Aujourd’hui nous allons réfléchir sur le miracle qui nous réunit à chaque fois que nous nous retrouvons dans ce théâtre, un lieu destiné à la parole, un lieu qui célèbre à sa manière le pouvoir des mots. Pouvoir que nous vivons lorsque nous échangeons ensemble les idées que nous partageons. Mais d’où vient ce mystérieux pouvoir qui fait que les mots peuvent véhiculer la pensée ? Que les mots peuvent traduire l’intuition, l’émotion, et plus encore, que les mots peuvent agir sur le monde ? D’où vient le pouvoir des mots ?
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Il y a encore un peu de bruit… et le son de cette musique…. Mais dans un instant, nous n’entendrons plus rien ou presque plus rien. Et ce sera le silence, le grand silence nécessaire pour que la réflexion commence. Le silence est la condition pour qu’une parole soit entendue, la condition pour qu’un bruit se fasse entendre. Mais le silence pourrait-il être lui aussi être quelque chose qu’il faut écouter ? Le silence fait partie de nos vies, parfois nous voudrions l’en chasser, parfois au contraire, nous le recherchons, mais dans tous les cas, a-t-il quelque chose à nous enseigner ? Que dit le silence ?
Nous sommes ici entre êtres humains. Et pourtant, il y a en chacun de nous quelque chose, parfois, d’un peu bête… Nous avons évidemment notre caractère animal, nous appartenons à l’univers du vivant, et à cet univers vivant, nous sommes liés par la question de notre responsabilité. Qu’en est-il de nos devoirs à l’égard du monde qui nous entoure et singulièrement à l’égard de ceux qui sont nos “frères en animalité” ? Cette question est aujourd’hui posée dans l’actualité par bien des aspects différents. Cette expression de “frères en animalité” nous vient de la philosophie la plus contemporaine et elle recouvre une interrogation vertigineuse sur la place même de l’homme dans le monde, sur son rôle, ses droits et ses devoirs. Les animaux ont-ils des droits ?
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Bien des débats politiques et sociaux tournent aujourd’hui autour de la question de l’environnement – de cette planète qui nous inquiète et dont l’avenir, bien sûr, nous concerne. Cet avenir concerne avec nous tous les humains vivant aujourd’hui, et demain. Il matérialise pour la première fois un lien concret et immédiat, un intérêt commun à toute l’humanité. Mais faut-il s’arrêter là ? Dans notre préoccupation commune, n’est-il pas temps d’inclure d’autres sujets de droit ? Victimes collatérales de nos projets irraisonnés, des êtres que nous disons pourtant dénués de raison vivront avec nous notre sort, et subissent déjà plus que nous, par l’extinction d’espèces entières, les conséquences de nos folies. Les animaux ne doivent-ils pas enfin être reconnus eux aussi ? Ne sommes-nous pas plus bêtes qu’eux ? L’homme est-il un animal comme les autres ?
Nous ne sommes pas seuls, et dans la société qui fait notre expérience quotidienne nos libertés se rencontrent, s’entrechoquent souvent, se heurtent parfois frontalement. Nous avons été blessés par les autres, et nous les avons blessés. Nul ne peut dire qu’il n’a jamais fait de tort à personne ; et nul non plus, sans doute, que personne ne lui en a fait. De ces fautes commises, ou subies, nous pouvons effacer le reproche : le pardon est nécessaire pour éviter que la vie en société ne devienne bientôt un enfer. Mais jusqu’où est-il nécessaire ? Jusqu’où même est-il possible ? La souffrance est parfois irréparable ; quand le mal commis par autrui m’a plongé comme en enfer, ne serait-il pas fou de vouloir encore pardonner ? N’y a-t-il pas des fautes qui resteront irrémissibles, ineffaçables, indépassables ? Peut-on vraiment tout pardonner ?
Dans le débat contemporain, parler de la vérité est déjà en soi suspect – comme si la vérité était un absolu… Ne serait-elle pas plutôt une question de point de vue, de perspective, de sensibilité ou de convictions ? Mais si chacun a sa vérité, il semble que le mot soit vide de sens – que les mots tout entiers aient perdu tout sens ; car de quelle vérité parlons-nous, quand chacun a la sienne pour soi ? Faut-il renoncer à la vérité, dans le règne des opinions ? Ou faut-il renoncer à parler, si la vérité dépasse tout ce que nous pouvons en dire ? Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement la possibilité de la philosophie, comme recherche de la vérité ; c’est la possibilité de toute connaissance.
Car connaître, c’est bien, semble-t-il, proposer du monde une description vraie, absolument et universellement, et donc une idée qui, parce qu’elle est juste, puisse être partagée par celui qui l’énonce. Ce qui est en jeu, finalement, c’est le sens même du dialogue, du débat, de la parole, de ce lien faits de mots qui nous rattache aux autres dans une commune société. La vérité dépend-elle de nous ?
La vérité fait peur : nous redoutons qu’elle s’impose à nous – une vérité unique, univoque, que nous n’avons pas choisie… Nous redoutons qu’elle soit entre nous une occasion de conflit ; car s’il y a une vérité, ne risquons-nous pas bientôt de faire la guerre en son nom, de l’imposer par la violence ? Bref, la vérité fait peur, au point que nous préférons ordinairement nous contenter d’affirmer que chacun a sa vérité. Mais alors, à quoi sert-il de chercher, au-delà de nous-mêmes, une vérité sur le monde ? A quoi sert-il de se parler ensemble ? A quoi sert-il de philosopher ?
Considérer l’animal, c’est toujours s’inquiéter de nous-mêmes. Qui sommes-nous par rapport à lui ? La question est moins évidente qu’il n’y paraît. Pendant longtemps, la nature autant que la culture ont semblé séparer, de façon indépassable, l’humain du reste du vivant. De fait, rien n’est plus commun que de parler du “propre de l’homme”, qu’il s’agisse de la raison, de la conscience, du sentiment, du rapport au temps ou de la relation aux autres. Mais voilà que ces certitudes ancestrales se trouvent soudainement bouleversées. Lire la suite







