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Vous voulez apprendre des choses. J’espère que je serai à la hauteur pour pouvoir les enseigner ! Nous essayons d’apprendre, de connaître la vérité, et cela a été l’objet de nos rencontres précédentes. Mais de ce que nous essayons d’apprendre, le savoir le plus essentiel est celui qui consiste à nous permettre de mieux nous orienter dans cette vie, à nous permettre d’apprendre comment il faut en user, comment nous pouvons nous rapporter au monde qui nous entoure et au vivant qui s’y trouve. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses, beaucoup de vérités peut-être, beaucoup de techniques aussi, beaucoup d’arts et d’expériences mais pouvons-nous apprendre ce qu’il y a de plus important. ? Peut-on apprendre à vivre ?
Nous sommes ici entre êtres humains. Et pourtant, il y a en chacun de nous quelque chose, parfois, d’un peu bête… Nous avons évidemment notre caractère animal, nous appartenons à l’univers du vivant, et à cet univers vivant, nous sommes liés par la question de notre responsabilité. Qu’en est-il de nos devoirs à l’égard du monde qui nous entoure et singulièrement à l’égard de ceux qui sont nos “frères en animalité” ? Cette question est aujourd’hui posée dans l’actualité par bien des aspects différents. Cette expression de “frères en animalité” nous vient de la philosophie la plus contemporaine et elle recouvre une interrogation vertigineuse sur la place même de l’homme dans le monde, sur son rôle, ses droits et ses devoirs. Les animaux ont-ils des droits ?
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Notre monde traverse une crise que vous connaissez tous ici et tous nous sommes inquiets. Avons-nous perturbé la nature au point que notre simple survie en deviendrait impossible ? Lire la suite
Voulons-nous vraiment vivre ensemble ? Et la vraie question est “en avons-nous réellement le choix ?” Avez-vous vraiment choisi de vivre en société, de vivre avec les autres, et qui plus est avec ces autres là que vous n’avez pas voulus peut-être, ces autres qui vous pèsent, qui vous peinent, qui vous ennuient, qui vous fatiguent ? Bref, la vie en société ressemble souvent à une épuisante malédiction. Et pourtant il nous faut bien faire avec. Nous sommes tous ensemble ce soir pour réfléchir à la difficulté qui consiste à être ensemble. Vivre ensemble est devenu le slogan, le mantra, le leitmotiv du monde dans lequel nous vivons et, comme souvent, derrière tous les mantras, et les slogans bien trop répétés se joue un symptôme, le symptôme de la difficulté que nous avons à regarder la société autrement que comme cette espèce de malédiction pénible. Qu’est ce qui peut bien faire notre lien ? Qu’est ce qui peut reconstituer le lien qui nous rattache aux autres de telle sorte que le vivre ensemble ne soit pas seulement absence d’insécurité mais quelque chose d’autre, quelque chose de plus créateur, quelque chose de plus grand, de plus vrai, de plus substantiel qui nous relie les uns aux autres ? Voulons-nous vraiment vivre ensemble et si oui au nom de quoi ? Qu’est ce qui peut sauver le vivre ensemble dans le monde ou nous vivons?
Est-ce que quelque chose se passe dans ce monde où tout semble passer sans que rien n’avance vraiment ? De fait, nous sommes des êtres de temps et nous sommes marqués par ce temps qui passe mais qui passe bien souvent en donnant l’impression désespérante et déprimante de faire du surplace. Tout se passe comme si, malgré nos bonnes résolutions et notre désir d’être en marche, nous revenions toujours à cet ancien monde que nous espérions quitter. Un progrès est-il possible ? Peut-on vraiment espérer que les choses s’améliorent un jour et peut-être même qu’elles aillent vers une sorte de fin de l’histoire, vers un but de notre vie collective, de notre vie politique, vers cette utopie à laquelle nous aspirons, vers cette paix universelle et définitive, vers le bonheur enfin partagé, vers la justice enfin réalisée ? Faut-il encore croire au progrès ou faut-il se résigner ? Y a-t-il un progrès dans l’histoire ?
Comment vivre, comment rêver, comment désirer, comment choisir, dans un monde où il faut mourir ? Nous sommes là ce soir, bien vivants, animés de la force de vie qui nous traverse et nous emmène vers nos projets d’avenir… Mais tout cela n’est-il pas vain ? Malgré toutes nos prouesses, nos réussites, nos succès, malgré tous nos espoirs aussi et ce qui reste et restera inachevé dans nos vies, un jour il faudra partir : voilà la grande limite qui se dresse, et qui semble inébranlable. Révoltante, mais inébranlable. Est-il possible d’espérer la dépasser, s’en abstraire, ou tout simplement la fuir ? Faut-il entretenir l’espoir de vaincre un jour cette ultime frontière ? Peut-on s’affranchir de la mort ?
A côté de cette dernière question, toutes les autres semblent futiles. Toute la philosophie s’efface et se confond, en fait, dans un seul problème : comment bien vivre ? Comment réussir cette vie ? Cette vie unique, et donc précieuse entre toutes, fragiles entre toutes aussi… Que signifie exactement accomplir vraiment cette existence ? De cette question dépend l’orientation de nos actions, de nos instants, de chaque moment de notre présent… Pour ne pas perdre ce présent, pour ne pas finir et mourir sans avoir rien réalisé, il importe plus que tout de répondre à cette question : Qu’est-ce qu’une vie réussie ?
C’est la raison qui nous permet de comprendre le monde et d’y agir – elle qui nous promet les clés d’une vie mesurée, équilibrée, d’une connaissance raisonnée et d’une existence raisonnable. Comment pourrait-on y renoncer ? Refuser d’écouter sa raison, ce serait assumer de vivre une vie de déraison – choisir la folie, la démesure, le délire et la disharmonie ? Mais d’où vient que tout cela nous attire ? Au fond, soyons honnêtes, personne ici ne rêve vraiment d’une vie simplement bien rangée… Pourquoi sommes-nous si réticents à être vraiment raisonnables ? N’y a-t-il pas une forme de sagesse dans le fait de refuser la tyrannie de la raison ? Après tout, nos vies sont faites aussi d’irrationnel, de croyances, de sentiments et de passions… Est-ce le signe de notre défaut – ou d’un défaut de la raison à nous conduire vers le bonheur et la vérité ?
Il semble que la morale soit, ordinairement, une affaire d’homme à homme. Je ne réponds en effet de mes actes que lorsqu’ils engagent l’humain – une autre personne, ou moi-même. L’homme est un sujet moral – l’homme ou, s’il existe, un autre être pensant, qui nous ressemblerait, ou auquel nous ressemblerions. Mais qu’en est-il du non-humain ? Peut-on fauter contre ce qui vit, mais qui ne pense pas, ne parle pas, qui ne montre pas de conscience ? Qu’en est-il de l’animal ? Ordinairement, nous ne nous en préoccupons pas beaucoup : nous capturons l’animal, nous l’enfermons, nous l’attachons, nous l’exploitons, nous le tuons, et à la fin nous le mangeons – en toute tranquillité… Mais il faut peut-être nous laisser inquiéter. Pouvons-nous exclure de notre devoir moral un être vivant, au seul motif qu’il n’est pas humain comme nous ? Avons-nous des devoirs envers tous les vivants ?









