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Les soirées de la philo
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« De toutes les nécessités de notre nature, la plus impérieuse est celle qui nous oblige à nous nourrir. L'homme partage ainsi la condition commune de l'animalité, il faut qu'il mange - en langage économique qu'il "consomme". C'est par cette nécessité de nous alimenter que nous touchons de plus près à la brute. »
« L'homme ne fait rien selon la nature. C'est, si j'ose m'exprimer de la sorte, un animal façonnier. Rien ne lui plaît s'il n'y apporte de l'après. Tout ce qu'il touche, il faut qu'il l'arrange, le corrige, l'épure, le recrée. Pour le plaisir des yeux, il invente peinture, architecture, les arts plastiques, le décor, tout un monde de hors d'œuvre dont il ne saurait dire la raison et l'utilité, sinon que c'est pour lui un besoin d'imagination, que cela lui plaît. Pour ses oreilles, il châtie son langage, compte ses syllabes, mesure les temps de sa voix. Que lui sert enfin de manger seulement pour vivre ? Il faut à sa délicatesse des déguisements, de la fantaisie, un genre. Il trouve presque choquant de se nourrir, il ne cède pas à la faim, il transige avec son estomac. Plutôt que de paître sa nourriture, il se laisserait mourir de faim ! L'eau pure du rocher n'est rien pour lui ; il invente l'ambroisie et le nectar. Les fonctions de sa vie qu'il ne peut parvenir à maîtriser, il les appelle honteuses, malhonnêtes et ignobles. »
« L'univers n'est rien que par la vie et tout ce qui vit se nourrit. »
« La découverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d'une étoile. »
« Les animaux se repaissent, l'homme mange, mais l'homme d'esprit seul sait manger. »
« Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es. »
« Ceux qui s'indigèrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni manger. »
« Tels sont les éléments du plaisir de la table qu'il faut distinguer du plaisir de manger qui est son antécédent nécessaire. Le plaisir de manger, c'est la sensation actuelle et directe d'un besoin qui se satisfait. Le plaisir de la table est la sensation réfléchie qui naît des diverses circonstances de faits, de lieux, de choses et de personnes qui accompagnent le repas. Le plaisir de manger nous est commun avec les animaux. Il ne suppose que la faim et ce qu'il faut pour le satisfaire. Le plaisir de la table est particulier à l'espèce humaine ; il suppose des soins antécédents pour les après du repas, pour le choix du lieu et le rassemblement des convives. Le plaisir de manger exige, sinon la faim au moins de l'appétit ; le plaisir de la table est le plus souvent indépendant de l'un et de l'autre. Ces deux étapes peuvent toujours s'observer dans nos festins. Le plaisir de la table ne comporte ni ravissement ni extase ni transport mais il gagne en durée ce qu'il perd en intensité et se distingue surtout par le privilège particulier de nous disposer à tous les autres ou du moins de nous consoler de leur perte. »
« Le corps est le tombeau de l'âme. »