La table crée les conditions de la rencontre ; elle est le lieu d’une expérience sociale. Plutôt que de prendre de la place, elle offre un espace aux hommes, leur permettant tant de vivre des moments de partage que de se confronter les uns aux autres.
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Devons-nous croire à nos rêves ou nous accommoder du réel ? Parce que nous sommes philosophes, nous sommes souvent idéalistes et nous espérons voir le monde meilleur qu’il ne l’est en vérité. Faut-il espérer qu’il s’améliore ou faut-il y renoncer une bonne fois pour toutes ? Faut-il espérer le changer ou faut-il le prendre comme nous le voyons ? Ce monde traversé de tant de violence est-il améliorable ou faut-il construire nos vies pour nous protéger de cette violence définitive ? Bref, entre l’espoir et la résignation, peut-on rêver d’un monde sans violence ? Lire la suite
Ethique et infini
« Visage et discours sont liés. Le visage parle. Il parle, en ceci que c’est lui qui rend possible et commence tout discours. J’ai refusé la notion de vision pour décrire la relation authentique avec autrui ; c’est le discours, et, plus exactement, la réponse ou la responsabilité, qui est cette relation authentique. J’ai toujours distingué, en effet, dans le discours, le dire et le dit. Que le dire doive comporter un dit est une nécessité du même ordre que celle qui impose une société, avec des lois, des institutions et des relations sociales. Mais le dire, c’est le fait que devant le visage je ne reste pas simplement là à le contempler, je lui réponds. Le dire est une manière de saluer autrui, mais saluer autrui, c’est déjà répondre de lui. Il est difficile de se taire en présence de quelqu’un ; cette difficulté a son fondement ultime dans cette signification propre du dire, quel que soit le dit. Il faut parler de quelque chose, de la pluie et du beau temps, peu importe, mais parler, répondre à lui et déjà répondre de lui. »
Le Principe responsabilité
« Le danger qui nous menace actuellement vient-il encore du dehors ? Provient-il de l’élément sauvage que nous devons maîtriser grâce aux formations artificielles de la culture ? C’est encore parfois le cas, mais un flot nouveau et plus dangereux se déchaîne maintenant de l’intérieur même et se précipite, détruisant tout sur son passage, y compris la force débordante de nos actions qui relèvent de la culture. C’est désormais à partir de nous que s’ouvrent les trouées et les brèches à travers lesquelles notre poison se répand sur le globe terrestre, transformant la nature tout entière en un enfer pour l’homme. Ainsi les fronts se sont-ils inversés. Nous devons davantage protéger l’océan contre nos actions que nous protéger de l’océan. Nous sommes devenus un plus grand danger pour la nature que celle-ci ne l’était autrefois pour nous. Nous sommes devenus extrêmement dangereux pour nous-mêmes et ce, grâce aux réalisations les plus dignes d’admiration que nous avons accomplies pour assurer la domination de l’homme sur les choses. C’est nous qui constituons le danger dont nous sommes actuellement cernés et contre lequel nous devons désormais lutter. »
Au nom de quoi donner sa vie ? Question immense et qui pose sans doute de la manière la plus radicale qui soit la grande question éthique, la question morale fondamentale : « au nom de quoi donner sa vie ? » Nous vivons dans une période traversée par une forme d’individualisme. L’individualisme n’est pas nécessairement un égoïsme, l’individualisme est une métaphysique qui regarde le monde comme étant composé d’individus dont chacun poursuit ses propres calculs. Dans cette perspective là, il peut être tout à fait adéquat de donner quelque chose si on espère un retour, de donner quelque chose comme une forme d’investissement, de donner de son temps pour un travail rémunéré, de donner de son argent pour pouvoir espérer se lier d’amitié avec quelqu’un ou bien se faire des obligés. Donner peut être très rationnel du point de vue du simple calcul. Donner n’importe quoi peut permettre d’espérer un retour quel qu’il soit. Mais donner sa vie, c’est à dire donner d’une certaine manière tout ce que l’on a, tout ce que l’on est, c’est bien le choix le plus radical qu’on puisse imaginer. Au nom de quoi pourrait-on bien imaginer donner sa vie, sans que cet acte de donner sa vie ne soit assimilable à une sorte de folie ? Au nom de quoi donner sa vie ?
Noël approche ! Et avec cette fête, la tradition qui l’accompagne, celle de se faire des cadeaux. Peut-être les vôtres sont-ils déjà faits… Mais derrière l’évidence familière de ce rituel se cache en fait quelque chose de très mystérieux. Quelle étrange motivation peut bien conduite un individu rationnel à dépenser pour ce qui semble ne rien lui rapporter du tout ? Bien sûr, le marché profite de tout, et déjà les grands magasins se sont couverts de vitrines qui vous incitent à dépenser. Pourtant cette dépense ressemble bien à une aberration économique. Peut-être ne l’est-elle pas tant qu’elle n’en a l’air ? Quels retours peut bien espérer celui qui donne gratuitement ? Et d’ailleurs, est-ce si gratuit que cela ? Que gagne-t-on à donner ?
L’amour semble par essence gratuit, désintéressé : mais ce qui en fait la beauté risque du coup de le rendre illusoire. Car quel homme ne cherche pas son propre intérêt, son propre bonheur ? A l’époque où l’amour semble devenir un marché comme les autres, il est difficile d’imaginer que l’individu soit capable un jour de s’élever au-dessus de lui-même, pour ne plus se préoccuper que de l’autre. Si nous cherchons à savoir ce qui nous entraîne à aimer, ne risquons-nous pas de retomber sur notre propre égoïsme, dissimulé derrière une générosité fragile ? Lire la suite






