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Il y a encore un peu de bruit… et le son de cette musique…. Mais dans un instant, nous n’entendrons plus rien ou presque plus rien. Et ce sera le silence, le grand silence nécessaire pour que la réflexion commence. Le silence est la condition pour qu’une parole soit entendue, la condition pour qu’un bruit se fasse entendre. Mais le silence pourrait-il être lui aussi être quelque chose qu’il faut écouter ? Le silence fait partie de nos vies, parfois nous voudrions l’en chasser, parfois au contraire, nous le recherchons, mais dans tous les cas, a-t-il quelque chose à nous enseigner ? Que dit le silence ?
Épicure, Lettre à Ménécée
« Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir. Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir.
Attache-toi donc aux enseignements que je n’ai cessé de te donner et que je vais te répéter ; mets-les en pratique et médite-les, convaincu que ce sont là les principes nécessaires pour bien vivre.
[…]
Médite donc tous ces enseignements et tous ceux qui s’y rattachent, médite-les jour et nuit, à part toi et aussi en commun avec ton semblable. Si tu le fais, jamais tu n’éprouveras le moindre trouble en songe ou éveillé, et tu vivras comme un dieu parmi les hommes. Car un homme qui vit au milieu de biens impérissables ne ressemble en rien à un être mortel. »
Faut-il tout changer ? Comment la question peut-elle même se poser ? Qui ne voudrait pas tout changer ? Qui parmi vous est prêt à prendre les choses comme elles sont ? A laisser la réalité telle qu’elle est ? Qui assumerait le fait de ne vouloir rien bouger ; qui plus est dans un monde marqué par la passion, dans un monde d’innovation : ne faut-il pas accepter de tout changer ? Et commencer par nous changer nous-mêmes pour aller de plus en plus vite, au rythme des changements qui semblent s’imposer à nous. Et pourtant, tout changer, c’est à dire faire la révolution : qui d’entre nous y est vraiment prêt ? Tout changer, c’est savoir ce que l’on perd, mais ce n’est pas savoir ce que l’on trouve. Tout changer, c’est prendre un risque et c’est sauter dans le vide. Qui d’entre nous ici y a vraiment intérêt ? Alors au fond, nous passons notre temps à nous plaindre que les choses ne sont comme elles devraient être. Mais qui d’entre nous est vraiment prêt à tout changer ?
Y a-t-il une justice dans ce monde ? Nous pourrions bien en douter… La vertu ici-bas n’est pas toujours récompensée. Les plus grands héros meurent en martyre, les plus grands salauds dans leur lit. Et nous avons beau dire et répéter, comme le proverbe, que “bien mal acquis ne profite jamais”, toute l’actualité semble nous donner le spectacle désespérant du contraire. Il nous reste une petite chance : c’est de supposer que la honte, le remords, le scrupule, on ne sait quel tourment intérieur, empêchent le coupable de profiter de sa faute. Mais l’idée semble bien légère… Celui qui fait le mal est-il malheureux ?
Le siècle qui commence s’ouvre sous le signe de la révolution numérique : il n’est rien dans le réel, rien dans nos vies qui échappe à la numérisation. Tout se mesure dans nos existences, notre temps, nos déplacements, nos performances professionnelles ou sportives, notre réseau social, notre capital santé, notre indice de bonheur… Même l’amour semble réductible aux algorithmes des applications numériques qui sont devenues les réponses technologiques à nos problèmes de cœur. Le règne de la mesure absorbe tout pour tout rendre commensurable, échangeable, interchangeable ; si tout est chiffrable, il n’est rien qui ne puisse être absorbé par le marché. Mais ne reste-t-il pas dans nos vies quelque chose d’indéchiffrable, de mystérieux ? Quelque chose de singulier ? N’est-il pas temps de défendre un monde où subsistent des choses et des êtres qui soient uniques, absolument, infiniment – et qui échappent ainsi à toute commune mesure ?





