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Nos vies sont remplies d’énoncés, d’assertions, d’affirmations, d’hypothèses, d’axiomes ; nous avons beaucoup d’idées. Mais parmi toutes ces idées, lesquelles sont vraies ? Desquelles pourrions-nous dire qu’elles nous permettent de connaître le monde qui nous entoure ? Desquelles sommes-nous certains qu’elles sont vraiment fondées sur la réalité ? Au seuil de cette année de philosophie, il importe de se demander ce que veut dire savoir puisque c’est de savoir la vérité qu’il s’agit lorsque nous nous retrouvons. Comment peut-on savoir lesquelles de nos idées sont vraies ? Comment peut-on connaître les descriptions du monde qui sont erronées et celles auxquelles se fier ? Comment sait-on qu’on sait ?
Nous avons tenté de comprendre ensemble comment trouver la vérité mais il nous arrive de ne pas être tous d’accord sur l’endroit où nous la reconnaissons. Lorsqu’un désaccord survient entre nous, une question se présente alors : comment savoir où se trouve l’esprit le plus éclairé, la compréhension la plus fine de ce qu’il y a à connaître ? Comment savoir comment trancher nos inévitables disputes, nos longues polémiques, nos débats interminables, nos incertitudes partagées ? Comment résoudre nos conflits, nos désaccords, nos divergences ? Comment savoir où se trouve la vérité lorsque deux prétendent qu’ils ont pu la découvrir ? Comment savoir qui a raison ?
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Le monde est une improbable énigme et personne n’y comprend rien. Nous pouvons tous l’avouer : il nous arrive bien souvent de ne rien comprendre à tout ce qui nous entoure, aux autres, et à notre propre vie. Mais y a-t-il une clé pour interpréter tout ce qui nous arrive ? Viendra-t-il un moment, un point de notre histoire où tout nous sera donné ? Y a-t-il un moment où la clé du chiffre nous sera donné, qui permettra de déchiffrer tout ce qui nous est arrivé ? Finirons-nous par tout comprendre ?
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Descartes, Principes de la philosophie
« J’aurais ensuite fait considérer l’utilité de cette philosophie, et montré que, puisqu’elle s’étend à tout ce que l’esprit humain peut savoir, on doit croire que c’est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d’autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c’est le plus grand bien qui puisse être dans un Etat que d’avoir de vrais philosophes. Et outre cela que, pour chaque homme en particulier, il n’est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s’appliquent à cette étude, mais qu’il est incomparablement meilleur de s’y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux se servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d’un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que de les tenir fermés et n’avoir que soi pour se conduire. Or, c’est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n’est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu’on trouve par la philosophie ; et, enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos moeurs et nous conduire en cette vie, que n’est l’usage de nos yeux pour guider nos pas. Les bêtes brutes, qui n’ont que leur corps à conserver, s’occupent continuellement à chercher de quoi le nourrir ; mais les hommes, dont la principale partie est l’esprit, devraient employer leurs principaux soins à la recherche de la sagesse, qui en est la vraie nourriture ; et je m’assure aussi qu’il y en a plusieurs qui n’y manqueraient pas, s’ils avaient espérance d’y réussir, et qu’ils sussent combien ils en sont capables. (Il n’y a point d’âme tant soit peu noble qui demeure si fort attachée aux objets des sens qu’elle ne s’en détourne quelquefois pour souhaiter quelque autre plus grand bien, nonobstant qu’elle ignore souvent en quoi il consiste. Ceux que la fortune favorise le plus, qui ont abondance de santé, d’honneurs, de richesses, ne sont pas plus exempts de ce désir que les autres ; au contraire, je me persuade que ce sont eux qui soupirent avec le plus d’ardeur après un autre bien, plus souverain que tous ceux qu’ils possèdent.) Or, ce souverain bien considéré par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n’est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c’est-à-dire la sagesse, dont la philosophie est l’étude. Et, parce que toutes ces choses sont entièrement vraies, elles ne seraient pas difficiles à persuader si elles étaient bien déduites. »
L’évolution créatrice (Chapitre 2)
« De bas en haut du monde organisé c’est toujours un seul grand effort ; mais, le plus souvent, cet effort tourne court, tantôt paralysé par des forces contraires, tantôt distrait de ce qu’il doit faire par ce qu’il fait, absorbé par la forme qu’il est occupé à prendre, hypnotisé sur elle comme sur un miroir. Jusque dans ses œuvres les plus parfaites, alors qu’il paraît avoir triomphé des résistances extérieures et aussi de la sienne propre, il est à la merci de la matérialité qu’il a dû se donner. C’est ce que chacun de nous peut expérimenter en lui-même. Notre liberté, dans les mouvements mêmes par où elle s’affirme, crée les habitudes naissantes qui l’étoufferont si elle ne se renouvelle par un effort constant : l’automatisme la guette. La pensée la plus vivante se glacera dans la formule qui l’exprime. Le mot se retourne contre l’idée. La lettre tue l’esprit. Et notre plus ardent enthousiasme, quand il s’extériorise en action, se fige parfois si naturellement en froid calcul d’intérêt ou de vanité, l’un adopte si aisément la forme de l’autre, que nous pourrions les confondre ensemble, douter de notre propre sincérité, nier la bonté et l’amour, si nous ne savions que le mort garde encore quelque temps les traits du vivant. »
Comment prendre les bonnes décisions ? Comment faire les bons choix ? Comment orienter sa vie ? Il y a en nous bien sûr une capacité de jugement, une instance de discernement que l’on appelle la raison. Mais faudrait-il n’écouter que la raison ? N’y a-t-il pas en nous un peu de place pour le désir, pour la passion, pour la folie même pourquoi pas ? Y aurait-il quelque chose de sage à ne pas être seulement raisonnable ? Y aurait-il quelque chose de fou à rester toujours rationnel ? Est-il raisonnable d’être toujours raisonnable ?
Pensées
« La dignité de roi n’est-elle pas assez grande d’elle-même pour celui qui la possède pour le rendre heureux par la seule vue de ce qu’il est; faudra-t-il le divertir de cette pensée comme les gens du commun? Je vois bien que c’est rendre un homme heureux de le divertir de la vue de ses misères domestiques pour remplir toute sa pensée du soin de bien danser. Mais en sera-t-il de même d’un roi et sera-t-il plus heureux en s’attachant à ces vains amusements qu’à la vue de sa grandeur ? Et quel objet plus satisfaisant pourrait-on donner à son esprit? Ne serait-ce donc pas faire tort à sa joie d’occuper son âme à penser à ajuster ses pas à la cadence d’un air ou à placer adroitement une barre, au lieu de le laisser jouir en repos de la contemplation de la gloire majestueuse qui l’environne? Qu’on en fasse les preuves, qu’on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l’esprit, sans compagnies et sans divertissements, penser à lui tout à loisir, et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misères. Aussi on évite cela soigneusement et il ne manque jamais d’y avoir auprès des personnes des rois un grand nombre de gens qui veillent à faire succéder le divertissement à leurs affaires et qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux en sorte qu’il n’y ait point de vide. C’est-à-dire qu’ils sont environnés de personnes qui ont un soin merveilleux de prendre garde que le roi ne soit seul et en état de penser à lui-même, sachant bien qu’il sera misérable, tout roi qu’il est, s’il y pense. »
Notre vie n’est pas seulement constituée de faits à comprendre, mais aussi de normes à appliquer : depuis que nous avons pris conscience du monde qui nous entoure, nous savons qu’il y a dans ce monde des choses à faire et des choses à ne pas faire. Il y a des devoirs et des interdits, du bien – et du mal. Mais au nom de quoi une règle s’impose-t-elle à notre action ? Est-il naturel pour nous de suivre certains principes ? Et si non, pourquoi faudrait-il faire le bien ? Lire la suite








