Savez-vous vraiment qui vous êtes et qui vous devez être ? Et si le sujet le plus important de la philosophie n’était pas celui que nous allons traiter ce soir ? Le sujet le plus court de l’histoire des Soirées de la philo et pourtant le plus substantiel : qu’être ?
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Suite à un problème technique au Théâtre Antoine, la qualité sonore des 6 premières minutes est dégradée. Nous en sommes sincèrement désolés.
Vous en avez investi un peu pour nous écouter, vous en avez peut-être beaucoup, peut-être pas assez. En tous les cas, c’est une question, c’est un objet qui occupe nos existences et nos préoccupations: l’argent. L’argent fait partie de nos vies. Nous travaillons pour en gagner et une fois que nous l’avons gagné, nous cherchons comment le dépenser. Il n’en reste pas moins que l’argent est un peu comme le moyen de notre relation aux autres et un moyen qui, par définition souvent, perturbe notre lien et nos proximités. Et cette expérience toute simple, matérielle, mais qui engage bien plus que la matière, cette expérience de l’argent qui peut transformer nos vies, faut-il la dénoncer, faut-il s’y résigner ? Faut-il abolir l’argent ?
C’est le début de notre année, c’est la reprise, nous recommençons. Mais ce début est-il déjà terminé ? Peut-être les vacances semblent-elles déjà loin ? Les débuts finissent-ils toujours par s’achever ? Quand les débuts finissent-ils ? Quand finit ce qui commence ? Quand finira cette introduction ? Quand se termine l’enfance ? Quand commence-t-on de commencer ? Quand commence-t-on d’être enfin ?
Nous nous demandons souvent si nous ne sommes pas près du début de la fin, nous allons nous demander maintenant s’il y a une fin à tout début.
Il nous arrive d’hésiter, pas forcément sur les buts, mais sur les moyens à employer pour pouvoir y parvenir. Il n’est pas toujours certain que ces moyens soient en eux-mêmes absolument légitimes… Et entre le scrupule et le cynisme existe toujours une part d’incertitude sur la question de savoir ce qu’il est permis, ou non, d’employer comme outil pour atteindre un objectif.
Nous avons tous des objectifs. À quoi seriez-vous prêts pour y parvenir ? À quoi êtes-vous prêts pour atteindre les finalités que vous vous êtes fixées dans l’existence ?
Il s’agit de la question des conséquences et de leur proportion avec les outils que nous emploierons pour pouvoir les obtenir. La fin justifie-t-elle les moyens ?
Vous êtes tolérés ici ! Et je suis très heureux de vous retrouver pour parler de cette expérience qui survient lorsque nous sommes en désaccord… Il faut faire quelque chose de nos divergences ; c’est dans ces moments là que se présente à nous la tolérance comme une solution. Trop facile ? Peut-être. Un peu lâche ? Sans doute… Mais elle permet à tout le moins de garantir la paix civile et la concorde sociale. Si nous pouvions nous tolérer, réapprendre à tolérer les opinions divergentes, ne serions-nous pas plus heureux de vivre ensemble et de vivre en paix ? Et pourtant… si la société n’était qu’une affaire de tolérance, nous arriverait-il encore de chercher la vérité à travers les controverses parfois fécondes malgré leurs difficultés qui nous permettent de progresser ? Faut-il tolérer n’importe quoi ? Faut-il fixer des limites à cette vertu et refuser de tolérer l’insupportable, l’inacceptable ? Y a-t-il de l’intolérable ? Y a-t-il des limites à la tolérance ?
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Ce n’est pas comme si nous n’avions pas beaucoup de raisons de nous lamenter. Mais à quoi sert de se lamenter ? De fait, il semble bien que sangloter ne serve à rien et que le fait même de pleurer ne change absolument rien à ce qui nous fait pleurer. Et pourtant nous pleurons. Avouons-le, nous pleurons tous. Cela nous est tous arrivé, à certains peut-être plus qu’à d’autres mais il nous est tous arrivé un jour d’être saisis par les larmes et d’éprouver cette expérience si singulière, si étrange qui consiste à pleurer en sachant très bien que cela ne sert à rien. Faut-il sécher ses larmes ? Faut-il se raviver ou au contraire se raviser et tenter de comprendre ce que veut dire cette expérience étonnante ? Pourquoi pleurer ? Lire la suite
St Thomas, Somme théologique
« Dieu est-il ? Il semble que Dieu ne soit pas. Parce que si l’un de deux contraires était infini, l’autre serait totalement détruit. Mais tel est bien ce que l’on pense dans le nom de Dieu, à savoir qu’il est un certain bien infini. Si Dieu était il n’y aurait aucun mal. Or, il y a du mal dans le monde. Donc, Dieu n’est pas. Contre cela, il est dit dans l’Exode, par la personne de Dieu : Je suis celui qui est. Je réponds qu’il faut dire que l’on peut prouver par cinq voies que Dieu est. L’une d’entre elles part de la notion de cause. Nous rencontrons, en effet, dans les réalités sensibles un ordre de causes, mais on ne trouve pas, et il n’est pas possible, que quelque chose soit la cause de soi-même, car il serait alors antérieur à lui-même, ce qui est impossible. Or, il n’est pas possible de remonter à l’infini dans les causes. Car, dans toutes les causes ordonnées, ce qui est premier est cause de l’intermédiaire, et l’intermédiaire est cause du dernier, qu’il y ait plusieurs ou un seul intermédiaire. Or, si la cause est ôtée, l’effet l’est aussi. Donc, s’il n’y avait pas un premier dans les causes efficientes, il n’y aurait pas non plus de dernier ni d’intermédiaire. Mais si l’on remonte à l’infini dans les causes efficientes, il n’y aura pas de première cause efficiente, et il n’y aura pas non plus de dernier effet, ni de causes efficientes intermédiaires, ce qui est évidemment faux. Il est donc nécessaire de poser une première cause efficiente, que tous appellent Dieu. »
Plotin, Ennéades, I
« Puis il faut voir l’âme de ceux qui accomplissent de belles œuvres. Comment peut-on voir cette beauté du bien dans l’âme ? Reviens en toi- même, et regarde : si tu ne vois pas encore la beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle ; il enlève, il gratte, il polit, il essuie jusqu’à ce qu’il fasse apparaître un beau visage dans le marbre ; comme lui, enlève tout ce qui est superflu, redresse ce qui est tortueux, nettoie ce qui est sombre pour le rendre brillant, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue, jusqu’à ce que resplendisse pour toi la divine splendeur de la vertu, jusqu’à ce que tu voies la Sagesse debout sur un trône sacré. Es-tu devenu cela ? Est-ce que tu vois cela ? Es-tu devenu simple, sans aucun obstacle à ton unification, sans que rien d’autre soit mélangé intérieurement avec toi-même ? Es-tu tout entier une vraie lumière, non pas une lumière d’une certaine dimension ou forme qui peut diminuer ou augmenter de grandeur – mais une lumière absolument sans mesure, parce qu’elle est supérieure à toute mesure et à toute quantité ? Te vois-tu devenu cela ? Alors tu es devenu une vision ; aie confiance en toi ; même en restant ici-bas, tu t’es élevé vers le haut ; et tu n’as plus besoin de guide ; fixe ton regard et vois. Car c’est le seul œil qui voit la grande beauté. Et si cet oeil arrive jusqu’à cette contemplation alors qu’il est trouble à cause des vices, impur ou faible, n’étant pas du tout capable, à cause de sa lâcheté, de voir les splendeurs, il ne verra rien, pas même si un autre lui montre ce qui est là et qui peut être vu. Celui qui voit, en effet, doit s’être rendu semblable à ce qui est vu, pour parvenir à la contemplation. Assurément, jamais l’oeil ne verrait le soleil sans être parent de la lumière, devenu de la même nature que le soleil, et l’âme ne pourrait voir le beau, sans être devenue belle. »
Comment être sûr de soi dans un monde où rien n’est évident et où rien ne semble certain. Nous avons parlé ensemble de la recherche de la vérité et nous avons parlé ensemble de cette recherche d’un sens qui peut nous orienter dans l’univers où nous vivons. Mais qu’est ce qui pourrait nous faire penser que nous sommes parvenus à une vérité définitivement acquise ? Et comment pourrions-nous espérer qu’un sens soit clairement connu d’une façon vraiment familière ? Comment pourrions-nous obtenir une certitude qui semble parfois se dérober quand nous nous rendons compte que nos opinions les plus assumées étaient en fait bien trop fragiles ? Peut-on être sûr de quoique ce soit ? Comment atteindre une certitude ? Comment être sûrs de ne pas se tromper ?
Existe-t-il une vérité ? Cette question est un préalable absolu à notre exploration future parce que, si la philosophie consiste à chercher la vérité, ce serait une activité absurde si elle manque tout simplement d’objet. Existe-t- il une vérité ? C’est à cette question difficile que nous allons faire face ce soir. Difficile parce que déjà contradictoire avec bien des tendances de l’esprit du temps, difficile mais nécessaire. Et je vous propose d’entrer ensemble en cette nouvelle année : existe-t-il une vérité ? Lire la suite









