Il y a encore un peu de bruit… et le son de cette musique…. Mais dans un instant, nous n’entendrons plus rien ou presque plus rien. Et ce sera le silence, le grand silence nécessaire pour que la réflexion commence. Le silence est la condition pour qu’une parole soit entendue, la condition pour qu’un bruit se fasse entendre. Mais le silence pourrait-il être lui aussi être quelque chose qu’il faut écouter ? Le silence fait partie de nos vies, parfois nous voudrions l’en chasser, parfois au contraire, nous le recherchons, mais dans tous les cas, a-t-il quelque chose à nous enseigner ? Que dit le silence ?
La liberté est engageante, elle suppose un prix à payer. Bien loin d’être un chemin linéaire, notre liberté émerge de conditions souvent exigeantes. La marche vers la liberté est faite d’humilité, d’angoisse, de risques. Comment mener à bien cette aventure ?
“Marie-toi, tu le regretteras ; ne te marie pas, tu le regretteras également ; marie-toi ou ne te marie pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te maries ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Ris des folies du monde, tu le regretteras ; pleure sur elles, tu le regretteras également ; ris des folies du monde ou pleure sur elles, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu ries des folies du monde ou que tu pleures sur elles, tu le regretteras dans les deux cas. Crois une jeune fille, tu le regretteras ; ne la crois pas, tu le regretteras également ; crois une jeune fille ou ne la crois pas, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu croies une jeune fille ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Pends-toi, tu le regretteras ; ne le fais pas, tu le regretteras également ; pends-toi ou non, tu regretteras l’un et l’autre ; que tu te pendes ou que tu n’en fasses rien, tu le regretteras dans les deux cas. Tel est, Messieurs, le résumé de tout l’art de vivre. […]
Le feu prit un jour dans les coulisses d’un théâtre. Le bouffon vint en avertir le public. On crut à un mot plaisant et l’on applaudit ; il répéta, les applaudissements redoublèrent. C’est ainsi, je pense, que le monde périra dans l’allégresse générale des gens spirituels persuadés qu’il s’agit d’une plaisanterie. »
Comment prendre les bonnes décisions ? Comment faire les bons choix ? Comment orienter sa vie ? Il y a en nous bien sûr une capacité de jugement, une instance de discernement que l’on appelle la raison. Mais faudrait-il n’écouter que la raison ? N’y a-t-il pas en nous un peu de place pour le désir, pour la passion, pour la folie même pourquoi pas ? Y aurait-il quelque chose de sage à ne pas être seulement raisonnable ? Y aurait-il quelque chose de fou à rester toujours rationnel ? Est-il raisonnable d’être toujours raisonnable ?
Pourquoi est-il si compliqué d’être simple ? Après avoir croisé les grandes questions de la politique et les questions non moins négligeable de la métaphysique, nous entrons peut-être dans ce qu’il y a de plus complexe, de plus difficile, de plus subtile, nous entrons dans l’exploration de la psychologie humaine. Pourquoi est-il si compliqué de devenir vraiment soi-même, de ne faire qu’un avec soi-même ? Pourquoi sommes-nous perpétuellement comme divisés, comme séparés de nous mêmes, en train d’agir et de nous regarder agir, séparés de notre propre condition au point que nous n’arrivons pas à faire un avec nous-mêmes ? Pourquoi est-il si compliqué d’être simple ? Lire la suite
Qui oserait avouer qu’il a peur ? Nous n’aimons pas avoir peur. Et nous n’aimons pas avouer que nous avons peur. Peut-être n’aimons-nous pas nous avouer à nous-mêmes que nous avons peur… Pourtant, nous avons tous peur. De quelque chose ou de quelqu’un. Peut-être tous peur de nous-mêmes au fond. Mais sans doute est-il nécessaire d’avoir peur ? Car celui qui n’aurait peur de rien serait de ce fait immédiatement en danger. Avoir peur, n’est-ce pas en effet se laisser guider par l’instinct qui nous conduit vers ce qui est le plus sûr et qui nous écarte du plus grand de tous les dangers. Peut-être au fond, de façon surprenante, notre vie est-elle suspendue au sentiment que nous nous avouons le moins et que nous détestons le plus.
Alors, faut-il tenter de devenir suffisamment fort pour n’avoir plus peur de rien ? Faut-il chercher à devenir ces héros sans peur ou bien au contraire nous réconcilier avec notre propre faiblesse ? Faut-il avoir peur d’avoir peur ?
Peut-on rire de ce qui n’est pas drôle ? Il y a dans chacune de nos vies des choses qui n’appellent pas a priori de notre part des manifestations de joie, d’enthousiasme ou d’allégresse. Il y a des choses qui dans nos vies ne nous font pas toujours sourire. De cela, faut-il accepter de rire ? Si l’on ne riait que de ce qui était déjà drôle, la question ne se poserait pas. La question se pose précisément parce qu’il y a des choses qui autour de nous et pour nous semblent proprement tragiques et qui pourtant parfois appellent de notre part le sourire ou bien même le rire ? Y a-t-il des choses dont il ne faut jamais rire ? Le rire est-il parfois interdit, indécent, maladroit ou mal venu ? Faut-il au contraire se libérer de tout ce qui pourrait nous peser par l’effort de l’ironie ? Peut-on rire de tout ?
Nous ne sommes pas seuls, et dans la société qui fait notre expérience quotidienne nos libertés se rencontrent, s’entrechoquent souvent, se heurtent parfois frontalement. Nous avons été blessés par les autres, et nous les avons blessés. Nul ne peut dire qu’il n’a jamais fait de tort à personne ; et nul non plus, sans doute, que personne ne lui en a fait. De ces fautes commises, ou subies, nous pouvons effacer le reproche : le pardon est nécessaire pour éviter que la vie en société ne devienne bientôt un enfer. Mais jusqu’où est-il nécessaire ? Jusqu’où même est-il possible ? La souffrance est parfois irréparable ; quand le mal commis par autrui m’a plongé comme en enfer, ne serait-il pas fou de vouloir encore pardonner ? N’y a-t-il pas des fautes qui resteront irrémissibles, ineffaçables, indépassables ? Peut-on vraiment tout pardonner ?
Comment vivre, comment rêver, comment désirer, comment choisir, dans un monde où il faut mourir ? Nous sommes là ce soir, bien vivants, animés de la force de vie qui nous traverse et nous emmène vers nos projets d’avenir… Mais tout cela n’est-il pas vain ? Malgré toutes nos prouesses, nos réussites, nos succès, malgré tous nos espoirs aussi et ce qui reste et restera inachevé dans nos vies, un jour il faudra partir : voilà la grande limite qui se dresse, et qui semble inébranlable. Révoltante, mais inébranlable. Est-il possible d’espérer la dépasser, s’en abstraire, ou tout simplement la fuir ? Faut-il entretenir l’espoir de vaincre un jour cette ultime frontière ? Peut-on s’affranchir de la mort ?
Vivants, nous sommes jetés dans un monde complexe, incertain – dans un monde souvent injuste aussi, et même révoltant. Regardons autour de nous, dans les médias comme dans nos vies, dans le proche et dans le lointain : il est très clair que rien ne va – et tout va de pire en pire. Mais qu’y pouvons-nous vraiment ? Aucun d’entre nous n’a choisi le moment de l’histoire qu’il vit… Est-ce un rendez-vous lancé à notre liberté, à notre capacité d’agir et d’inventer l’avenir ? Mais que pouvons-nous faire vraiment ? Nos forces sont bien limitées devant l’ampleur des défis qui se présentent à nous… C’est un monde qui nous fait face. Pouvons-nous agir sur ce monde ?