Nous avons passé ensemble une très belle année ! Pouvons-nous en dire autant de chacune de nos existences ? Au long des dernières soirées, des derniers mois, nous aurons peut-être réappris, petit à petit, à nous émerveiller, mais l’émerveillement est-il toujours justifié ? Pour qu’il y ait émerveillement, il faut qu’il y ait de la beauté, il faut qu’il y ait des merveilles. Il peut sembler que dans nos vies, il y a tout sauf du merveilleux, que nous avons chaque jour à faire face aux tracas les plus quotidiens, aux expériences les plus triviales, aux épreuves les plus pénibles. Peut-on dire que la vie est belle ?
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La question de la mémoire est centrale dans nos vies pour pouvoir nous définir et nous projeter dans l’avenir.
Pensées
« La dignité de roi n’est-elle pas assez grande d’elle-même pour celui qui la possède pour le rendre heureux par la seule vue de ce qu’il est; faudra-t-il le divertir de cette pensée comme les gens du commun? Je vois bien que c’est rendre un homme heureux de le divertir de la vue de ses misères domestiques pour remplir toute sa pensée du soin de bien danser. Mais en sera-t-il de même d’un roi et sera-t-il plus heureux en s’attachant à ces vains amusements qu’à la vue de sa grandeur ? Et quel objet plus satisfaisant pourrait-on donner à son esprit? Ne serait-ce donc pas faire tort à sa joie d’occuper son âme à penser à ajuster ses pas à la cadence d’un air ou à placer adroitement une barre, au lieu de le laisser jouir en repos de la contemplation de la gloire majestueuse qui l’environne? Qu’on en fasse les preuves, qu’on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l’esprit, sans compagnies et sans divertissements, penser à lui tout à loisir, et l’on verra qu’un roi sans divertissement est un homme plein de misères. Aussi on évite cela soigneusement et il ne manque jamais d’y avoir auprès des personnes des rois un grand nombre de gens qui veillent à faire succéder le divertissement à leurs affaires et qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux en sorte qu’il n’y ait point de vide. C’est-à-dire qu’ils sont environnés de personnes qui ont un soin merveilleux de prendre garde que le roi ne soit seul et en état de penser à lui-même, sachant bien qu’il sera misérable, tout roi qu’il est, s’il y pense. »
Peut-on rire de ce qui n’est pas drôle ? Il y a dans chacune de nos vies des choses qui n’appellent pas a priori de notre part des manifestations de joie, d’enthousiasme ou d’allégresse. Il y a des choses qui dans nos vies ne nous font pas toujours sourire. De cela, faut-il accepter de rire ? Si l’on ne riait que de ce qui était déjà drôle, la question ne se poserait pas. La question se pose précisément parce qu’il y a des choses qui autour de nous et pour nous semblent proprement tragiques et qui pourtant parfois appellent de notre part le sourire ou bien même le rire ? Y a-t-il des choses dont il ne faut jamais rire ? Le rire est-il parfois interdit, indécent, maladroit ou mal venu ? Faut-il au contraire se libérer de tout ce qui pourrait nous peser par l’effort de l’ironie ? Peut-on rire de tout ?
Comment vivre, comment rêver, comment désirer, comment choisir, dans un monde où il faut mourir ? Nous sommes là ce soir, bien vivants, animés de la force de vie qui nous traverse et nous emmène vers nos projets d’avenir… Mais tout cela n’est-il pas vain ? Malgré toutes nos prouesses, nos réussites, nos succès, malgré tous nos espoirs aussi et ce qui reste et restera inachevé dans nos vies, un jour il faudra partir : voilà la grande limite qui se dresse, et qui semble inébranlable. Révoltante, mais inébranlable. Est-il possible d’espérer la dépasser, s’en abstraire, ou tout simplement la fuir ? Faut-il entretenir l’espoir de vaincre un jour cette ultime frontière ? Peut-on s’affranchir de la mort ?
A côté de cette dernière question, toutes les autres semblent futiles. Toute la philosophie s’efface et se confond, en fait, dans un seul problème : comment bien vivre ? Comment réussir cette vie ? Cette vie unique, et donc précieuse entre toutes, fragiles entre toutes aussi… Que signifie exactement accomplir vraiment cette existence ? De cette question dépend l’orientation de nos actions, de nos instants, de chaque moment de notre présent… Pour ne pas perdre ce présent, pour ne pas finir et mourir sans avoir rien réalisé, il importe plus que tout de répondre à cette question : Qu’est-ce qu’une vie réussie ?
Y a-t-il une justice dans ce monde ? Nous pourrions bien en douter… La vertu ici-bas n’est pas toujours récompensée. Les plus grands héros meurent en martyre, les plus grands salauds dans leur lit. Et nous avons beau dire et répéter, comme le proverbe, que “bien mal acquis ne profite jamais”, toute l’actualité semble nous donner le spectacle désespérant du contraire. Il nous reste une petite chance : c’est de supposer que la honte, le remords, le scrupule, on ne sait quel tourment intérieur, empêchent le coupable de profiter de sa faute. Mais l’idée semble bien légère… Celui qui fait le mal est-il malheureux ?
C’est la raison qui nous permet de comprendre le monde et d’y agir – elle qui nous promet les clés d’une vie mesurée, équilibrée, d’une connaissance raisonnée et d’une existence raisonnable. Comment pourrait-on y renoncer ? Refuser d’écouter sa raison, ce serait assumer de vivre une vie de déraison – choisir la folie, la démesure, le délire et la disharmonie ? Mais d’où vient que tout cela nous attire ? Au fond, soyons honnêtes, personne ici ne rêve vraiment d’une vie simplement bien rangée… Pourquoi sommes-nous si réticents à être vraiment raisonnables ? N’y a-t-il pas une forme de sagesse dans le fait de refuser la tyrannie de la raison ? Après tout, nos vies sont faites aussi d’irrationnel, de croyances, de sentiments et de passions… Est-ce le signe de notre défaut – ou d’un défaut de la raison à nous conduire vers le bonheur et la vérité ?
Que le monde est mauvais, c’est là une plainte aussi ancienne que l’histoire, bien plus ancienne que le plus vieux de tous les poèmes… Nous avons en commun, affirme Kant, l’expérience de l’insatisfaction – le sentiment de ne pas trouver, dans le monde qui nous entoure, quelque chose qui puisse nous combler vraiment. Et pourtant, nous continuons avec persévérance à chercher le bonheur : à bien y regarder, la moindre de nos actions tend vers cette fin ultime, ce souverain bien qui marquerait la réussite enfin accomplie de nos vies. Cette recherche a-t-elle un sens ? Arriverons-nous un jour au but ? Pouvons-nous espérer être heureux ? Lire la suite
Notre vie n’est pas seulement constituée de faits à comprendre, mais aussi de normes à appliquer : depuis que nous avons pris conscience du monde qui nous entoure, nous savons qu’il y a dans ce monde des choses à faire et des choses à ne pas faire. Il y a des devoirs et des interdits, du bien – et du mal. Mais au nom de quoi une règle s’impose-t-elle à notre action ? Est-il naturel pour nous de suivre certains principes ? Et si non, pourquoi faudrait-il faire le bien ? Lire la suite









