur société. Tel fait aujourd’hui l’esprit fort et le philosophe, qui, par la même raison, n’eût été qu’un fanatique du temps de la ligue. Il ne faut point écrire pour de tels lecteurs, quand on veut vivre au-delà de son siècle.
Un mot encore, et je finis. Comptant peu sur l’honneur que j’ai reçu, j’avais, depuis l’envoi, refondu et augmenté ce discours, au point d’en faire, en quelque manière, un autre ouvrage. Aujourd’hui, je me suis cru obligé de le rétablir dans l’état où il a été couronné. J’y ai seulement jeté quelques notes, et laissé deux additions faciles à reconnaître, et que l’Académie n’aurait peut-être pas approuvées. J’ai pensé que l’équité, le respect, et la reconnaissance, exigeaient de moi cet avertissement. »
Nous avons réfléchi ensemble à la différence majeure entre l’homme et l’animal. Mais si l’homme est un homme, c’est aussi et d’abord par les autres. Vivre en société et se laisser transformer par la vie en société, vivre sous le regard des autres, transformer leur propre regard sur soi et sur le monde qui les entoure, c’est ce qui fait aussi, une part de la condition humaine. Cette part de la condition humaine, nous la désignons sous le mot, trop rarement usité et pourtant si décisif d’imitation. Nous ne cessons de nous imiter, de nous imiter entre nous et d’imiter des modèles qui font notre société, parfois même à travers l’histoire, mais si nous imitons nous-mêmes, entre nous, alors qu’est ce qu’être soi-même ? Être soi-même, n’est-ce pas refuser d’être une copie ? N’est-ce pas choisir d’être un original ? Être soi-même, est-ce n’imiter personne ?
Notre vie n’est pas seulement constituée de faits à comprendre, mais aussi de normes à appliquer : depuis que nous avons pris conscience du monde qui nous entoure, nous savons qu’il y a dans ce monde des choses à faire et des choses à ne pas faire. Il y a des devoirs et des interdits, du bien – et du mal. Mais au nom de quoi une règle s’impose-t-elle à notre action ? Est-il naturel pour nous de suivre certains principes ? Et si non, pourquoi faudrait-il faire le bien ? Lire la suite