Le Principe responsabilité
« Le danger qui nous menace actuellement vient-il encore du dehors ? Provient-il de l’élément sauvage que nous devons maîtriser grâce aux formations artificielles de la culture ? C’est encore parfois le cas, mais un flot nouveau et plus dangereux se déchaîne maintenant de l’intérieur même et se précipite, détruisant tout sur son passage, y compris la force débordante de nos actions qui relèvent de la culture. C’est désormais à partir de nous que s’ouvrent les trouées et les brèches à travers lesquelles notre poison se répand sur le globe terrestre, transformant la nature tout entière en un enfer pour l’homme. Ainsi les fronts se sont-ils inversés. Nous devons davantage protéger l’océan contre nos actions que nous protéger de l’océan. Nous sommes devenus un plus grand danger pour la nature que celle-ci ne l’était autrefois pour nous. Nous sommes devenus extrêmement dangereux pour nous-mêmes et ce, grâce aux réalisations les plus dignes d’admiration que nous avons accomplies pour assurer la domination de l’homme sur les choses. C’est nous qui constituons le danger dont nous sommes actuellement cernés et contre lequel nous devons désormais lutter. »
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Le Principe responsabilité
« La vulnérabilité critique de la nature par l’intervention technique de l’homme n’avait jamais été pressentie avant qu’elle ne se soit manifestée à travers les dommages déjà causés.
(…)
Et si le nouveau type de l’agir humain voulait dire qu’il faut prendre en considération davantage que le seul intérêt « de l’homme » – que notre devoir s’étend plus loin et que la limitation anthropocentrique de toute éthique du passé ne vaut plus ? Du moins n’est-il plus dépourvu de sens de demander si l’état de la nature n’est pas devenu par le fait même un bien confié à l’homme, et qu’elle a quelque chose comme une prétention morale à notre égard – non seulement pour notre propre bien, mais également pour son propre bien et de son propre droit.
(…)
Si c’était le cas, cela réclamerait une révision non négligeable des fondements de l’éthique. Cela voudrait dire chercher non seulement le bien humain mais également le bien des choses extra-humaines, c’est-à-dire étendre la reconnaissance de « fins en soi » au-delà de la sphère de l’homme, et intégrer cette sollicitude dans le concept du bien humain.
(…)
Et pourtant : un appel muet qu’on préserve son intégrité semble émaner de la plénitude du monde de la vie, là où elle est menacée. Devons-nous l’entendre (…) ? »
Le Principe responsabilité
« Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité d’une telle vie. »
Le Principe responsabilité
« Nous frissonnons dans le dénuement d’un nihilisme, dans lequel le plus grand des pouvoirs s’accouple avec le plus grand vide, la plus grande capacité avec le plus petit savoir du à quoi bon.
La sagesse nous est le plus nécessaire précisément quand nous y croyons le moins. »
Le Principe responsabilité
« L’homme lui-même a commencé à faire partie des objets de la technique. L’homo faber applique son art à lui-même et s’apprête à inventer une nouvelle fabrication de l’inventeur et du fabricateur de tout le reste. Cet achèvement de son pouvoir de domination, qui peut très bien signifier la victoire sur l’homme, cette ultime installation de l’art au-dessus de la nature, provoque l’ultime effort de la pensée éthique qui jamais auparavant n’avait eu à envisager des alternatives faisant l’objet d’un choix, face à ce qui était considéré comme les données définitives de la constitution de l’homme. »