Vous êtes tous des gens sérieux. Mais, à vous tous, il est déjà arrivé un jour de jouer. La question que nous pouvons tenter de nous poser est celle que la raison pose à la légèreté, celle du sens de cette activité à laquelle nous nous occupons lorsqu’il nous arrive de laisser le libre jeu entrer dans nos vies. Quel est le sens de ce moment donné à ce qui n’a pas, semble-t-il, d’utilité véritable ? Quel est le sens de la gratuité d’un instant livré à l’activité du jeu ? Pourquoi jouer ?
Il y a encore un peu de bruit… et le son de cette musique…. Mais dans un instant, nous n’entendrons plus rien ou presque plus rien. Et ce sera le silence, le grand silence nécessaire pour que la réflexion commence. Le silence est la condition pour qu’une parole soit entendue, la condition pour qu’un bruit se fasse entendre. Mais le silence pourrait-il être lui aussi être quelque chose qu’il faut écouter ? Le silence fait partie de nos vies, parfois nous voudrions l’en chasser, parfois au contraire, nous le recherchons, mais dans tous les cas, a-t-il quelque chose à nous enseigner ? Que dit le silence ?
Quelle joie de vous retrouver ce soir pour méditer sur cette question : d’où vient la beauté ? Il nous a semblé que rien n’était plus concluant que de la faire venir sur scène ! Le mieux est peut-être de partir de cette expérience : d’où vient l’expérience que nous venons de vivre ensemble ? D’où vient la beauté telle qu’elle vient de se manifester à nous maintenant ? Nous aurons l’occasion de croiser tout ce qu’il y a de beauté dans le monde : les beautés de la nature, de la culture, les beautés de l’art sous toutes leurs formes, et peut-être, singulièrement, parlerons-nous de la musique ce soir, ne serait-ce que pour faire honneur à nos invités, mais aussi parce que la musique a beaucoup à nous dire de la manière dont cette question peut peut-être trouver une réponse ; d’où vient la beauté ?
Musiciens
Cécile Tête
Cécile Tête rentre en 2008 au CNSM de Paris.
Au cours de son cursus, elle est admise au sein de l’académie de l’orchestre de Paris. Elle intègre l’orchestre de l’Opéra National de Paris en 2012. En 2016, elle est nommée Premier Chef d’attaque des seconds violons dans ce même orchestre.
Depuis 2019, elle se produit au sein de l’orchestre du prestigieux festival de Bayreuth sous la direction de Christian Thielemann, Philippe Jordan, Andris Nelsons.
Cyrille Lacrouts
Après avoir obtenu plusieurs premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris , Cyrille Lacrouts se perfectionne à Moscou. Il intègre à l’âge de 20 ans l’Orchestre de l’Opéra National de Paris. Il est nommé Premier Violoncelle Solo deux ans plus tard.
Cyrille Crouts est amené à rencontrer et travailler sous la direction de chefs comme Myung Whun Chung, Sir Georg Solti, Esa Peka Salonen, Valery Gergiev, Pierre Boulez, George Prêtre… Parallèlement, il enseigne au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Y a-t-il quelque chose de nouveau depuis que nous nous sommes quittés ? Le monde a-t-il vraiment changé ? Si quelque chose a changé, c’est que quelque chose est intervenu, qui a créé ce que nous ne connaissions pas encore, ce que personne n’avait vu, ce qui n’était pas observé. Est-il vraiment possible de créer, et si créer est une expérience accessible à l’intelligence, alors en quoi consiste le pouvoir d’être créateur, le fait de pouvoir inventer ? Qu’est-ce que créer ? Lire la suite
Platon opposait la philosophie et la poésie, mettant en garde ses contemporains contre cette dernière. Mais est-ce justifié ? N’y a-t-il pas un terrain d’entente possible ? Leur alliance ne pourrait-elle être féconde, pour l’une comme pour l’autre ?
Pourquoi est-il si compliqué d’être simple ? Après avoir croisé les grandes questions de la politique et les questions non moins négligeable de la métaphysique, nous entrons peut-être dans ce qu’il y a de plus complexe, de plus difficile, de plus subtile, nous entrons dans l’exploration de la psychologie humaine. Pourquoi est-il si compliqué de devenir vraiment soi-même, de ne faire qu’un avec soi-même ? Pourquoi sommes-nous perpétuellement comme divisés, comme séparés de nous mêmes, en train d’agir et de nous regarder agir, séparés de notre propre condition au point que nous n’arrivons pas à faire un avec nous-mêmes ? Pourquoi est-il si compliqué d’être simple ? Lire la suite
Peut-on retrouver le temps ? C’est la grande question de nos vies. La grande question de chacune de nos vies, car nous partageons certainement le même sentiment frustrant de toujours manquer de temps. Nous avons le sentiment de manquer de temps pour les choses que nous avons à faire, sans même parler des choses que nous aimerions pouvoir faire. Et de fait, dans ce manque, il ne s’agit pas de quelque chose de superflu. Si nous manquons de temps, c’est que nos vies elles-mêmes nous manquent, car nos vies sont faites de temps. Avoir le sentiment de manquer toujours de temps et finir sa vie dans une frustration absolue, ce serait avoir le sentiment que nos vies nous ont manqué d’une certaine manière. Alors, pouvons nous espérer gagner une bataille dans ce combat qui semble perdu d’avance ? Pouvons-nous retrouver le temps et si oui, comment y parviendrons-nous ?
L’homme est un être de langage, et c’est là sa grande fierté – un zoon legomenon : un animal parlant. Seul le langage humain fait sortir l’univers du silence de la matière, pour donner à tout être un nom, et le penser. Seul le langage nous fait aussi sortir de nous-mêmes, pour exprimer au-dehors, et partager avec d’autres, ce que chacun de nous ressent, éprouve, et comprend. Mais dans ce langage même qui fait sa force singulière, l’homme éprouve aussi sa faiblesse. Ne butons-nous pas sur les mots, comme sur un outil bien pauvre, trop imparfait, trop limité pour exprimer notre pensée ? Ne nous arrive-t-il pas souvent, malgré toutes les langues du monde, de rester incompris, et seul ? A la vérité, tout l’orgueil de notre parole n’est peut-être qu’un échec bavard. Les mots pourraient-ils suffire à dire ce que nous vivons ? Le langage nous exprime-t-il vraiment ?