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Vous êtes tous des gens sérieux. Mais, à vous tous, il est déjà arrivé un jour de jouer. La question que nous pouvons tenter de nous poser est celle que la raison pose à la légèreté, celle du sens de cette activité à laquelle nous nous occupons lorsqu’il nous arrive de laisser le libre jeu entrer dans nos vies. Quel est le sens de ce moment donné à ce qui n’a pas, semble-t-il, d’utilité véritable ? Quel est le sens de la gratuité d’un instant livré à l’activité du jeu ? Pourquoi jouer ?
Nous avons passé ensemble une très belle année ! Pouvons-nous en dire autant de chacune de nos existences ? Au long des dernières soirées, des derniers mois, nous aurons peut-être réappris, petit à petit, à nous émerveiller, mais l’émerveillement est-il toujours justifié ? Pour qu’il y ait émerveillement, il faut qu’il y ait de la beauté, il faut qu’il y ait des merveilles. Il peut sembler que dans nos vies, il y a tout sauf du merveilleux, que nous avons chaque jour à faire face aux tracas les plus quotidiens, aux expériences les plus triviales, aux épreuves les plus pénibles. Peut-on dire que la vie est belle ?
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Ce n’est pas comme si nous n’avions pas beaucoup de raisons de nous lamenter. Mais à quoi sert de se lamenter ? De fait, il semble bien que sangloter ne serve à rien et que le fait même de pleurer ne change absolument rien à ce qui nous fait pleurer. Et pourtant nous pleurons. Avouons-le, nous pleurons tous. Cela nous est tous arrivé, à certains peut-être plus qu’à d’autres mais il nous est tous arrivé un jour d’être saisis par les larmes et d’éprouver cette expérience si singulière, si étrange qui consiste à pleurer en sachant très bien que cela ne sert à rien. Faut-il sécher ses larmes ? Faut-il se raviver ou au contraire se raviser et tenter de comprendre ce que veut dire cette expérience étonnante ? Pourquoi pleurer ? Lire la suite
Vous n’avez donc pas fait grève, vous êtes venus travailler et j’espère que vous ne ressortirez pas d’ici trop fatigués. C’est de fait la fatigue qui va faire l’objet de notre réflexion d’aujourd’hui dans ce mois de décembre déjà trop long, dans ce froid déjà trop pesant, à cette époque singulière où le temps de travail se fait pesant et où les vacances se font encore trop lointaines… A-t-on le droit d’être fatigué ? Dans l’époque à laquelle nous vivons, cette question se pose en effet : beaucoup d’entre vous ne se sentent peut-être pas ce droit de se reconnaître fragile face au travail qu’ils ont à faire, face aux multiples soucis de la vie. A-t-on le droit d’avouer qu’on est limité, parfois fragile, incapable de tout assumer ? A-t-on le droit d’avouer sa fatigue ?
Qu’est-ce qu’une chose en réalité ? Qu’est ce qui est réel ? Le réel existe-t-il comme quelque chose que nous aurions tous en commun et auquel nous pourrions nous référer, comme une sorte de pierre de touche qui pourrait nous servir de lien ? Qu’est-ce qui fait la différence entre le réel et l’irréel, entre la vérité et l’illusion ? Les deux questions sont liées. Et si nous voulons savoir, il nous faut savoir de quoi nous parlons. Alors ce soir nous allons nous poser ensemble cette étonnante question : le réel existe-t-il ?
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Ethique et infini
« Visage et discours sont liés. Le visage parle. Il parle, en ceci que c’est lui qui rend possible et commence tout discours. J’ai refusé la notion de vision pour décrire la relation authentique avec autrui ; c’est le discours, et, plus exactement, la réponse ou la responsabilité, qui est cette relation authentique. J’ai toujours distingué, en effet, dans le discours, le dire et le dit. Que le dire doive comporter un dit est une nécessité du même ordre que celle qui impose une société, avec des lois, des institutions et des relations sociales. Mais le dire, c’est le fait que devant le visage je ne reste pas simplement là à le contempler, je lui réponds. Le dire est une manière de saluer autrui, mais saluer autrui, c’est déjà répondre de lui. Il est difficile de se taire en présence de quelqu’un ; cette difficulté a son fondement ultime dans cette signification propre du dire, quel que soit le dit. Il faut parler de quelque chose, de la pluie et du beau temps, peu importe, mais parler, répondre à lui et déjà répondre de lui. »
Après avoir parlé du rire, ce soir, nous allons pleurer. Nous avons évoqué cette question, lors de notre dernière soirée : Pouvons-nous vraiment rire de tout ? Ce soir, nous allons parler de ce qui ne fait pas rire, et de ce qui, dans nos vies, semble parfois échouer. La souffrance, en effet, habite toute existence humaine. Et du mystère de le souffrance, il faut bien que nous puissions faire quelque chose. Doit-elle être regardée comme un accident, une absurdité, une aberration absurde ? Ou bien faut-il au contraire considérer qu’elle peut trouver sa place dans une histoire qui lui donne, d’une certaine manière, une valeur et un sens ? Dans nos vies marquées par le désir de réussir et d’être heureux, quelle place trouver pour la souffrance ? Que signifie vraiment que l’homme soit un être non seulement pensant mais aussi si souvent un être souffrant ? La souffrance a t-elle un sens ?
Peut-on rire de ce qui n’est pas drôle ? Il y a dans chacune de nos vies des choses qui n’appellent pas a priori de notre part des manifestations de joie, d’enthousiasme ou d’allégresse. Il y a des choses qui dans nos vies ne nous font pas toujours sourire. De cela, faut-il accepter de rire ? Si l’on ne riait que de ce qui était déjà drôle, la question ne se poserait pas. La question se pose précisément parce qu’il y a des choses qui autour de nous et pour nous semblent proprement tragiques et qui pourtant parfois appellent de notre part le sourire ou bien même le rire ? Y a-t-il des choses dont il ne faut jamais rire ? Le rire est-il parfois interdit, indécent, maladroit ou mal venu ? Faut-il au contraire se libérer de tout ce qui pourrait nous peser par l’effort de l’ironie ? Peut-on rire de tout ?
C’est la raison qui nous permet de comprendre le monde et d’y agir – elle qui nous promet les clés d’une vie mesurée, équilibrée, d’une connaissance raisonnée et d’une existence raisonnable. Comment pourrait-on y renoncer ? Refuser d’écouter sa raison, ce serait assumer de vivre une vie de déraison – choisir la folie, la démesure, le délire et la disharmonie ? Mais d’où vient que tout cela nous attire ? Au fond, soyons honnêtes, personne ici ne rêve vraiment d’une vie simplement bien rangée… Pourquoi sommes-nous si réticents à être vraiment raisonnables ? N’y a-t-il pas une forme de sagesse dans le fait de refuser la tyrannie de la raison ? Après tout, nos vies sont faites aussi d’irrationnel, de croyances, de sentiments et de passions… Est-ce le signe de notre défaut – ou d’un défaut de la raison à nous conduire vers le bonheur et la vérité ?









