Articles
Les affaires humaines sont dans un désordre absolu. Mais la nature au moins semble poursuivre son cours avec une sorte de stabilité rassurante comme si rien ne pouvait l’ébranler, comme si ses lois universelles semblaient devoir durer toujours. Pourtant, d’où viennent ces lois que nous projetons sur la nature, que nous lisons à travers elles et qui semblent nous offrir l’espace d’une prévisibilité confortable ? Y a-t-il vraiment quelque chose comme une régularité naturelle ou est-ce notre ignorance, nos illusions, notre confort moral qui cherche à voir dans la nature quelque chose qui dure toujours et qui ne changerait jamais ? Y a-t-il un ordre dans la nature ?
Le Poème, Parménide
« Enfant, qu’accompagnent d’immortelles conductrices,
Enfant, que tes cavales ont amené dans ma demeure,
sois le bienvenu; ce n’est pas une mauvaise destinée qui t’a conduit
sur cette route éloignée du sentier des hommes;
c’est le droit et la justice. Il faut que tu apprennes toutes choses,
et le cœur fidèle de la vérité qui s’impose,
et les opinions humaines qui sont en dehors de la vraie certitude.
Mais toutefois tu apprendras encore ceci :
Comment il faudrait que les apparences soient réellement,
traversant toutes choses dans leur totalité.
II.
Allons, je vais te dire et toi prête l’oreille à ma parole et garde-la bien en toi :
quelles sont les seules voies de recherche, les seules que l’intelligence puisse concevoir ;
l’une, que l’être est, que le non-être n’est pas,
chemin de la certitude, qui accompagne la vérité;
l’autre, que l’être n’est pas, et que le non-être est forcément,
route où je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser entrainer.
Tu ne peux avoir connaissance de ce qui n’est pas, tu ne peux le saisir ni l’exprimer.
Car la pensée et l’être sont une seule et même chose. »
Y a-t-il une justice dans ce monde ? Nous pourrions bien en douter… La vertu ici-bas n’est pas toujours récompensée. Les plus grands héros meurent en martyre, les plus grands salauds dans leur lit. Et nous avons beau dire et répéter, comme le proverbe, que “bien mal acquis ne profite jamais”, toute l’actualité semble nous donner le spectacle désespérant du contraire. Il nous reste une petite chance : c’est de supposer que la honte, le remords, le scrupule, on ne sait quel tourment intérieur, empêchent le coupable de profiter de sa faute. Mais l’idée semble bien légère… Celui qui fait le mal est-il malheureux ?
Vivants, nous sommes jetés dans un monde complexe, incertain – dans un monde souvent injuste aussi, et même révoltant. Regardons autour de nous, dans les médias comme dans nos vies, dans le proche et dans le lointain : il est très clair que rien ne va – et tout va de pire en pire. Mais qu’y pouvons-nous vraiment ? Aucun d’entre nous n’a choisi le moment de l’histoire qu’il vit… Est-ce un rendez-vous lancé à notre liberté, à notre capacité d’agir et d’inventer l’avenir ? Mais que pouvons-nous faire vraiment ? Nos forces sont bien limitées devant l’ampleur des défis qui se présentent à nous… C’est un monde qui nous fait face. Pouvons-nous agir sur ce monde ?
Notre vie n’est pas seulement constituée de faits à comprendre, mais aussi de normes à appliquer : depuis que nous avons pris conscience du monde qui nous entoure, nous savons qu’il y a dans ce monde des choses à faire et des choses à ne pas faire. Il y a des devoirs et des interdits, du bien – et du mal. Mais au nom de quoi une règle s’impose-t-elle à notre action ? Est-il naturel pour nous de suivre certains principes ? Et si non, pourquoi faudrait-il faire le bien ? Lire la suite





