C’est le début d’une nouvelle année, et nous nous demandons tous avec un mélange d’angoisse et d’espoir, qui ne veut pas s’avouer, comment elle pourrait bien finir. La réponse existe-t-elle vraiment ? Y a-t-il quelque chose qui pourrait permettre de lire dans les indices du présent à quoi ressemblera la suite de l’histoire ? À quoi ressemblera l’avenir de cette année ? L’avenir est-il déjà contenu dans ce que nous savons être notre passé ? Faut-il croire que tout est déjà prêt à se déployer ? L’histoire est-elle écrite d’avance ?
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” La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde”.
Nul mieux que Rimbaud n’a rassemblé en quelques mots le sentiment d’une époque. Cette époque, la nôtre, qui ne cesse de pleurer le désenchantement, la perte ou la fin du monde.
Nous ne sommes pas au monde. Mais où sommes-nous alors ? Connaissez-vous un moyen pour se soustraire du monde, que vous n’empruntiez déjà aux choses de ce monde ? Connaissez-vous un endroit où vous cacher du monde, qui n’appartiennent déjà à ce monde ?
Nous sommes dans le monde, mais sommes-nous au monde ? Seriez-vous ici ce soir si vous n’aviez pas parfois le besoin de vous reconnecter aux choses, de vous relier au monde, de vous couper de votre monde le temps d’une soirée, mais pour mieux revenir à lui et le laisser venir à vous ?
Partons à la quête du monde. Non pas à la conquête du Nouveau Monde, mais à la quête de ce monde, à nouveau.
Sommes-nous au monde ?
Conférence animée par Martin Steffens
Que sont devenues nos histoires ? Ce qui s’est passé avant l’instant présent semble avoir disparu pour toujours de l’horizon de nos vies et pourtant, est-ce vraiment la même chose que d’avoir été et de n’être rien ? Est-ce vraiment la même chose que d’avoir existé un jour et d’avoir disparu pour toujours que de n’avoir jamais été ? Cette histoire, cette mémoire, ces traces de nos existences passées : comment pourrions-nous les retrouver, comment chercher la piste, le lieu où se trouve tout ce qui s’est déposé de nos vies jusque dans cet aujourd’hui que nous partageons maintenant ? Où est passé le passé ?
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C’est le début d’une nouvelle année… Elle sera pleine d’aventures, de surprises, d’inconnu, mais elle sera aussi pleine de moments de monotonie, de répétitions, de lassitude, d’ennui. Faut-il se révolter lorsque l’ennui vient nous toucher ? Est-ce là un accident de l’existence ou est-ce la condition de l’existence ? Est-ce une sorte de réveil obligé qui nous dit qu’il faut sortir d’une torpeur dans laquelle la vie nous conduit à nous enliser, ou faut-il reconnaitre que la condition humaine est marquée par la banalité, la trivialité, la répétition, par tout ce qui ennuie et ne peut qu’ennuyer ? Faut-il se résigner ? Faut-il accepter de s’ennuyer ?
Vous êtes ici peut-être avec l’espoir de trouver quelque chose de changé. Depuis que nous nous sommes quittés à la fin de l’année dernière, vous aussi avez changé, vous êtes nouveaux. Et pourtant, vous êtes aussi les mêmes ! Nous espérons tous changer, nous espérons la rupture qui nous permettrait de voir le monde enfin s’améliorer et qui nous permettrait de progresser nous aussi. Y a-t-il quoi que ce soit qui change dans ce monde ? Est-il possible de trouver quelque chose qui ne soit pas le même que ce que nous n’avons cesser de croiser ? Y a-t-il quelque chose de nouveau ?
Que gagne-t-on à perdre son temps ? Le temps est sans doute l’un des biens les plus précieux que nous puissions posséder. Et pourtant nous ne le possédons jamais tant que nous puissions être certains de ne le perdre jamais. Que gagne-t-on à disposer de ce temps qui est devant nous, de ce temps que nous possédons et que nous dépensons nécessairement puisque de toutes façons il court ? Que gagne-t-on à vivre d’un temps qui soit totalement maitrisé ou au contraire à relâcher dans notre temps des actions de notre présent ? Faut-il tenter de tout contrôler du temps qui passe sans nous ? Ou faut-il au contraire le garder pour soi ? Que gagne-t-on à perdre son temps ?
Qui sommes-nous en réalité ? Qui êtes-vous ? Êtes-vous vraiment les mêmes que ceux que nous avons rencontrés il y a quinze jours de cela dans cette même salle, dans ce même lieu ? Ou bien n’avez-vous pas changé ? Qu’est ce qui fait notre identité ? Qu’est ce qui nous permet de définir ce que nous sommes individuellement et collectivement ? Bien sûr il semble que la mémoire soit nécessaire à notre identité personnelle, bien sûr il semble que pour nous définir nous ayons besoin de nous souvenir. Et pourtant la mémoire ne nous empêche-t-elle pas d’évoluer, de changer, de nous renouveler ? Ne nous empêche-t-elle pas de devenir petit à petit autre que celui nous étions ? Ne nous prive-t-elle pas de notre liberté ? Faut-il avoir des souvenirs pour savoir qui nous sommes et qui nous devons rester ? Faut-il au contraire se défaire de la mémoire pour s’ouvrir à de nouvelles potentialités ? La mémoire nous dit-elle qui nous sommes ?
Tout ce qui est autour de nous semble devoir disparaitre. Tout apparait et tout passe, tout change sans cesse. Nous sommes confrontés dans notre recherche de la vérité à ce flux permanent de la réalité, à tout ce qui ne cesse de bouger autour de nous. Et tout ce qui bouge autour de nous semble nous dire que notre regard sur le monde est condamné à l’illusion. Faut-il croire que quelque chose tient ? Faut-il tenir à quelque chose auquel nous pourrons tenir ? Faut-il au contraire renoncer et épouser le flux des choses ? Est-ce que tout passe ?
Toutes les bonnes choses ont une fin. Mieux vaut ne pas attendre qu’elles soient terminées avant d’en profiter vraiment. Alors, qu’est-ce que nous attendons pour être heureux ? Qu’attendons-nous exactement pour nous décider enfin à goûter pleinement cette vie ? Qu’attendons-nous pour saisir la chance immense, le trésor exceptionnel que constitue cette existence ? Et pourtant, nous le savons bien, nous attendons tous quelque chose : la fin d’une épreuve, la résolution d’un problème, l’obtention de quelque bien qui occupe notre esprit. Faut-il attendre encore ou faut-il se résigner à prendre les choses comme elles sont ? Qu’attendons-nous exactement pour réaliser complètement ce qui fait notre existence ? Qu’avons-nous raison d’attendre ? Qu’aurions-nous raison d’ignorer ? Qu’attendons-nous pour être heureux ?
Peut-on retrouver le temps ? C’est la grande question de nos vies. La grande question de chacune de nos vies, car nous partageons certainement le même sentiment frustrant de toujours manquer de temps. Nous avons le sentiment de manquer de temps pour les choses que nous avons à faire, sans même parler des choses que nous aimerions pouvoir faire. Et de fait, dans ce manque, il ne s’agit pas de quelque chose de superflu. Si nous manquons de temps, c’est que nos vies elles-mêmes nous manquent, car nos vies sont faites de temps. Avoir le sentiment de manquer toujours de temps et finir sa vie dans une frustration absolue, ce serait avoir le sentiment que nos vies nous ont manqué d’une certaine manière. Alors, pouvons nous espérer gagner une bataille dans ce combat qui semble perdu d’avance ? Pouvons-nous retrouver le temps et si oui, comment y parviendrons-nous ?









