Le monde est rempli de merveilles ignorées et quand nous ouvrons le regard nous avons parfois du mal à en croire nos yeux. Dans ce monde où nous cherchons – c’est le sens de notre engagement – la vérité, nous allons nous demander ce soir s’il faut commencer par croire ce que nous voyons.
Le monde est rempli d’affirmations parfois hâtives, incertaines, approximatives et dans la foule des énoncés qui constitue le monde des opinions que nous fréquentons tous les jours certaines sont vraies, mais lesquelles ?
Il est toujours difficile de reconnaître une vérité au milieu du flot des affirmations fausses, mensongères, insensées. Comment reconnaître le vrai au milieu de la confusion ?
Vous voulez apprendre des choses. J’espère que je serai à la hauteur pour pouvoir les enseigner ! Nous essayons d’apprendre, de connaître la vérité, et cela a été l’objet de nos rencontres précédentes. Mais de ce que nous essayons d’apprendre, le savoir le plus essentiel est celui qui consiste à nous permettre de mieux nous orienter dans cette vie, à nous permettre d’apprendre comment il faut en user, comment nous pouvons nous rapporter au monde qui nous entoure et au vivant qui s’y trouve. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses, beaucoup de vérités peut-être, beaucoup de techniques aussi, beaucoup d’arts et d’expériences mais pouvons-nous apprendre ce qu’il y a de plus important. ? Peut-on apprendre à vivre ?
Nos vies sont remplies d’énoncés, d’assertions, d’affirmations, d’hypothèses, d’axiomes ; nous avons beaucoup d’idées. Mais parmi toutes ces idées, lesquelles sont vraies ? Desquelles pourrions-nous dire qu’elles nous permettent de connaître le monde qui nous entoure ? Desquelles sommes-nous certains qu’elles sont vraiment fondées sur la réalité ? Au seuil de cette année de philosophie, il importe de se demander ce que veut dire savoir puisque c’est de savoir la vérité qu’il s’agit lorsque nous nous retrouvons. Comment peut-on savoir lesquelles de nos idées sont vraies ? Comment peut-on connaître les descriptions du monde qui sont erronées et celles auxquelles se fier ? Comment sait-on qu’on sait ?
Vous êtes tolérés ici ! Et je suis très heureux de vous retrouver pour parler de cette expérience qui survient lorsque nous sommes en désaccord… Il faut faire quelque chose de nos divergences ; c’est dans ces moments là que se présente à nous la tolérance comme une solution. Trop facile ? Peut-être. Un peu lâche ? Sans doute… Mais elle permet à tout le moins de garantir la paix civile et la concorde sociale. Si nous pouvions nous tolérer, réapprendre à tolérer les opinions divergentes, ne serions-nous pas plus heureux de vivre ensemble et de vivre en paix ? Et pourtant… si la société n’était qu’une affaire de tolérance, nous arriverait-il encore de chercher la vérité à travers les controverses parfois fécondes malgré leurs difficultés qui nous permettent de progresser ? Faut-il tolérer n’importe quoi ? Faut-il fixer des limites à cette vertu et refuser de tolérer l’insupportable, l’inacceptable ? Y a-t-il de l’intolérable ? Y a-t-il des limites à la tolérance ? Lire la suite
J’ai tout à vous dire, je n’ai rien à vous cacher… Vous êtes peut-être venus ici avec des amis, avec des proches, des connaissances, des frères et sœurs, des parents, des gens à qui vous avez beaucoup parlé, mais leur avez-vous tout dit ? Et je vous vois y penser, cachés derrière vos masques ! Que n’avez-vous pas raconté ? N’y a-t-il pas dans chacune de nos vies, des histoires dissimulées, dans chacune de nos vies intérieures, des épreuves passées sous silence ? Qu’avez-vous à cacher ? Lire la suite
Essai sur l’entendement humain
« Cher lecteur,
Je dépose entre tes mains ce qui fut le divertissement de certaines de mes heures pénibles d’inactivité. Si par bonheur il joue le même rôle pour toi, et si tu as en le lisant ne serait-ce que la moitié du plaisir que j’ai eu en le rédigeant, tu trouveras que ton argent n’est pas plus mal employé que ma peine. Ne va pas prendre ceci pour un éloge de mon oeuvre, et ne tire pas de ce que j’ai pris du plaisir à la rédiger la conclusion que j’ai pour elle, une fois achevée, de la tendresse. Celui qui chasse des alouettes et des moineaux ne s’amuse pas moins, aurait-il une proie bien moins importante, que celui qui s’adonne à des jeux plus nobles. C’est ignorer le sujet de ce traité, l’entendement, qu’ignorer ceci : comme c’est la faculté la plus élevée de l’âme, elle est utilisée avec un plaisir plus grand et plus constant que n’importe quelle autre. Sa recherche de la vérité est une sorte de chasse, où la poursuite constitue la plus grande partie du plaisir. Chaque pas fait par l’esprit dans son progrès vers la connaissance constitue une découverte, non seulement nouvelle, mais aussi la meilleure possible, pour le moment du moins.
Comme l’oeil en effet, l’entendement juge de ses objets selon sa propre capacité, aussi ne peut-il être que satisfait de ce qu’il découvre, peu préoccupé de ce qui lui a échappé parce que ce lui est inconnu. Aussi, quand on a dépassé le stade de l’aumône, quand on ne se satisfait plus paresseusement des reliefs d’opinions reçues, quand on remet sur le métier ses propres pensées pour trouver et suivre la vérité, on ne peut manquer de jouir de la satisfaction du chasseur : chaque instant de la recherche aura sa joie, qui le récompensera de sa peine. Et on aura raison de penser qu’on n’a pas perdu de temps, même si on ne peut guère se vanter de grands butins.
Tel est, cher lecteur, le plaisir de ceux qui laissent divaguer leurs pensées et les suivent la plume à la main. Il ne faut pas les envier puisqu’elles te procurent l’occasion d’un divertissement identique, pour peu qu’en lisant tu acceptes de mettre en oeuvre tes propres réflexions ; c’est à elle que je me réfère, si du moins elles sont vraiment tiennes. Mais si elles sont aveuglément empruntées à d’autres, ce qu’elles sont n’a pas grande importance (…) ; qu’importe de savoir ce que dit ou pense l’homme qui ne dit ou ne pense que ce qu’un autre lui a imposé ? Si tu juges par toi-même, je sais que tu jugeras sincèrement et, quelle que soit ta critique, je ne serai ni blessé ni offensé. Car même si assurément, je suis totalement convaincu de la vérité de tout ce qu’il y a dans ce traité, je me considère néanmoins aussi sujet à l’erreur que toi. Et je sais que le sort de mon livre dépend de toi, non de l’opinion que j’en ai mais de la tienne. »
Est-ce que quelque chose se passe dans ce monde où tout semble passer sans que rien n’avance vraiment ? De fait, nous sommes des êtres de temps et nous sommes marqués par ce temps qui passe mais qui passe bien souvent en donnant l’impression désespérante et déprimante de faire du surplace. Tout se passe comme si, malgré nos bonnes résolutions et notre désir d’être en marche, nous revenions toujours à cet ancien monde que nous espérions quitter. Un progrès est-il possible ? Peut-on vraiment espérer que les choses s’améliorent un jour et peut-être même qu’elles aillent vers une sorte de fin de l’histoire, vers un but de notre vie collective, de notre vie politique, vers cette utopie à laquelle nous aspirons, vers cette paix universelle et définitive, vers le bonheur enfin partagé, vers la justice enfin réalisée ? Faut-il encore croire au progrès ou faut-il se résigner ? Y a-t-il un progrès dans l’histoire ?
Existe-t-il une vérité ? Cette question est un préalable absolu à notre exploration future parce que, si la philosophie consiste à chercher la vérité, ce serait une activité absurde si elle manque tout simplement d’objet. Existe-t- il une vérité ? C’est à cette question difficile que nous allons faire face ce soir. Difficile parce que déjà contradictoire avec bien des tendances de l’esprit du temps, difficile mais nécessaire. Et je vous propose d’entrer ensemble en cette nouvelle année : existe-t-il une vérité ? Lire la suite
Nous ne sommes pas seuls, et dans la société qui fait notre expérience quotidienne nos libertés se rencontrent, s’entrechoquent souvent, se heurtent parfois frontalement. Nous avons été blessés par les autres, et nous les avons blessés. Nul ne peut dire qu’il n’a jamais fait de tort à personne ; et nul non plus, sans doute, que personne ne lui en a fait. De ces fautes commises, ou subies, nous pouvons effacer le reproche : le pardon est nécessaire pour éviter que la vie en société ne devienne bientôt un enfer. Mais jusqu’où est-il nécessaire ? Jusqu’où même est-il possible ? La souffrance est parfois irréparable ; quand le mal commis par autrui m’a plongé comme en enfer, ne serait-il pas fou de vouloir encore pardonner ? N’y a-t-il pas des fautes qui resteront irrémissibles, ineffaçables, indépassables ? Peut-on vraiment tout pardonner ?