“Tempus fugit”. Notre existence est réglée sur le temps, qui nous est compté mais demeure insaisissable. Est-il une chose en soi ? Est-il un palais ou une prison ? Quelle relation entretient-il avec le mouvement ? Reprenons le temps d’y réfléchir !

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VIDÉO : Découvre-feu | Reprendre le temps | 1/3

 

Aristote, Physique
« Il est évident que le temps n’existe pour nous qu’à la condition du mouvement et du changement. Ainsi, il est incontestable également, et que le temps n’est pas le mouvement, et que sans le mouvement le temps n’est pas possible. C’est en partant de ce principe que nous saurons, puisque nous recherchons la nature du temps, ce qu’il est par rapport au mouvement.
Sans doute l’antériorité et la postériorité se rapportent primitivement au lieu ; et, dans le lieu, elles se distinguent par la situation. Mais comme dans la grandeur, il y a également antériorité et postériorité, il faut qu’il y ait aussi l’une et l’autre dans le mouvement, d’une manière analogue à ce qu’elles sont dans la grandeur. Or, dans le temps aussi, il y a antérieur et postérieur, parce que le temps et le mouvement se suivent toujours et sont corrélatifs entre eux. (…). »


Ernst Jünger, Le Traité du sablier
« L’horloge à rouages n’est ni tellurique ni cosmique. C’est une troisième création, un ouvrage de l’esprit, qui indique ni le temps des astres ni celui de la terre. Elle a le don du temps abstrait, intellectuel, un temps que l’homme se présente à lui-même et qu’il assume; ce qui implique une perte et un gain; ce qui comporte aussi une ambiguïté particulière: est-il l’hôte d’une prison, ou d’un palais ? »


Ernst Jünger, Le Traité du sablier
« Le monde des horloges est un monde d’êtres pauvres en temps, qui n’ont le temps de rien. »


Hegel, Phénoménologie de l’esprit
« A la question : qu’est-ce que le maintenant ? nous répondrons, par exemple : le maintenant est la nuit. Pour éprouver la vérité de cette certitude sensible, une simple expérience sera suffisante. Nous notons par écrit cette vérité ; une vérité ne perd rien à être écrite et aussi peu à être conservée. Revoyons maintenant à midi cette vérité écrite, nous devrons dire alors qu’elle s’est éventée. (…)
Sans doute le maintenant lui-même se conserve bien, mais comme un maintenant tel qu’il n’est pas la nuit ; de même à l’égard du jour qu’il est actuellement, le maintenant se maintient, mais comme un maintenant tel qu’il n’est pas le jour, ou comme un négatif en général. Ce maintenant (…) est déterminé comme ce qui demeure et se maintient par le fait qu’autre chose, à savoir le jour et la nuit, n’est pas. »


Saint Augustin, Confessions, Livre XI
« Qu’est-ce donc que le temps ? Qui saurait en donner facilement une brève explication ? Qui pourra le saisir, ne serait-ce qu’en pensée, pour en dire un mot ? Cependant quel sujet plus connu, plus familier dans nos conversations que le temps ? Nous le comprenons très bien quand nous en parlons ; nous comprenons aussi ce que les autres nous en disent.
Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille l’expliquer… je ne le sais plus. Cependant j’affirme avec assurance, qu’il n’y aurait pas de passé, si rien ne passait ; qu’il n’y aurait pas de futur, si rien n’arrivait, et qu’il n’y aurait pas de présent, si rien n’existait.
Mais ces deux temps, le passé et l’avenir, comment peut-on dire qu’ils sont, puisque le passé n’est déjà plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent, sans se transformer en passé, il ne serait plus le temps, mais l’éternité.
Si donc le présent n’est temps que parce qu’il se transforme en passé, comment pouvons-nous dire qu’il est, puisque son unique raison d’être, c’est de ne plus être ? Si bien que, en fait, nous ne pouvons parler de l’être du temps que parce qu’il tend vers le non-être… »