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Y a-t-il quelque chose de nouveau depuis que nous nous sommes quittés ? Le monde a-t-il vraiment changé ? Si quelque chose a changé, c’est que quelque chose est intervenu, qui a créé ce que nous ne connaissions pas encore, ce que personne n’avait vu, ce qui n’était pas observé. Est-il vraiment possible de créer, et si créer est une expérience accessible à l’intelligence, alors en quoi consiste le pouvoir d’être créateur, le fait de pouvoir inventer ? Qu’est-ce que créer ?
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Platon opposait la philosophie et la poésie, mettant en garde ses contemporains contre cette dernière. Mais est-ce justifié ? N’y a-t-il pas un terrain d’entente possible ? Leur alliance ne pourrait-elle être féconde, pour l’une comme pour l’autre ?
Épicure, Lettre à Ménécée
« Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir. Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir.
Attache-toi donc aux enseignements que je n’ai cessé de te donner et que je vais te répéter ; mets-les en pratique et médite-les, convaincu que ce sont là les principes nécessaires pour bien vivre.
[…]
Médite donc tous ces enseignements et tous ceux qui s’y rattachent, médite-les jour et nuit, à part toi et aussi en commun avec ton semblable. Si tu le fais, jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables ne ressemble en rien à un être mortel. »
Parties des animaux
“Toutes les études ont leur attrait. Lorsque nous contemplons les êtres éternels, les pauvres connaissances que nous en atteignons nous apportent cependant, en raison de l’excellence de cette contemplation, plus de joie que toutes les choses qui nous entourent, tout juste comme un coup d’œil fugitif et partiel sur des personnes aimées nous donne plus de joie que la connaissance exacte de beaucoup d’autres choses, si considérables qu’elles soient. Mais, d’un autre côté, pour l’exactitude et l’étendue de la connaissance, la science des choses terrestres a l’avantage. Parce que ces choses sont tout près de nous, elles sont familières, et cette dernière étude devient presque la rivale de la philosophie des choses divines.”
Nous aimons bien les grandes idées. Nous parlons entre nous des concepts qui suscitent notre intérêt, et parfois nos désaccords : nous parlons de toutes ces choses qui ne sont pas vraiment concrètes, et qui cependant nous passionnent. Le sens de la vie, la liberté du peuple, les droits de l’homme… Voilà quelques exemples parmi une foule d’idées qui peuplent nos esprits. Mais où se trouve tout cela ? Quelle consistance faut-il donner à ces idées abstraites que nous aimons tant évoquer ? Existent-elles réellement ? De quoi parlons-nous, en fait, quand nous évoquons ces concepts ? La science nous montre chaque jour que ce qui est réel doit pouvoir être vérifié par l’expérience, par le toucher, par tous nos sens… Alors, faut-il renoncer à croire à ce monde d’idées, si abstraites et incertaines qu’elles ne font que déclencher d’infinies contradictions ? Tout ce qui n’est pas matériel, substantiel, sensible, n’est il pas totalement vide ? Ne faut-il pas reconnaître que tout le réel est fait de matière ?
Il n’y a pas que la violence que les hommes s’infligent entre eux : les hommes, nous le savons, sont capables de lutter contre la nature elle-même, pour en repousser les limites, et pour inventer leur destin. C’est cela qu’on appelle la technique. Par le travail, par la pensée, nous transformons le monde qui nous est donné ; et dans l’ivresse du pouvoir nouveau que nous donne aujourd’hui le progrès des sciences, nous avions projeté d’imposer à la nature un monde selon nos besoins, pour que l’humain devienne pleinement « la mesure de toutes choses. » Mais voilà, la nature ne se laisse pas faire… Avons-nous eu tort de croire que nous étions les plus forts ? Faut-il retrouver le sens d’une sagesse qui s’accorde avec le réel – ou bien pousser plus loin la lutte encore, imposer notre liberté ? Nos désirs font-ils de nous des vivants contre nature ? La technique est-elle vraiment une victoire contre la nature ?
“Ils peuvent bien me tuer ; mais ils ne peuvent pas me nuire.” (Socrate, cité par Epictète, Manuel)
Programme exceptionnellement modifié : à la suite des attentats du vendredi 13 novembre 2015, les Soirées de la Philo se penchent sur la question de la violence.
Le siècle qui commence s’ouvre sous le signe de la révolution numérique : il n’est rien dans le réel, rien dans nos vies qui échappe à la numérisation. Tout se mesure dans nos existences, notre temps, nos déplacements, nos performances professionnelles ou sportives, notre réseau social, notre capital santé, notre indice de bonheur… Même l’amour semble réductible aux algorithmes des applications numériques qui sont devenues les réponses technologiques à nos problèmes de cœur. Le règne de la mesure absorbe tout pour tout rendre commensurable, échangeable, interchangeable ; si tout est chiffrable, il n’est rien qui ne puisse être absorbé par le marché. Mais ne reste-t-il pas dans nos vies quelque chose d’indéchiffrable, de mystérieux ? Quelque chose de singulier ? N’est-il pas temps de défendre un monde où subsistent des choses et des êtres qui soient uniques, absolument, infiniment – et qui échappent ainsi à toute commune mesure ?









